« Ton corps voulait s’élever »… L’éveil de la Kundalini, où quand le yoga flirte avec les dérives sectaires

Sous emprise•Dans une rue cossue de la capitale, une kinésiologue propose des séances d’« éveil de la Kundalini », promettant bien-être et expansion de conscience. Une pratique spirituelle contemporaine venue du yoga qui flirte avec les dérives sectaires

Diane Regny, 20 minutes

Depuis cette rue huppée, au cœur de Paris, difficile d’imaginer qu’une cérémonie « d’éveil de la Kundalini » se prépare derrière la façade d’un bel immeuble haussmannien. Dans ce « cocon sécurisant » se prépare pourtant l’éveil « de votre énergie vitale » grâce à un « langage de lumière ». Ce sont en tout cas les promesses de Sophie*, qui pratique aussi la kinésiologie, une pseudoscience surveillée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).

Ce soir d’hiver, elle prodigue ses « expansions de conscience » via un « éveil de la Kundalini », une pratique dérivée du yoga éponyme, pourtant bien éloignée des postures classiques. Ici, pas de chien tête en bas, mais un tirage de cartes, un cercle de parole puis une (longue) séance de méditation avec masque sur les yeux et casque audio. Par-dessus la musique tour à tour épique ou mystique, la praticienne lance des phrases tantôt ésotériques, tantôt freudiennes. Cette séance est censée libérer la Kundalini, une énergie divine qui serait « emprisonnée » au niveau du sacrum afin qu’elle irradie dans tout le corps.

Trouver son « maître à penser »

Nous sommes six « disciples » assis sur des tapis de yoga, face à Sophie. Certains sont des habitués, comme Samy*, qui en poussant la porte, tend timidement un bouquet de fleurs blanches à la kinésiologue. « J’ai déjà reçu des témoignages d’hommes sous l’emprise d’une guide dont ils étaient tombés amoureux et qui alimentait ce fantasme de relation », réagit Elisabeth Feytit, créatrice du podcast Méta de Choc et consultante sur le film Gourou en salle ce mercredi. En répondant « Samy, qu’est-ce que ton énergie a changé », la guide sous-entend qu’il est « quelqu’un de particulier », ce qui peut, selon elle, « entretenir un attachement pendant des années ».

Au début de la séance, Sophie nous invite à tirer une carte. Françoise* retourne une figure aux accents religieux, entourée de lumière. Interrogée dans le cercle de parole sur la signification que revêt cette image, elle répond : « C’est toi Sophie, bien sûr. Toi qui nous enseignes et nous guides. » La sexagénaire s’est inscrite à cette séance sur les conseils de la professeure, qu’elle consulte régulièrement dans le cadre de séances de kinésiologie.

« Lorsque l’on se tourne vers ces pratiques, c’est pour chercher du bien-être. On cherche à aller mieux et on écoute des conseils même s’il n’y a pas de compétences. De fil en aiguille, le « professeur » devient un maître à penser », analyse Damien Karbovnik, historien et sociologue des religions et auteur du livre Le développement personnel : nouvel opium du peuple ? (Ed. Les Equateurs). Avant de quitter l’appartement parisien, Françoise a d’ailleurs demandé à Sophie combien de séances de ce type (à 50 euros pièce) étaient encore nécessaires pour elle.

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La fiction, terrain de jeu New Age ?

Conférence filmée d’Elisabeth Feytit, donnée en 2025, au festival littéraire Textures, à Fribourg en Suisse, au sujet des récupérations réciproques de la spiritualité New Age et des œuvres de fiction ! Elle y échange avec Matthieu Corpataux, enseignant en littérature française et en écriture créative à l’Université de Fribourg. À l’issue de cette émission, vous ne verrez-vous de la même manière Victor Hugo, Avatar, Matrix, Da Vinci Code, ou la poésie de Rupi Kaur ?

T I M E C O D E S 01:08 : Qu’est-ce que le New Age ? : pensée positive, Nouvelle pensée, théosophie, anthroposophie, éveil spirituel. 06:05 : L’influence du spiritisme : Victor Hugo, les surréalistes et l’écriture automatique. 10:59 : L’exemple de la saga Avatar : Enfant indigo, Starseed, communication avec les arbres, Barbie énergéticienne, banalisation des croyances et endoctrinement de masse. 19:49 : Les références New Age involontaires : Dragon Ball, Matrix, la scientologie. 26:58 : La fiction pour se réparer ? : poésie de Rupi Kaur, effet Barnum, tout est en soi, glissement vers le développement personnel et la spiritualité New Age, traiter le traumatisme par la poésie, ritualisation, mantra. 35:11 : Da Vinci Code : le phénomène Marie-Madeleine, la Wicca, l’intuition de Rudolf Steiner, les synchronicités de Carl Gustav Jung, Le fusil de Tchekhov, La Prophétie des Andes. 43:49 : Les différents niveaux de réalité : changement de paradigme, Ère du Verseau, voyage astral, Doctor Strange fait une expérience de sortie de corps, America Chavez voyage dans le Multivers. 47:28 : Star Wars : lutte du Bien et du Mal, mouvement soucoupiste, Enfants indigo et Starseeds, Fédération galactique de Lumière, David Icke et les reptiliens, La Doctrine secrète. 53:26 : Questions du public : comment Élisabeth Feytit est-elle sortie du New Age ? Comment ne pas se faire endoctriner par la fiction qui diffuse les idées New Age ? Raël et la science-fiction.

Dans les coulisses de « Shen Yun », ce spectacle de danse qui promeut le Falun Gong

Le spectacle Shen Yun se présente comme une célébration de la culture chinoise traditionnelle, mais constitue en réalité un outil de visibilité et de financement pour le Falun Gong, un mouvement controversé. Le mouvement présente certaines caractéristiques sectaires, même si peu de victimes se signalent en France.

Chaque hiver, les affiches faisant la promotion du spectacle de danse chinoise « Shen Yun » envahissent les gares, les stations de métros et les abribus. Cette année, même France 2 a diffusé des publicités en prime time. Un matraquage qui fonctionne : les représentations se font à guichets fermés. Mais ce qui se joue derrière le rideau n’est pas qu’une célébration de la danse traditionnelle et de l’histoire de la Chine. Shen Yun est, en réalité, un outil de visibilité pour un mouvement spirituel controversé : le Falun Gong.

Cette pratique spirituelle, qui mêle mouvements de « Qi gong » – une gymnastique traditionnelle chinoise – et enseignements métaphysiques, a vu le jour en 1994 dans le nord-est de la Chine. Sur le papier, rien de bien inquiétant. Pourtant, dès 1999, son créateur, Li Hongzhi, assure dans une interview au Time, que certains pratiquants de sa discipline peuvent léviter ou que les problèmes de l’humanité sont causés par des extraterrestres qui cherchent à s’emparer de nos corps. D’autres témoignages recueillis par les médias – à l’instar de cet article de ABC – font état de pratiques pouvant mettre en danger la santé de ses adeptes (exorcisme pour soigner l’anorexie, arrêt des médicaments) ou promouvant une idéologie conservatrice (les couples mixtes seraient, eux aussi, un complot extraterrestre).

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Mise en garde contre l’IA Catholique

Par Dr Lily M. Abadal,

https://www.thepublicdiscourse.com/2025/11/99435/

Dr. Lily M. Abadal est professeur adjoint d’enseignement en philosophie à l’Université de Floride du Sud. Elle se spécialise dans l’éthique normative, la psychologie morale et la théorie des vertus, en mettant l’accent sur la façon dont les pratiques en forme de tradition informent le caractère. Ses projets actuels explorent les blessures morales, la souffrance et la désorientation, ainsi que les dimensions éthiques de l’intelligence artificielle dans l’éducation et les milieux professionnels. Son travail apparaît dans Teaching Philosophy, Journal of Religious Ethics, Frontiers in Sociology et plusieurs volumes édités de Bloomsbury, Routledge et Springer.


Nous ne sommes pas des machines, et nous ne saurions être bien formés par elles. La formation humaine doit être avant tout humaine, même s’il est plus facile et plus rapide de soumettre nos questions à une machine.

Si vous êtes catholique et que vous avez rencontré des publicités pour Magisterium AI et Truthly AI, vous avez probablement été intrigué, tout comme moi.

Truthly AI se présente comme un compagnon IA catholique, permettant aux utilisateurs « d’engager des conversations significatives et d’obtenir des réponses à n’importe quelle question ou problème ». C’est une promesse audacieuse. La promesse de Magisterium AI est similaire. Elle prétend donner « des réponses précises à vos questions spécifiques sur la foi et les mœurs » et pouvoir aider à clarifier des doctrines difficiles telles que la Trinité.

En apparence, ces outils semblent au pire inoffensifs et au mieux édifiants. C’est d’autant plus le cas que leurs modèles prétendent être exclusivement entraînés sur des textes canoniques et les enseignements officiels de l’Église. Toutefois, la prudence est de mise. Pour quatre raisons principales, nous devrions encourager les jeunes à procéder avec une précaution extrême, et nous ne devrions pas nous hâter de recommander l’usage de tels outils dans la catéchèse.

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LSD, champignons hallucinogènes, ayahuasca… contre la tentation d’un « exceptionnalisme psychédélique »

Zoë Dubus, Sciences Po

LSD, psilocybine extraite de champignons hallucinogènes, mescaline issue de cactus, ayahuasca… les psychédéliques connaissent un regain d’intérêt en recherche médicale, pour des usages récréatifs ou expérientels voire stimulants, et bénéficient de représentations plus positives que les autres psychotropes. Ils ne doivent pas pour autant être considérés comme une catégorie « supérieure » aux autres substances psychoactives.

La « renaissance psychédélique », ce renouveau de l’intérêt scientifique autour de ces psychotropes, suscite des espoirs considérables : ces substances offriraient-elles des traitements miracles contre la dépression, le trouble de stress post-traumatique ou les addictions ? Rendraient-elles leurs usagers plus empathiques, plus écologistes, voire moralement meilleurs ? Seraient-elles finalement « supérieures » aux autres psychotropes ?

Comme le suggèrent des travaux en sciences sociales et en psychologie, ces attentes relèvent d’un imaginaire qui surestime les propriétés intrinsèques des substances et sous-estime la force des contextes d’usage ou des croyances préétablies, tout en dépolitisant profondément la manière de les aborder.

Ces représentations, partagées par une partie des usagers de psychédéliques voire par certains thérapeutes, sont en effet trompeuses : elles reposent sur des généralisations hâtives, amplifient des attentes démesurées et ne résistent ni à l’étude de la diversité des usages ni aux risques documentés.

La singularité des psychédéliques classiques justifie-t-elle des règles d’exception ?

Aucune de ces propositions ne justifie par ailleurs un « exceptionnalisme psychédélique », c’est-à-dire l’idée selon laquelle les substances psychédéliques classiques – psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes ou « champignons magiques », LSD, DMT/ayahuasca et mescaline – seraient si singulières qu’elles devraient bénéficier de règles d’exception par rapport aux autres psychotropes en vertu d’une supposée « supériorité ».

Au contraire : la cohérence scientifique, l’équité et la réduction des risques (RdR) exigent de rompre avec les narratifs qui hiérarchisent moralement les substances – et donc, par ricochet, leurs usagers –, de reconnaître les risques liés à la prise de ces produits (y compris en thérapie), d’intégrer la RdR au cœur des pratiques et d’instaurer des garde-fous éthiques solides.

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