«Séances d’empathie en kit»

Quand l’obsession pour le développement personnel s’invite à l’école

FIGAROVOX/HUMEUR Le ministère de l’Éducation nationale a mis en ligne un ensemble de ressources pédagogiques pour accompagner les enseignants dans la mise en œuvre de séances d’empathie à l’école. L’enseignante Lisa Kamen-Hirsig y voit une forme de blabla psychologisant inutile.

Lisa Kamen-Hirsig est enseignante, chroniqueuse et essayiste. Elle a publié La grande garderie aux éditions Albin Michel.


Devant la montée des violences communautaires et la recrudescence des cas de harcèlement à l’école, Gabriel Attal a décidé la généralisation des cours d’empathie, dès les classes maternelles. Afin qu’aucun enseignant ne puisse prendre prétexte d’un manque de ressources ou de formation pour s’y soustraire, le ministère de l’Éducation nationale a déployé de nombreux outils notamment le «kit pédagogique clé en main», en deux volumes s’il vous plaît. Enseignants, l’État ne vous abandonne pas ! Hélas…

Que contient ce kit ? Il prévoit par exemple la séance «Une chose dont je suis fier», supposée durer 15 minutes par jour. Une heure par semaine donc jusqu’à la création d’une affiche collective. 15 minutes… C’est précisément le temps que de nombreux enseignants consacrent au calcul mental chaque jour, considérant que la maîtrise des savoirs aide davantage les élèves à «améliorer leur estime d’eux-mêmes» que le blabla psychologisant proposé dans ce kit.

Un peu plus loin, la séance «écouter pour mieux s’entraider» est prévue pour 45 minutes… Elle commence ainsi : «Le professeur indique la consigne suivante :
– L’un de vous va raconter à l’autre une expérience agréable ou désagréable qu’il a vécue récemment.
– L’élève qui écoute va essayer de se mettre à la place de celui qui raconte et de comprendre ce qu’il a ressenti.
– L’élève qui écoute va résumer les choses importantes qu’il a comprises en vérifiant auprès de l’élève qui raconte s’il a tout bien compris : « Tu as bien dit que… ? ». Si besoin, l’élève qui raconte rectifie ce qui n’a pas été compris .
Ainsi, l’élève qui raconte se sent compris.»

Je ne sais pas si l’élève se sent compris ; ce qui est certain, c »est qu’il n’a rien appris ! Cette séance est suivie du «cercle de parole et d’écoute empathique» qui peut durer de 20 à 45 minutes : il ne s’agit pas de brider la parole des élèves dans ces forums d’expression miniatures où chacun est invité à mettre sa sensibilité à nu en exposant ses émotions, comme le ferait le membre d’une secte…

L’État importe ainsi progressivement des méthodes utilisées en entreprises, fondées sur des théories qui n’ont jamais été validées scientifiquement. Lisa Kamen-Hirsig

Pour la bonne bouche, voici les titres d’autres séances : «Reconnaître les manifestations des émotions et leurs déclencheurs internes», «La ronde des émotions» et – ma préférée – «Mes qualités au service du collectif». Plus socialiste, tu meurs !

Cette obsession pour le développement de soi et le bien-être à l’école ne date pas de l’avènement de Gabriel Attal. Il suffit de taper «bienveillance» ou «empathie à l’école» sur Internet pour découvrir des enseignants extatiques n’hésitant pas à parler de révolution pédagogique. L’un demande à ses élèves lors de l’accueil du matin : «Tu veux quoi ? Un check ? Alors check, mon grand ! Et toi ? Un câlin ? Oh, serre-moi dans tes bras !» Une autre dira : «On fait de l’empathie » pour qualifier ses séances de méditation en pleine conscience et ses questionnaires « baromètre des émotions». Dans certaines écoles les enfants sont incités à « masser l’copain». Tout ce petit monde considère qu’il n’y a «rien de pire que d’être dans la réussite ou la compète» et se réjouit de coacher les élèves plutôt que de les instruire.

Deux conceptions de l’école s’affrontent en une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes, les premiers regrettant que l’école soit de plus en plus rarement un lieu de transmission des savoirs, les seconds ravis d’embrasser à pleine bouche toutes les dérives de la modernité.

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