Avenir de la Culture

Alias : Tradition-Famille-Propriété, Pro Europa Christiana

A l’origine de la TFP, il y a un homme : Plinio Correâ de Oliveira (1908-1995). Né dans une riche famille de l’aristocratie brésilienne, avocat et professeur, il fonde une Ligue électorale catholique puis dirige le Legionario, hebdomadaire très influent où il se lie d’amitié avec deux prêtres qui deviendront évêques : Antonio de Castro Mayer et Geraldo de Proença Sigaud. Autour du mensuel Catolicismo, il écrit son maître-ouvrage, Révolution et contre-révolution où il systématise les thèses traditionalistes […]. Le 26 juillet 1960, il fonde la « Société brésilienne de défense de la Tradition, de la Famille et de la Propriété », ou « TFP ». Cette nouvelle organisation orchestre des manifestations publiques avec mégaphones, banderoles, grands étendards rouges frappés du lion héraldique (emblème de l’organisation), jeunes en capes rouges…  [ NDPP :  le kitsch néo-moyenâgeux caractéristique de la TFP ]. Des « caravanes » formées de jeunes militants sillonnent le pays pour diffuser les thèses de la TFP.

Dès sa création, la TFP vole au secours des latifundia (grandes propriétés terriennes) menacées par les projets successifs de réforme agraire (redistribution des terres improductives aux ouvriers agricoles) : projets appuyés par l’épiscopat brésilien mais qualifiés de communistes par l’organisation. La TFP engage également un combat [NDPP : remarqué par Washington] contre «l’infiltration communiste» dans le clergé latino-américain, contre l’oecuménisme et contre l’Ostpolitik vaticane.

Les années 1970 sont celles de l’essaimage de la TFP sur les cinq continents. Aux Etats-Unis, des liens sont tressés avec les milieux néo-conservateurs. [ NDPP : milieux qui cherchent dès cette époque à établir un réseau de « droite religieuse » pro-américaine dans le monde entier ].

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La biorésonance

Qu’est-ce que la biorésonance ?

La définition suivante est proposée par les tenants de la discipline :

« La biorésonance représente la capacité qu’ont les êtres vivants de capter et d’émettre des rayonnements dans leur environnement. Elle englobe aussi les méthodes de soins et appareils basés sur l’émission de rayonnements électromagnétiques destinés à rééquilibrer l’énergie corporelle. » www.bioresonance.net/

D’autres définitions apportent des précisions sur la méthode ou le traitement lui-même :

 « Issue de la naturopathie, la biorésonance est une méthode thérapeutique qui consiste à enregistrer et à modifier, avec un appareil spécial METATRON, les ondes électro-magnétiques générées par les différentes parties du corps. Cette nouvelle médecine, dite médecine quantique, ou médecine informative, offre la possibilité de traiter la personne entière et de soulager ses symptômes. Dans le concept de biorésonance, les différentes parties du corps émettent des ondes électromagnétiques. Celles-ci présentent un spectre typique pour chaque personne, formé de parties harmonieuses (saines) et discordantes (malades).» www.biotenna.fr/bioresonance/

« BioRésonance : méthode thérapeutique anti-allergies :

La biorésonance consiste à enregistrer et à modifier, avec un appareil particulier, les ondes électromagnétiques émises par le corps. Celles-ci présentent un spectre typique pour chaque personne, formé de parties harmonieuses (saines) et discordantes (malades). Les signaux émis par le corps sont captés par des électrodes, transmis dans un appareil où ils seront modifiés et renvoyés dans le corps au moyen d’autres électrodes. Cette opération permet d’éliminer les ondes malsaines et d’activer le potentiel d’auto-guérison du corps.
Cette thérapie énergétique enrichie des  nouvelles technologies de la médecine quantique met à jour les véritables causes des maladies – souvent dissimulées. C’est une thérapie douce, sans médicament
».

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La mémoire cellulaire

Au pays des merveilles

de la mémoire cellulaire

et de la reprogrammation cellulaire 
 

Un tour rapide du sujet

Cette théorie proposée et développée essentiellement avec la grande facilité que l’on connaît sur les nombreux sites consultables sur internet, est également présente régulièrement dans les médias, la presse féminine, ou même les émissions TV aux heures dites de grande écoute.

Elle s’est propagée par des conférences, le bouche à oreille, sans oublier les vidéos en grand nombre, à l’aide de divers ouvrages sur ces sujets, non seulement vantés par des sites commerciaux connus, mais bien en vue sur les rayons des librairies, des points presse et livres des centres commerciaux, multiples grandes enseignes culturelles, sous format de poche ou en collection économique. Il est donc devenu très facile de partir à la rencontre de la mémoire cellulaire.

Il est aisé de se procurer ces ouvrages aux titres prometteurs,

  • de la méthode pratique de libération des mémoires cellulaires,
  • en passant par des promesses de libération quantique
  • ou encore par la perspective enivrante d’une descente dans le Corps…

le voyage s’annonce particulièrement tentant !

Toute une littérature biographique a participé également à rendre ce sujet populaire avec les greffes de tissus et d’organes, sujet relayé par les médias et certaines personnalités:

Charlotte Valandrey, un cœur pour deux :

http://www.leparisien.fr/societe/charlotte-valandrey-un-coeur-pour-deux-16-09-2011-1610238.php

« Elle se livre encore une fois dans son dernier ouvrage, qui est sorti hier, « De coeur inconnu », et fait part de son incroyable expérience. La comédienne, séropositive, subit une greffe du coeur en 2003. Deux ans plus tard, elle se découvre de nouveaux goûts, comme le baba au rhum, ou éprouve une sensation de « déjà-vu » dans des lieux où elle n’est jamais allée… »

Examiner globalement les définitions

Citation de l’Ecole de mémoire cellulaire :

« Votre corps garde en lui les mémoires enfouies de vos souffrances d’enfant, de fœtus, celles de vos parents et ancêtres. Ces mémoires se font douleur en se réveillant au fil des évènements de la vie. Elles sont la cause des schémas répétitifs qui jalonnent notre existence. La Mémoire Cellulaire permet de trouver et éprouver ce qui est inscrit dans le corps afin de libérer ces souffrances. »

Que recouvre exactement le terme « mémoire cellulaire » selon les propagateurs de cette discipline ?

LES OBJECTIFS ESSENTIELS DE LA MEMOIRE CELLULAIRE

SONT AMBITIEUX :

LE NETTOYAGE DES MÉMOIRES NÉFASTES

ET LA RE-PROGRAMMATION CELLULAIRE .

Mise en garde sur la confusion des termes employés :

entre des termes identiques,

– ceux recouvrant une réalité scientifique avérée, documentée, sérieuse,

– et ceux employés de façon abusive, alternative et surtout pseudo scientifique.

attention à la confusion des genres.

L’étude de la mémoire des cellules a une réalité scientifique, de même que la programmation cellulaire.

Mais la vigilance, l’appel au raisonnement et aux connaissances s’imposent

Il ne s’agit pas de prendre ces allégations pour argent comptant — c’est le cas de le dire —, car le coût des formations, stages, conférences, et des prestations des praticiens est souvent élevé…

Que disent la science, les sceptiques, et la médecine ?

  1. Une pincée salutaire de science…

☀︎ Mémoire cellulaire : demandez le programme !

site de l’AFIS – SCIENCE … & pseudo-sciences

Rubrique réalisée par Sébastien Point – SPS n°317, juillet 2016 (suivie d’une liste d’une vingtaine d’adresses Internet à consulter)

www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2717

 

☀︎ Aller plus loin :

Les Transversales du CNRS, une synthèse sur la notion de mémoire, familiale, informatique, collective, objet d’étude de la biologie et ses mécanismes :

http://www.cnrs.fr/cw/fr/pres/compress/memoire/synthese.htm

(si vous avez un problème d’affichage des accents, mettre l’encodage en Occidental ISO Latin 1)

 

  1. Garder l’esprit critique et sceptique

☀︎ Avec les Sceptiques du Québec

« Il est inimaginable de penser qu’on puisse transmettre l’expérience de la vie par la transplantation d’organes. » Dr. John Schroeder, Centre médical Stanford

http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/cellular.html

« Théorie selon laquelle les cellules du corps humain renferment des traces de nos personnalités, nos goûts et notre passé, indépendamment du code génétique ou des cellules cérébrales. Cette idée absurde vient peut-être de La Dianétique de L. Ron Hubbard. L’ancien auteur de science-fiction y propose la mémoire cellulaire comme explication au fonctionnement des engrammes. »

☀︎ Article de blog : La mémoire cellulaire dans la jungle des pseudo-sciences

http://nicobetrencourt.blogspot.fr/2014/06/la-memoire-cellulaire-dans-la-jungle.html

☀︎ Site de la MIVILUDES : Les dérives sectaires dans le domaine de la santé

www.derives-sectes.gouv.fr

guide 2011, rapports 2013, 2013-2014…

 

 

  1. La médecine

Les médecins ne croient pas à la mémoire cellulaire…

« Un organe greffé peut-il faire passer dans le corps du receveur les souvenirs du donneur, ses goûts ou des aspects de sa personnalité? Aux Etats-Unis, et aussi depuis peu en France, cette théorie de la « mémoire cellulaire » a de plus en plus d’adeptes parmi les férus de thérapies parallèles. Mais cette théorie n’a aucun fondement scientifique et les « vrais » médecins n’y croient pas un instant. »

http://www.leparisien.fr/societe/les-medecins-ne-croient-pas-a-la-memoire-cellulaire-16-09-2011-1610236.php

Une escroquerie ?

La théorie de la « mémoire de nos cellules » relève en effet davantage de l’abus et de l’escroquerie intellectuelle.

Manipulation psychologisante, elle repose sur

  • l’astrologie,
  • les croyances et pensées magiques,
  • la superstition,
  • les sensations,
  • le toucher superficiel,
  • et sur des mécanismes psychologiques dépassés.

Elle est voisine de la psycho-généalogie et de la kinésiologie,

emprunte à la sagesse orientale ou indienne des croyances en la réincarnation,

s’inspire de la scientologie et de l’anthroposophie.

Aucune étude scientifique n’a prouvé la validité de ses théories et de ses résultats

qui s’expliquent par des effets placebo et psychologiques.

La Scientologie la reprend avec la notion d’engramme.

La thérapie est également proche des démarches régressives

déjà connues comme le ‘rebirth’ :

« technique de respiration amplifiée, consciente et dirigée permettant de s’abandonner à soi-même pour libérer des émotions enfouies sans intervention du mental. Méthode qui induit une hyperventilation conduisant parfois à un état de transe dont la profondeur diffère selon les individus. »

 

Elle a pour but d’enlever un trauma psychologique réel, vécu personnel,

ou même monté de toutes pièces par de faux souvenirs induits.

La guérison par soi-même et à l’aide de praticiens ou de thérapeutes

ayant suivi des sessions dans des écoles non officielles promet :

  • Une réparation des traumatismes
  • Un renouvellement des cellules
  • Une régénération
  • Un bien-être psychologique retrouvé
  • Une avancée, voire une supériorité spirituelle…

Les principaux dangers sont les suivants

  • Elle attire les personnes en situation de faiblesse, de désarroi psychologique, de stress, fragiles ou atteintes de maladie grave, qui sont en recherche de solutions à leur souffrance ou leur mal-être, et qui ne trouvent pas une écoute appropriée à leurs besoins en milieu médical, familial ou social.
  • Elle favorise et accentue la culpabilité par ses aspects psychologisants.
  • Elle délivre en réalité des réponses stéréotypées et généralistes qui n’apportent qu’un soulagement passager.
  • Elle rejette la science officielle considérée comme rigide et inappropriée, réticente aux méthodes alternatives, vécue comme sourde à la souffrance des patients.
  • Ce qui devient dramatique dans les cas de cancer, à cause du refus de soigner cette maladie par la médecine classique, par les chimiothérapies ou radiothérapies.

Puisse ce petit e-book vous permettre d’apprécier la vérité de la chose … !

P. Dominique Auzenet et une équipe.

 

Un e-book au format PDF

ou au format pour tablettes et smartphones  EPUB et MOBI

Obéissance et liberté dans la vie religieuse

PARMI LES TROIS VŒUX QUE PRONONCENT LES RELIGIEUX, CELUI D’OBÉISSANCE EST LE PLUS DÉLICAT. S’IL EST MAL COMPRIS, IL EST SUSCEPTIBLE DE CONDUIRE À DES DÉRIVES.

D’où vient l’appel à l’obéissance ?

Lorsqu’ils s’engagent dans une communauté, les religieux prononcent un vœu d’obéissance, souvent décrit comme le plus délicat. De fait, l’obéissance dans la vie religieuse est bien plus radicale que celle requise dans une entreprise ou l’armée. Sa raison d’être n’est pas qu’organisationnelle, au service du bien commun, mais avant tout théologique. Elle s’enracine dans l’idéal chrétien de l’amour de Dieu et des autres : faire la volonté de Dieu en imitant l’humilité du Christ, lui-même décrit comme s’étant fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix » (Philippiens 2,8).

Obéissant, c’est-à-dire, étymologiquement, celui qui écoute. Dans la cathédrale du Puy-en-Velay, la chapelle du Saint-Crucifix présente un Christ du XVe siècle avec de grandes oreilles, symbole de celui qui a écouté parfaitement la volonté de son Père. « L’obéissance est avant tout une attitude filiale (…), une écoute imprégnée de la confiance qui rend le fils accueillant à la volonté du père, assuré qu’elle sera pour son bien », rappelle l’instruction romaine de 2008 sur

« Le service de l’autorité et l’obéissance ». Ainsi, poursuit-elle, « l’obéissance à Dieu est chemin de croissance et donc de la liberté de la personne, parce qu’elle consent à accueillir un projet ou une volonté différente de la sienne qui non seulement n’humilie pas ou n’abaisse pas, mais fonde la dignité humaine ».

Si l’obéissance comme écoute de la Parole de Dieu est capitale pour tout chrétien, la vie religieuse lui donne une autre radicalité car le religieux renonce à sa volonté égoïste et se remet dans les mains de supérieurs. L’obéissance religieuse est alors vécue comme un acte de foi : le religieux croit que Dieu lui communique sa volonté dans le cadre de sa mission par l’intermédiaire des supérieurs et l’associe par là à sa volonté de salut. Ce que formalise le droit canonique : « Le conseil évangélique d’obéissance, assumé en esprit de foi et d’amour à la suite du Christ obéissant jusqu’à la mort, oblige à la soumission de la volonté aux supérieurs légitimes qui tiennent la place de Dieu, lorsqu’ils commandent suivant leurs propres constitutions » (canon 601).

Quelles en sont les limites ?

Si le propos est radical, l’histoire de l’Église – et récemment les dérives sectaires de certaines communautés – rappelle toutefois que le risque d’abus de l’obéissance est bien réel et qu’elle doit toujours être encadrée. « C’est un équilibre très fragile qui demande de la prudence », relève le dominicain Henry Donneaud, professeur de théologie à Toulouse, qui fut commissaire pontifical pour la communauté des Béatitudes (1).

Première limite du côté de celui qui obéit : il reste toujours éminemment libre. « L’obéissance est un acte de foi mais elle n’est jamais irrationnelle. La liberté reste souveraine. On ne peut obéir quepar choix, sinon ce n’est plus de l’amour », souligne Frère Oliveto, maître des novices à l’abbaye olivétaine de Maylis (Landes). C’est même la condition d’une vraie obéissance : pour être capable d’obéir, il faut être capable de désobéir. Faisant le lien entre « obéir » et « écouter, pour ensuite répondre », le dominicain Yves Bériault (2) rappelle que le mot « responsabilité » veut aussi dire « donner une réponse » et qu’en ce sens, « obéissance et responsabilité » sont « indissociables » dans la vie religieuse : « L’obéissance implique donc une attitude très active et très dynamique qui fait appel à toute la personne », et notamment « à l’adulte en nous ».

Elle n’est jamais obéissance aveugle : le consacré ne doit jamais démissionner de son intelligence et de sa volonté, mais garder sa capacité de juger de ce que lui demande son supérieur, ne serait-ce que pour entrer plus librement dans ce qui lui est demandé. Sachant que le précepte posé par le supérieur ne peut jamais porter que sur un sujet extérieur, précise le

P. Donneaud : « Il peut me commander de faire cela, mais pas de penser que cela est bon. » Sachant aussi que le supérieur ne peut jamais demander un acte mauvais. « Si un religieux commettait un péché sur ordre de son supérieur, sa responsabilité ne serait pas dédouanée au motif qu’il a obéi », poursuit le dominicain. Saint Thomas d’Aquin parle en ce cas d’« obéissance indiscrète » c’est-à-dire non discernée, non réfléchie.

Et du côté du supérieur ?

Même si le religieux juge que les motivations de son supérieur ou le contenu même de ce qu’il demande ne paraissent pas les meilleurs, à partir du moment où ce qui est demandé n’est pas un mal, il est invité à obéir et à croire qu’ainsi il fait la volonté de Dieu. C’est toute la spécificité de l’obéissance religieuse… « À condition, précise le P. Donneaud, que je sois la seule ”victime”. Car si toute une communauté subit les conséquences négatives d’une autorité abusive, alors il y a dysfonctionnement et j’ai le devoir d’alerter les autorités de l’Église. »

L’autorité du supérieur est toujours subordonnée au bien commun, au service du bien des frères et sœurs. S’il la tient de Dieu, il n’est pas Dieu sur terre : « Ses paroles ne sont pas les paroles du Christ, ses ordres non plus. Ils restent le fruit d’un discernement et d’une délibération humaine, quelles que soient par ailleurs les aides divines dont il a pu bénéficier, rappelle le P. Donneaud. Il n’est pas infaillible et peut se tromper. Il ne faut donc jamais démissionner de sa capacité de juger, mais obéir jusqu’à preuve du contraire. »

Dans le cas de dérives intervient aussi le paramètre des « conditionnements psychologiques et moraux (…), ces derniers cas découlant facilement d’une emprise mentale exercée plus ou moins consciemment par le supérieur ». Il relève de la responsabilité du supérieur de veiller à enseigner la liberté, « au lieu d’enfermer dans une pseudo-obéissance qui est dressage, manipulation ». Cela suppose également une vigilance des autorités de l’Église et une formation rigoureuse des religieux à la juste obéissance, et au droit canonique qui l’encadre.

(1) Il s’est exprimé en juin lors d’un séminaire sur « Liberté et obéissance dans la vie religieuse » faisant intervenir à Paris responsables religieux, magistrats, lanceurs d’alerte…

(2) Article « Obéir à Dieu, à soi-même et au monde », dans La Vie des communautés religieuses, mars-avril 2004.

Céline HOYEAU, La Croix – samedi 28 janvier 2017

Calme et attentif comme une grenouille

Calme et attentif… comme une grenouille ?

Curieuse promesse ! Et tellement séduisante pour des parents ou des enseignants débordés par les enfants qu’ils côtoient ! Si seulement il existait une méthode miracle pour les faire tenir en place, les rendre attentifs, leur permettre de se concentrer et d’apprendre !!!

Cette promesse est le nom d’un succès de librairie, vendu très cher (25 € pour une centaine de pages imprimées très gros avec des grandes marges tout autour + un CD), à grand renfort d’outils marketing et de relais média. On nous vante déjà 100 000 parents et enseignants conquis !

La préface est signée par l’incontournable Christophe André qui se fend d’une anecdote sur son enfance et nous annonce tout de go que les enfants sont naturellement prédisposés à la « pleine conscience ».

Il nous affirme même que la pleine conscience peut aider nos enfants à « acquérir plus d’humanité », rien de moins ! À le lire, hors de la pleine conscience, point de salut !

Allons voir de plus près cette proposition de « pleine conscience » pour enfant.

Faire du neuf avec de l’ancien

Tout d’abord, les enfants, comme les adultes, ne sont pas tant disposés à la « pleine conscience » qu’à une présence dans l’instant, en ayant conscience des perceptions de leur corps et reliés à ce qui les entoure par les 5 sens.

La méthode Vittoz (du nom de son concepteur Roger Vittoz, médecin suisse, 1863-1925) appelle cela réceptivité.

Maria Montessori (médecin italien, 1870-1952) a largement développé sa pédagogie à partir de cette aptitude commune à tous les êtres humains dès leur plus jeune âge.

La capacité d’attention d’un enfant est visible dès les premiers jours de sa vie lorsqu’il observe, saisit, hume, goûte et expérimente les nombreuses facultés de son corps.

Pour cela, il a avant tout besoin d’un environnement calme et sécurisant ainsi que d’une alternance de moments seuls et de temps d’interaction.

La méditation à la mode reprend donc à son compte des observations déjà opérées et développées avant elle en Europe et se les attribue comme si elle venait d’en faire la découverte, revendiquant une paternité bouddhiste là où il est avant tout question du potentiel de l’être humain et de son bon fonctionnement neurophysiologique.

De même, le constat que ce fonctionnement « réceptif » est peu à peu délaissé pour une attitude dans laquelle le mental devient trop prépondérant et de manière incontrôlée a été fait par le Dr Vittoz et se trouve à l’origine de la méthode qui porte son nom, et qui est proposée depuis plus de 100 ans sans interruption.

On peut s’interroger sur ce tropisme qui voudrait faire de la pleine conscience la panacée des temps moderne sans reconnaître que des éléments de bon sens s’inscrivent dans une continuité de recherche et de réflexion, initiés bien avant elle, sous nos cieux notamment !

Dès la couverture, l’ouvrage « calme et attentif comme une grenouille » oscille entre méditation de pleine conscience et conseils éducatifs. Or, ce sont deux registres différents. On peut être un éducateur ou un parent tout à fait satisfaisant sans pratiquer la méditation de pleine conscience, heureusement !

Quelle enfance pour nos enfants ?

Un certain nombre d’adultes, aujourd’hui, semblent en difficulté avec les enfants qui les entourent. Ils se plaignent de leur excitation, leur énervement, leur difficulté à se poser, à se concentrer, à fixer leur attention, leur besoin continuel d’être en mouvement et, pour certains enfants et adolescents, des problèmes scolaires et relationnels dus à un manque de maîtrise de soi.

Nous pouvons constater également que de nombreux enfants de notre époque sont sur-investis et hyper-sollicités, souvent dès la naissance. Ils sont l’objet de toutes les attentes. Ils doivent être parfaitement heureux, éduqués voire formatés et ils ont pour mission de réussir dans la vie, valorisant au passage leurs parents.

Les parents eux-mêmes sont fréquemment stressés, survoltés, éparpillés entre mille préoccupations et soumis au même diktat de la réussite.

On peut supposer que les pressions exercées sur les parents par la société et l’air du temps viennent impacter directement la vie des enfants. Un développement sociologique et philosophique de ces questions donnerait un éclairage supplémentaire sur le succès des propositions de pleine conscience pour les enfants mais serait trop long à exposer ici.

Au plan concret et pratique, l’enfant contemporain est bien souvent l’otage consentant de la déesse télévision et de sa cour d’écrans grands et petits. Les adultes confondent parfois le calme et la concentration avec cet état de sidération passive, quasi hypnotique, provoquée par le flux d’images sur des enfants immobiles et généralement laissés seuls.

Or, sidération et concentration sont bien différentes. Pour la première, le sujet conscient et incarné a disparu; alors qu’avec la deuxième il est au centre de l’activité.

Un enfant longtemps affalé devant un écran a ensuite une grande difficulté à se contenir, à revenir à lui, à sa corporalité, son environnement. Il s’énerve, saute, gesticule et vient solliciter son entourage de façon démesurée comme pour s’y confronter après l’avoir perdu de vue.

C’est là, en général, que l’adulte rêve à cet enfant irréel qui serait au long cours « calme et attentif » voire docile.

Le succès de cette proposition de pleine conscience pour les enfants parle de la société dans laquelle nous sommes : captivés par les écrans derrière lesquels nous sommes assis plusieurs heures par jour, fascinés par le virtuel, il nous faut ensuite payer des personnes ou des livres qui nous invitent à revenir au concret, au réel.

Faisant cela, nous cherchons à appliquer un remède sans parer aux causes et nous risquons de nous exonérer d’une question fondamentale en termes de choix de vie concrets comme adultes et comme parents. Nous y reviendrons en guise de conclusion.

Du bon sens

Le livre d’Eline Snel enfonce quelques portes ouvertes et redonne quelques éléments de bon sens : être présent aux goûts des aliments, aux sensations tactiles, à la sensation de fatigue ou de repos, nommer ce que l’on ressent… Tout cela n’est pas très savant et passe naturellement dans une relation simple entre l’enfant et l’adulte, qu’il soit parent, grand-parent, enseignant… pour peu qu’on lui consacre suffisamment de temps et d’attention justement !

Ne nous privons donc pas de vivre ces moments d’échanges qui exercent chez nous aussi la capacité à être présents à nous-mêmes, à l’autre, au monde. Loin des formules ronflantes et des phénomènes de mode, nous sommes invités à redécouvrir les choses toutes simples de la vie quotidienne. Il n’y a nul besoin de rebaptiser cette attitude « méditation » ou « pleine conscience ». La présence ici et maintenant suffit amplement.

Sur la forme, le livre comporte 10 chapitres abordant des thèmes qui se recoupent, sans progression logique, ni dynamique. Le sujet est comme éclaté en plusieurs thématiques au détriment d’une réflexion de fond.

Nous passons de propos généraux suivis d’exemples (trop) simples à des « conseils et recommandations » suivis de « trucs pour la maison ».

Bref, on vous dit comment être parents à l’aune d’un nouveau dogme.

Visualisations ou rapport ajusté à la réalité ?

Curieusement, le projet d’accueil de la réalité cède très vite du terrain à une technique bien différente : la visualisation.

De nombreuses images dont proposées par l’adulte avec force détails :

–     La grenouille devient modèle de calme et d’attention. Par exemple, nous apprenons que la grenouille ne se laisse pas entraîner par toutes sortes d’idées qui lui passent par la tête. Curieux anthropomorphisme !

–     La détente du corps est comparée à la consistance du spaghetti dur qui devient spaghetti cuit… quid de la tonicité qui nous fait tenir debout dans la détente ? D’ailleurs, ai-je envie de devenir comme un spaghetti cuit ???

–     Un arbre et des pigeons blancs permettent de réaliser les souhaits.

C’est regrettable que l’image soit donnée de l’extérieur, elle s’impose au sujet qui aurait pu en choisir une autre justement en lien avec ce qu’il expérimente ou ne pas en choisir pour rester dans la sensation vécue.

Une image ne devient symbolique et parlante que dans la mesure où elle vient de la personne et non de l’induction du thérapeute, du livre ou du CD.

Les visualisations sont donc inutiles voire elles appauvrissent l’expérience. Notons au passage que la visualisation est une technique très utilisée en sophrologie pour induire un état ou un sentiment. Ce n’est plus l’accueil de la réalité mais une suggestion mentale.

L’enjeu est celui de ma liberté d’être comme je me sens, comme je suis, et non comme l’autre voudrait que je sois. En termes d’éducation, ce choix est central, surtout lorsque nous considérons que les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain.

L’éducation positive façon guimauve et le mythe du parent-thérapeute tout-puissant

Ce livre a quelque chose de lénifiant, il est rempli de bons sentiments, dégouline de gentillesse, les problèmes se résolvent à coups d’empathie, de bienveillance et de visualisation.

Par exemple, page 129, l’enfant visualise un « arbre à souhaits » avec des pigeons blancs sur les branches :

 « prends maintenant le temps de penser à un souhait, un souhait qui vient du cœur. […] Une fois que tu sais bien ce que tu souhaites, tu appelles doucement un pigeon. Tu le laisses venir se poser sur ta main près de ton cœur. De ton cœur, tu fais savoir ton souhait au pigeon. Il va comprendre. Tu donnes le souhait au pigeon et tu le laisses s’envoler. Tu le vois s’envoler. […] Aie confiance. Laisse aller le souhait et toutes les images qui s’y rapportent. »

 Dans le livre, suit un exemple d’un enfant harcelé à l’école, faisant l’exercice de l’arbre à souhaits avec sa maman, laquelle résout le problème de harcèlement séance tenante. Nous naviguons ainsi entre la méthode Coué et la pensée magique.

C’est de la thérapie éducation guimauve : c’est mou, sucré, peu consistant…

On retrouve là le courant de la « parentalité bienveillante » et de « l’éducation positive » qui prétendent transformer la vie de famille en un cocon douillet et gratifiant. C’est une des utopies du moment. Le mot bienveillant est mis à toutes les sauces.

Or, de tout temps, l’éducation est un subtil équilibre de frustration et de gratification, à la maison comme à l’école. C’est une des conditions pour avoir des adultes qui tiennent debout.

Que penser du « parent-thérapeute » présenté dans le livre, un adulte quasiment parfait, maître de lui et rompu aux techniques de développement personnel ? Cet adulte a la solution en toutes circonstances. N’y a-t-il pas un mythe de toute-puissance dans cette présentation, là où l’expérience des adultes est parfois de l’ordre de l’impuissance à contenir les enfants ?

Or, gageons que l’équilibre se trouve entre ces deux extrêmes.

Ce livre fait la promesse de l’enfant parfait du parent parfait, binôme promis à la fusion puisque ni l’un ni l’autre auront de motifs de se quitter ! C’est oublier qu’une saine confrontation permet de s’affirmer, de se construire comme sujet et le moment venu de devenir indépendant. C’est aussi ignorer le caractère nécessairement imparfait de nos actions, même avec les meilleures intentions.

L’autosatisfaction de l’auteure est agaçante, de nombreux exemples semblent tirés de sa vie de maman où elle sait trouver la bonne solution et s’en sert pour édifier les autres. La page de remerciements vaut le détour :

« Je remercie mon mari Henk et nos enfants, Hans, Anne Marlijn, Koen et Rik, pour leur profonde aspiration à s’aimer mutuellement et à aimer les autres, à les accepter, à les consoler et à les stimuler en toute occasion. »

C’est le monde des Bisounours, la famille formidable !

Être gentil, c’est agréable !

L’ensemble du livre est très moralisateur car on nous parle d’exercices de gentillesse, un chapitre s’intitule « être gentil, c’est agréable ! » et explique les exercices à pratiquer pour devenir gentil.

Or, sommes-nous encore dans la perception de la réalité ou dans le vœu pieux d’une morale laïque détachée de la source de la Charité qu’elle prétend pourtant infuser par des techniques ?

De plus, cette histoire de gentillesse est un peu retorse car, au fond, la raison principale pour être gentil résiderait dans le bien-être que cela me procure.

L’injonction « sois gentil (le) ! » ne date pas d’hier et de nombreux adultes abordent en psychothérapie cette demande insistante qui leur a été faite lorsqu’ils étaient enfants afin de la remettre à une place plus adaptée. N’oublions pas que « sois gentil » est aussi parfois une façon pour l’adulte de dire « fiche-moi la paix ! ».

Or, un enfant qui vient solliciter l’attention de ses parents continuera tant qu’il n’a pas été entendu.

S’il est préoccupé ou en souffrance, il n’a nul intérêt à entrer dans un programme de gentillesse sur commande.

Pour éduquer, c’est-à-dire « conduire vers l’extérieur », il me semble qu’il est plus juste de chercher à éduquer la conscience morale d’un enfant plutôt que de lui faire faire des exercices de gentillesse. Nous retrouvons à nouveau la question de la liberté personnelle.

Exercices ou attitude ?

Le CD qui accompagne le livre propose une mise en œuvre des exercices expliqués dans l’ouvrage. On voit là une des grandes différences entre l’approche de la méditation de pleine conscience et celle des propositions de Maria Montessori ou Roger Vittoz, par exemple. Pour la pleine conscience, il faut prendre un temps et se mettre à l’écart afin de méditer ou vivre une expérience d’attention. L’attention est donc limitée dans l’espace et dans le temps, c’est un moment à part dans la journée.

Pour Montessori ou Vittoz, il s’agit plutôt d’être attentif, présent, tout au long de la journée, quelles que soient les activités en cours. La Méthode Vittoz, par exemple, propose des exercices dans un premier temps afin de retrouver des facultés laissées de côté, mais le projet est toujours d’expérimenter l’état de présence à soi et au monde de manière habituelle, en toutes circonstances dans le concret de la vie. L’attention n’est pas une parenthèse de type relaxation mais une attitude au long cours, une façon d’être.

Soyons assurés que notre présence comme adulte en lien avec notre ou nos enfants donnera un bien meilleur « résultat » qu’un CD qui ne permet pas d’interaction et raconte à chaque fois la même chose de la même manière. L’enfant comme l’adulte a besoin d’être en relation et non pas alimenté par média interposé. Le media ne nourrit pas l’affectivité et le psychisme, la présence si !

Que garder de ce livre ?

Tout d’abord, abandonnons bien vite le mythe de la famille merveilleuse et des parents formidables. Cela fait vendre mais cette promesse intenable nous fait finalement beaucoup de tort en fixant un objectif irréaliste.

Aimons nos familles très imparfaites et nos enfants tels qu’ils sont ! Prenons du recul par rapport aux témoignages mirifiques, acceptons les conflits et les frustrations.

Faut-il pour autant renoncer à aider les enfants qui en ont besoin ? Non, bien sûr !

Tout d’abord, cherchons ce qui nous aide nous, comme adultes, à nous sentir plus calme. Interrogeons-nous sur la façon dont nous sommes attentifs ou non.

Quelle est notre gestion du bruit, du mouvement, de notre agenda ? L’hyperactivité de notre enfant dit-elle quelque chose de notre façon de vivre ? Il ne s’agit pas de nous culpabiliser mais de faire des liens éventuels.

Pour une bonne partie, la solution aux difficultés d’attention et de concentration ne vient pas de l’extérieur : livre, consultation, séances de groupe… Il est possible et plus utile d’agir chez soi, dans le quotidien.

Voici quelques idées.

Une seule chose à la fois

Nous pouvons aider les enfants à être ancrés dans le réel en étant nous-mêmes dans cette attitude. Nos enfants apprennent beaucoup plus par imitation des attitudes que par des exercices que nous leur ferions faire.

Par exemple, si je donne la main à l’enfant que je vais chercher à l’école tout en discutant au téléphone avec une amie, où suis-je ? À qui suis-je vraiment attentive ?

Nos enfants ont besoin de nous sentir présents à 100 %, ici et maintenant, pour être capables eux aussi d’être là.

Un petit peut apprendre très vite à être là sans être là. Par la suite l’enseignant le trouvera rêveur, étourdi, pas concentré, ou tapageur et provocateur pour qu’on s’intéresse enfin à lui !

Nous nous vantons parfois de savoir faire plusieurs choses à la fois… c’est pourtant une très mauvaise idée !

Le cerveau fait beaucoup mieux une seule chose à la fois : cela permet justement de développer l’attention, la concentration, la mémoire, ainsi que la justesse et l’exactitude de l’acte réalisé (cf. la notion de l’acte conscient développé dans la Méthode Vittoz).

Pour nous prémunir des approximations, du surmenage et pour aider nos enfants, nous pourrions réapprendre à faire les tâches une par une. Faites l’expérience pour constater que c’est moins fatigant, plus précis et plus efficace !

Pour les plus jeunes, il est utile de ne donner qu’une consigne à la fois, en respectant le rythme de l’enfant, rythme qui peut ne pas être le nôtre… ainsi l’attention de l’enfant n’est pas éclatée entre plusieurs demandes, il peut l’appliquer à l’action en cours avant de passer à la suivante.

Que faisons-nous de nos états d’âme, émotions, ressentis ?

En avons-nous conscience, savons-nous les exprimer de façon juste ? Là aussi, l’enfant apprend par imitation.

Nous pouvons prendre quelques instants pour accueillir ce que nous ressentons : agacement, colère, tristesse, paix intérieure, amusement… Il ne s’agit pas d’une longue introspection suivie d’une analyse, simplement d’une prise de conscience, souple et rapide, de ce qui nous habite.

Certains ressentis sont à partager, d’autres à garder pour soi. En prenant conscience de notre état émotionnel, nous permettons à nos enfants de le faire à leur tour de manière simple et spontanée.

Dire du bien de notre enfant en sa présence

N’oublions pas de dire du bien de notre enfant en sa présence, et même en tête à tête dans le cas d’une fratrie. Là aussi, le plus simple est le mieux. Un petit mot glissé de temps en temps pour leur dire qu’ils ont de la valeur, qu’ils possèdent des qualités que nous apprécions, sans comparaison ni bémol, cela construit et apaise.

L’important est que nous soyons dans une attitude vraie et non dans l’application d’une technique en vue d’un résultat.

Quand faut-il consulter un professionnel ? Cette question est à estimer au cas par cas. Un des critères à prendre en compte est la souffrance éprouvée. Étymologiquement, le « patient » est celui qui souffre.

Un enfant ou un parent en souffrance ne doit pas hésiter à chercher de l’aide à l’extérieur, pour un temps. Il pourra déposer en lieu sûr ce qui a besoin d’être écouté, formulé, travaillé.

Parfois, c’est le travail psychothérapeutique du parent qui aide le mieux l’enfant.

D’autres fois, il est bénéfique que l’enfant ait lui aussi un lieu extérieur pour exprimer ses difficultés.

Lorsque le quotidien est trop douloureux (conflits, maladie, etc.), un enfant peut chercher à s’en échapper. Il utilise alors la rêverie, l’inattention, comme une forme de défense entre lui et une réalité trop difficile à appréhender. L’aide d’un professionnel bien formé a alors toute sa place pour lui permettre d’affronter le concret de sa vie et les souffrances qu’il rencontre.

En conclusion

En conclusion, ce livre est un mélange

  • de bon sens,
  • de données issues de la psychologie positive,
  • de conseils assez simples,
  • avec une dose non négligeable de formules creuses,
  • de visualisations
  • et d’auto célébration de son auteure…

Ce n’est pas indispensable de le lire mais si vous l’avez entre les mains abordez-le avec une distance critique en faisant le tri entre ce qui vous parle et vous aide et en laissant de côté les recettes et les artifices du marketing.

Dans tous les cas, la clé du calme et de l’attention n’est pas dans la méditation de pleine conscience mais bien plutôt dans la capacité à nous rendre présents très concrètement à nous, aux autres, à notre environnement et cela nous savons tous le faire, il suffit d’essayer !

A. L., avec une équipe.

Un e-book au format PDF

ou  E-PUB et MOBI zippés, pour la lecture sur tablette ou smartphone.

Stanislas Grof. Une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience

Extraits significatifs de son livre : Une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience. Aventure secrète, Editions J’AI LU septembre 2009

Selon wikipédia, Stanislav Grof, né à Prague (Tchécoslovaquie) en 1931, est un psychiatre tchèque, pionnier dans la recherche des états modifiés de conscience.

Stanislav Grof commence ses recherches sur les drogues psychédéliques, surtout le L.S.D., en 1956 à l’Institut de Recherches Psychiatriques de Prague où il les poursuit jusqu’en 1967. Il part alors à Baltimore (MarylandÉtats-Unis) pour devenir chercheur et professeur de psychiatrie à l’Université Johns Hopkins. Vient le Printemps de Prague (janvier-août 1968), il reste aux États-Unis où, de 1967 à 1973, comme chef de projet au Centre de Recherches Psychiatriques du Maryland, il poursuit ses recherches sur le potentiel psychothérapeutique des états de conscience produits par l’utilisation du LSD dans un contexte approprié. Le programme porte en particulier sur certains types de population (toxicomanes, personnes en phases terminales, etc. Dans les années 70, sa première épouse, Joan Halifax, anthropologue, collabore avec lui dans un projet de recherche sur le LSD et sur « la rencontre de l’homme avec la mort ». De 1973 à 1987, il est professeur-résident à l’Institut Esalen, Big Surn Californie, où, avec sa seconde épouse, Christina Grof, professeur de yoga, il développe la « respiration holotropique » (1976).

Stanislav Grof est, avec Abraham Maslow, l’un des fondateurs de la Psychologie transpersonnelle (1969) et l’inventeur de la Respiration holotropique, une technique voisine du Rebirth. Il a mis sur pied et dirigé pendant de nombreuses années le Grof Transpersonal Training, enseigne au California Institute of Integral Studies, et parcourt le monde pour donner des conférences et animer des séminaires de respiration holotropique.

Psychologie périnatale et psychologie transpersonnelle.

Stanislav Grof distingue dans la psyché trois niveaux, trois « plans de l’inconscient » : 1) le biographique et l’inconscient individuel (découvert par Sigmund Freud), 2) le domaine périnatal (découvert par Otto Rank en 1924), rattaché aux expériences de naissance et de mort, 3) le domaine transpersonnel, qui concerne les états non ordinaires de conscience et l’inconscient collectif (découvert par Carl Gustav Jung). Ces deux derniers domaines forment le transbiographique.

Les expériences transpersonnelles couvrent une vaste dimension de la psyché : expérience d’unité duale, identification à d’autres personnes, identification et conscience de groupe, identification à des animaux, identification à des végétaux et à des processus botaniques, conscience planétaire, expériences embryonnaires et fœtales, expériences ancestrales, expériences d’incarnations passés, expériences spirites et médiumniques, phénomènes énergétiques du corps subtil, expériences de séquences mythologiques, expériences d’archétypes universels, psychokinèse, etc. (Les nouvelles dimensions de la conscience, p. 56-58).

Grof a mis au point une « thérapie holotropique » (visant la globalité ou se déplaçant vers la plénitude) qui combine en trois procédures : respiration accélérée, musique, travail sur le corps. « Dans la respiration holotropique, la conscience est modifiée en associant la respiration rapide, une musique évocatrice et un travail sur le corps visant à éliminer les blocages énergétiques » (Quand l’impossible arrive, p. 9).

Les travaux de Grof sur le L.S.D. aboutissent à l’idée que de certains problèmes psychiatriques, classés comme psychoses, sont en réalité des expériences spirituelles et que le L.S.D. et d’autres substances psychédéliques peuvent être des outils de guérison en psychologie et psychiatrie. Le L.S.D. a été interdit aux États-Unis dès 1966. (Fin de l’article de wikipédia.)

Aujourd’hui bien des personnes fréquentant le néo chamanisme, se recommandent des travaux de Stanislas Grof. Il s’inscrit dans la lignée de Timothy Leary qui dans son livre « La politique de l’extase » s’extasiait sur les bienfaits du LSD et autres substances hallucinogènes pour élargir, selon lui, les champs de la conscience. C’était la période hippie où il était de bon ton d’explorer tous les possibles. Allen Ginsberg (Sur la route), Aldous Huxley (le meilleur des mondes), Carlos Castaneda (Mémoire d’un sorcier Yaki), et John Lennon( le Beatles), étaient avec Leary les chantres de la liberté de conscience et de son expansion par tous les moyens.

Ces chefs de file parlaient tous d’expériences spirituelles. Ils comparaient leurs expériences provoquées par leurs drogues à des expériences mystiques telles que peuvent en avoir des praticiens de techniques yogis ou de méditations orientales ou encore de rituels chamaniques. Ces drogues sont appelées maintenant substances enthéogènes, c’est-à-dire sensées engendrer en soi l’expérience de Dieu. Grof et quelques autres, dont deux français entre autres, ont pris le relai, le docteur Mabit et le docteur Mouret.

Il faut être clair, l’expérience de Dieu dans la tradition judéo-chrétienne n’a rien de provoquée. Dieu se révèle aux hommes de manière inattendue. Au contraire ceux qui provoquent des états modifiés de conscience comme les prophètes de Baal sont combattus par des prophètes comme Elie. Elie, comme tous les prophètes, est conduit par l’Esprit Saint et n’a d’autres moyens que sa confiance absolue en son Dieu qui intervient au bon et juste moment. Toute l’Histoire Sainte de la Bible décrit une relation inimaginable où la tendresse de Dieu Créateur et Sauveur se manifeste en respectant notre liberté. Tout le reste est idolâtrie. L’expérience spirituelle est une prise de conscience progressive de l’Amour infini de Dieu pour les hommes. En Jésus le Fils unique de Dieu, chacun et chacune peut devenir par grâce, fils et filles de Dieu sous l’action de l’Esprit-Saint. Il ne s’agit jamais comme dans les descriptions de Grof d’états modifiés de conscience que l’on pourrait provoquer à loisir. Ces expériences sont d’ordre purement psychologique, le psychisme étant sous l’emprise artificielle de drogues.

D’ailleurs ces expériences décrites dans « Psychologie transpersonnelle » semblent permettre d’échapper au temps et à l’espace. Il y a la comme un mystère de désincarnation, alors que les chrétiens sont invités à contempler et à méditer le mystère de l’Incarnation. Tout Dieu qu’il est, le Christ se fait homme et en accepte toutes les limites et les contingences.

Voici quelques morceaux choisis qui permettent de discerner que le chemin proposé par Grof est à l’opposé de la vie spirituelle chrétienne.

De nombreux scientifiques et professionnels de santé mentale ont pris conscience du fait qu’il existe un fossé insondable entre la psychologie et de psychiatrie contemporaines et les grandes traditions spirituelles antiques ou orientales. Citons parmi celles-ci les diverses formes de yoga, le taôisme le bouddhisme zen, le soufisme, la kabbale ou l’alchimie. La richesse de connaissance profonde de la psyché et de la conscience humaine accumulée par ces systèmes depuis des siècles, voire des millénaires, n’a été ni appréciée à sa juste valeur, ni étudiée, ni intégrée par la science occidentale.    P 20

Pour certains de ces chercheurs des profondeurs de la psyché comme Grof, Leary, ou Huxley les religions instituées ont au contraire toujours cherché à réduire les capacités des hommes, en limitant leurs expériences, pour mieux assoir leur pouvoir.

Les expériences recourant à l’hypnose, à l’isolation ou à la surcharge sensorielle, aux contrôles volontaires des états internes, biofeedback et à l’acupuncture ont éclairé d’un jour nouveau nombre de pratiques antiques et orientales mais elles sont engendrées plus de problèmes qu’elles n’ont apportés de réponses satisfaisantes. La recherche psychédélique a clarifié d’une certaine manière de nombreuses données historiques et anthropologiques jusqu’alors troublantes concernant le chamanisme, les cultes de mystère, les rites de passage, les cérémonies de guérison et les phénomènes paranormaux résultants de l’emploi de plantes sacrée … L’expérimentation à l’aide de drogues psychédéliques a ébranlé la compréhension conventionnelle de psychothérapie, les modèles traditionnels de la psyché, la représentation de la nature humaine ainsi que des convictions essentielles quant à la nature de la réalité.

La science des substances hallucinogènes, ou un certain travail sur le corps  permettraient en fin de découvrir les mystères de la nature!

Les observations de la recherche psychédélique ne se limitent pas à l’emploi des substances psycho toniques ; les mêmes expériences été induites dans le cadre de psychothérapies modernes et du travail sur le corps ne recourant pas aux drogues, telles que l’analyse l’analyse jungienne, la psycho synthèse, diverses approches reichiennes, la pratique gestalt, des formes modifiées de thérapie primales, l’imagerie guidée avec musique, le Rolfing, diverses techniques de renaissance, la régression vers des vies passées, et l’interview en scientologie. P21-22.

 L’appel à la physique quantique est un grand classique de ces conceptions mystico psychiques pour tenter de donner un verni scientifique à ces élucubrations. La physique quantique à domaine propre et le mélange de la psyché avec celui-ci ne fait qu’ajouter à la confusion. La confusion est double ici entre psychologique et spirituel et entre physique et psychologique.

On remarque avec intérêt que nombre de physiciens modernes, familiers de la physique quantique relativiste, montrent en général un intérêt de plus en plus grand pour les phénomènes paranormaux, contrairement à la majorité des psychiatres et des psychologues traditionnels. Il convient également de mentionner à cet égard les données fascinantes revenant du champ de la thanatologie, qui suggèrent que des individus décédés sur le plan clinique perçoivent souvent avec précisions les événements se déroulant à leur proximité, et ce d’une position qu’il ne leur serait pas accessible dans un état conscient. P 23

J’ai adopté cette démarche pour diverses raisons, la plupart des chercheurs étudiant les effets des substances psychédéliques en sont arrivés à la conclusion que ces drogues peuvent être considérées comme des amplificateurs ou des catalyseurs des processus mentaux… Ces drogues révèlent donc et permettent de manière directe un éventail large de phénomènes autrement occultés qui représentent les capacités intrinsèques de l’esprit humain et jouent un rôle important dans la dynamique mentale normale. P23

L’effet catalyseur des substances psychédéliques permet en outre d’induire des états inhabituels de conscience d’une intensité et d’une clarté extraordinaire dans des conditions contrôlées et avec une grande constance. P24

Grof finit par trouver ce qu’il désire rechercher, ou plus exactement induire, mais à quel prix. Le LSD a été interdit aux Etats Unis, suite aux délires provoqués qui ont faits des ravages considérables chez des sujets fragiles, engendrant des psychoses.

J’ai conduit plusieurs milliers de séances avec le LSD et avec d’autres substances similaires. Je possède donc une connaissance des phénomènes induits par la drogue qui me fait défaut pour ce qui est des autres types d’expériences mentionnées. J’ai conduit depuis lors plus de 3000 séances avec LSD et j’ai eu accès à plus de 2000 rapports de séances conduites par des confrères en quelque Slovaquie et aux États-Unis … p 24

Une caractéristique importante de l’expérience psychédélique est qu’elle transcende l’espace et le temps. Elle néglige le continuum linéaire entre le microcosme et le macrocosme qui paraît absolument inévitable dans l’état de conscience quotidien… La distinction entre le microcosme et macrocosme est arbitraire du point de vue empirique ; ils peuvent coexister dans la même expérience et sont aisément interchangeables.

Effectivement, nous sommes en pleine désincarnation, nous pouvons entendre le serpent tentateur :

« Pas du tout, vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal » Gen, 3, 4.

Grof propose l’initiation suprême, la suprême tentation du prince du mensonge.

Un sujet LSD a parfois la conviction d’être une cellule, un fœtus et une galaxie ; ces trois états sont dans certains cas simultanés ; dans d’autres, il ne se manifeste de maintenir alternative par un simple changement de mise au point. La linéarité des séquences temporelles est également transcendée dans les états inhabituels de conscience. p28

Dans les états d’esprit les plus universels et les plus globaux, la dichotomie entre existence et non-existence est elle-même transcendée : la forme et le vide paraissent équivalents et interchangeables. P31

Les observations cliniques de la psychothérapie LSD suggèrent que l’inconscient humain renferme des matrices dont l’activation conduit à la reviviscence de la naissance biologique et à une confrontation profonde avec la mort. Le processus de mort et renaissance, qui en résulte, est associé à une ouverture des régions spirituelles spécifiques de l’esprit humain qui sont indépendantes du contexte racial, culturel et éducatif de l’individu. P36

Effectivement dans des situations limites des phénomènes régressifs peuvent apparaitre, mais que prouvent-ils si ce n’est la grande mémoire de notre corps qui porte en lui une mémoire ontologique, phylogénique et même cosmique. L’homme est un microcosme disaient déjà les Pères de l’Eglise.

Le problème de reviviscence de trauma de la naissance est parfois associé à la recréation psychosomatique de tous les symptômes physiologiques appropriés, tels que : accélération du pouls , sensations de suffocation accompagnées de modifications spectaculaires de la couleur de la peau, hypersécrétion de salive d’expectoration, tensions musculaires excessives accompagnées de décharges d’énergie, positions et mouvements spécifiques et apparitions de contusions et de tache de naissance. P 37

Le dénominateur commun de ce groupe riche et ramifié d’expériences inhabituelles est le sentiment qu’éprouve l’individu d’avoir une conscience dépassant les limites de l’ego et transcendant les limites du temps et de l’espace. ..

De nombreux sujets rapportent des séquences animées se déroulant sur le plan cellulaire de la conscience qui semble refléter leur existence en tant que spermatozoïde ou qu’ovule ou moment de la conception. Il arrive que la régression remonte plus loin encore. L’individu a alors le sentiment de revivre des épisodes de la vie de ses ancêtres biologiques, voire de plonger dans la masse des souvenirs collectifs et raciaux. Les sujets LSD rapportent parfois des expériences au cours desquelles ils s’identifient à divers animaux de la lignée évolutive ou au cours desquelles ils éprouvent le sentiment de revivre des souvenirs de leur existence lors d’une incarnation précédente.

Mais, cette identification à l’animal est de nature dé-créative, en ce sens qu’il suit le processus inverse de la Création de Dieu. Il peut entrainer une fascination pour cette possibilité de rejoindre le néant à travers des étapes inversant le processus de création décrit dans les deux premiers chapitres de la Genèse. Le sommet de la création étant le couple homme et femme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ici l’homme redevient bête sauvage, puis végétal puis minéral et retourne au tohu bohu initial ou tout est informe et vide. Fascination également de penser remonter dans des vies antérieures, comme pour suivre inversement le parcours du mystère de la vie. Tout ceci est illusion, mais Grof se targue d’une démarche scientifique dont il ne respecte par ailleurs aucun paramètre.

D’autres phénomènes personnels impliquent une transcendance des barrières spatiales plutôt que temporelles. Notons parmi celles-ci les expériences d’identification à une autre personne, à un groupe de personnes ou à toute l’humanité. Les limites d’une expérience spécifiquement humaine sont parfois transcendée ; l’individu s’identifie alors à la conscience d’un animal, à celle d’un végétal en ou à celle de la matière inorganique. Expérimenter la conscience de l’ensemble de la création, la conscience planétaire ou celle de l’univers matériel est également possible. P 38 39.

Effectivement rien ne limite plus les expériences réalisées, le sujet est tout puissant, et se glorifie dans ces capacités infinies.

De nombreux sujets LSD ont affirmé, indépendamment, qu’ils avaient découvert que la conscience n’est pas un produit du système nerveux central et qu’elle n’est donc pas limitée aux êtres humains et aux vertébrés supérieurs. Ils l’ont perçue un comme étant une caractéristique primaire de l’existence qui ne peut être réduite à- ou dérivée de- quoi que ce soit d’autre. Les individus, ayant rapporté des épisodes d’identification à des végétaux en retirent parfois des connaissances remarquables des processus de germination, de photosynthèse, de pollinisation, où d’échange d’eau et de sels minéraux aux niveaux des racines. On enregistre souvent un sentiment d’identification à la conscience de matières ou de processus inorganiques tels que l’or, le granit, l’eau, le feu, les tornades, les activités volcaniques ou même les atomes et les molécules. Ces expériences, comme les phénomènes mentionnés précédemment, son vécu avec une précision stupéfiante.

En attendant aucune publication à caractère scientifique ne valide cette affirmation de Grof.

Un autre groupe important d’expériences transpersonnelles fait intervenir la télépathie, le diagnostic psychique, la clairvoyance, la claire audience, la prémonition, la psychométrie, les expériences hors du corps, les voyages dans l’espace et d’autres phénomènes paranormaux. Certains se caractérisent par la transcendance des limites temporelles ordinaires, d’autres par la transcendance des barrières spatiales, où un encore par la combinaison des deux. P40

Nous sommes effectivement en pleine médiumnité que l’Eglise en sa sagesse à la suite des Ecritures Saintes a toujours condamnée.

L’individu considère l’univers en termes de modèles d’énergie plutôt que de matières solides et les frontières qui le séparent du reste du monde lui paraissent moins absolues, plus mouvantes. Le monde phénoménal est toujours considéré comme étant objectivement réel, mais la spiritualité apparaît désormais comme une force sans importante de l’univers. P48

Les éléments de souvenirs ancestraux, raciaux et phylogéniques, d’intelligence consciente de la molécule d’ADN et de la métaphysique du code génétique, de la dynamique des structures archétypes et le phénomène de la réincarnation en accord avec la loi karmique doivent à présent être intégrés dans la pensée du sujet pour expliquer l’expansion spectaculaire de son monde empirique. P 49

C’est la profession de foi des courants issus du New-Age reproduisant la pensée théosophique en essayant de la moderniser. Cette pensée s’inscrit dans les différents types de gnose que les Pères de l’Eglise dans la Foi ont toujours combattus.

Bertrand Chaudet 

 

La géobiologie

Savoir de quoi on parle

 La définition suivante est proposée par les tenants de la discipline :

« La Géobiologie est l’étude de l’influence des ondes sur le vivant. Elle prend en compte principalement l’impact des rayonnements ionisants, des champs magnétiques, des champs électriques et des courants. »

Présentation, Définition et Champs d’application de la Géobiologie :

www.ecolefrancaisedegeobiologie.fr/presentation-definition/

 Les scientifiques, les personnes rationnelles ne se contentent toutefois nullement de cette définition. Pourquoi ?

 Pour ces personnes, la géobiologie entre dans la catégorie des pseudo-sciences, car elle présente sous forme d’affirmations à caractère ou apparence scientifique, des théories et des pratiques qui ne sont pas prouvées par la méthode scientifique classique.

Les applications sur l’habitat

Les applications de la géobiologie sur l’habitat, en dépit de l’appareillage utilisé, en particulier pour mesurer les ondes, ne le sont pas selon des critères scientifiques communément valables et validés par les expériences, les travaux et publications scientifiques.

Car ces théories ne respectent pas les lois élémentaires de la physique et l’état actuel de nos connaissances, ignorent surtout les véritables connaissances scientifiques concernant la physique, la géologie et la géophysique.

 « Aucune expérience faite selon les critères scientifiques, qui limitent les biais comme le double aveugle, n’a montré l’existence de perturbations géobiologiques.

 La notion de courant tellurique utilisée par la géobiologie n’a rien à voir avec celle qu’a élaboré la géophysique, et aucune mesure ne permet d’identifier une distribution en maillage de points significativement riches en radioactivité » geoforum.fr

Voici par exemple une présentation très « sérieuse » : radiesthésie et géobiologie pour la santé… Pensez-vous vraiment qu’on soit ici dans des assertions de type rationnel et scientifique ?

Et encore : une publicité pour le nettoyage geobiologique…

Une pseudo-science

Cette pseudo-science invente ni plus ni moins des concepts qu’elle tire indifféremment

  • du magnétisme,
  • de la sagesse chinoise ancestrale
  • du feng-shui,

trempés au passage dans l’idéologie new-âge, et teintés de superstition et de pensée magique. C’est surtout un mélange de concepts et de croyances diverses.

Elle fait en abondance usage de l‘intuition, de la sensation, sans faire appel aux capacités de raisonnement, ni aux connaissances.

Elle surfe sur les peurs et les angoisses existentielles.

Elle profite de la crédulité.

 Elle propose de fausses solutions.

 Elle n’est pas crédible.

 Elle ne résiste pas à l’examen rationnel.

VOICI DEUX TÉMOIGNAGES SUR LES CONSÉQUENCES DE CET ENGOUEMENT, – SOUVENT SOUDAIN ET SANS CONCESSION- POUR UNE DISCIPLINE OÙ FINISSENT PAR S’ENFERMER SES ‘ADEPTES’.

Témoignage

« Je vais essayer de développer ce sujet, qui m’a, je l’avoue préoccupée durant des mois, à savoir la géobiologie; et ce n’est pas inintéressant en effet de porter à la connaissance d’autres personnes cette triste expérience, d’autant que j’ai moi-même cherché en vain quelques témoignages semblables à ce que j’étais en train de vivre, sans jamais vraiment les trouver.

Malgré sa large diffusion, finalement peu de personnes connaissent la géobiologie et savent de quoi elle retourne exactement. Pour convenir déjà d’une définition, à proprement parler, cette « discipline », qui se veut « médecine de l’habitat » est très parente du feng-shui, dont elle reprend la caution de connaissance millénaire orientale… Elle se réclame de certaines théories sur le magnétisme et la radiesthésie, se fonde sur de vagues considérations prétextant l’existence d’hypothétiques réseaux telluriques, mais reste toutefois nettement cataloguée par les scientifiques comme une pseudo-science. Elle n’a d’ailleurs aucun caractère scientifique en dépit de ses prétentions.

Au passage, il faut ajouter qu’elle a usurpé par ailleurs le nom d’une science… du même nom, la géobiologie, bien réelle et sérieuse, qui est une branche de la paléontologie, que l’on enseigne, elle, à l’université (Poitiers) et qui n’a strictement rien à voir avec cette pseudo science pratiquée par une somme impressionnante de ce que l’on pourrait qualifier sans problème de charlatans. Elle a rampé en quelque sorte sournoisement depuis les années quatre-vingt et a littéralement explosé avec internet : en effet, il y a pléthore de sites internet de géobiologie, et tous, ou presque, en fin de compte, proposent leurs services (pas spécialement donnés) mais malheureusement aussi des formations professionnelles de géobiologue.

J’en viens donc à l’expérience catastrophique que j’ai vécue, non directement, ni de mon fait, mais par personne interposée. Mon (ex) compagnon, que je connais depuis vingt-cinq ans a suivi, contre mon avis, une de ces « formations professionnalisantes » (d’un montant de 4700 euros tout de même), qui, à raison de 19 stages obligatoires sur deux ans, allait faire de lui un géobiologue confirmé.

Le contenu de ces stages était un véritable salmigondis où l’on pouvait trouver toutes les théories imaginables véhiculées entre autres, par le new-age ou on ne sait quelle dérive sectaire (à but lucratif en filigrane, évidemment), l’arkologie, l’art et l’usage des baguettes et du pendule, la kabbale, le savoir des bâtisseurs d’églises romanes, le nombre d’or, la mémoire de l’eau et pire encore : des sessions « santé » (de magie… blanche plutôt ?) où l’on apprenait à se servir d’eau bénite, à faire « monter les âmes » (?) et à purifier les lieux…

Dès le début de cette formation, mon compagnon qui pratiquait dans le même temps de plus en plus intensément la méditation, et avait adopté un comportement alimentaire alternatif, supplémenté de compléments achetés à grand prix sur le net, a changé, son comportement semblait être devenu totalement ambivalent, oscillant constamment et brusquement entre la gentillesse et la cruauté, l’amour et la haine, l’intérêt et l’indifférence…

Incapable de se concentrer, de parler d’autres sujets en dehors de la géobiologie ou du monde invisible, il avait un comportement étrange, psychotique peut-être, proche de la maniaco-dépression ou de la schizophrénie, d’un pseudo-mysticisme affirmé aussi, ou alors oserais-je le dire, d’une sorte de possession. C’en était impressionnant, effroyable même : il était de plus en plus étranger aux personnes qui l’entouraient, distrait, lointain, indifférent.

L’apothéose, c’est lorsqu’il a fait la moitié du pèlerinage de Compostelle, dont il est revenu épuisé, à demi-fou, le crâne entièrement rasé, me disant qu’il avait eu une révélation (non religieuse a-t-il précisé), la révélation de son moi authentique et qu’il ne lui était plus possible désormais de continuer à vivre avec moi (j’étais coupable en fait, et « punie », je l’ai bien immédiatement compris, de ne pas l’avoir suivi dans sa nouvelle religion et sa « conversion » )…

J’étais si éloignée de sa hauteur spirituelle que j’étais laissée au bord du chemin et jetée sans regrets comme un kleenex et ce sans aucun état d’âme… J’ai cru recevoir le concorde sur la tête… je passe sur la stupéfaction, la douleur, le chagrin, l’incompréhension totale… C’était il y a dix mois et je n’en suis pas encore remise…

Il paraît probable que mon compagnon ait effectivement basculé dans l’occultisme, dont il était déjà si je puis dire client : il pendulait pour chacune de ses décisions à prendre, il m’avait entraînée à user de cette pratique et je la pratiquais régulièrement, davantage pour questionner mon inconscient et par orgueil, bien sûr, croyant bêtement avoir un pouvoir quelconque sur l’avenir !!! Comme je l’ai confessé dernièrement, j’ai jeté mes deux pendules… »

Contenu d’une formation diplômante

Voici dans le cadre d’une formation professionnelle d’un des nombreux sites sur ce sujet, le type de programme santé intitulé : « Thérapies et formes » qui est abordé pour officier en ce domaine :

APPROCHE ET ANALYSE DU VIVANT :
Les concepts délocalisés liés au vivant :
– les E.I.F.s
– le champ vital
– le nœud de vie
– l’Ext
– les plans habités
– le transfert
– le chevauchement
– les « états magies »
– les liens
– les mémoires
– le sensible (sensations, images, symboles…)
MISE EN PLACE DES CONCEPTS ET ATTITUDES :
– L’intention : L’intention avant, pendant et après un soin, comment la poser, avec quoi, pourquoi…
– Les connexions : A qui ou à quoi se connecter pendant un soin, l’ancrage, la visualisation…
– Les protections : Prière de protection, qui protège, pourquoi se protéger, de quoi, de qui, comment…
– Les liaisons : Les modifications d’ambiance pendant la prière ou le rituel (présences…).
DIVERS MOYENS THÉRAPEUTIQUES
– Les Formes, les élixirs, les huiles essentielles, les plantes, l’homéopathie, les minéraux…
– Les thérapies manuelles : (Fractal, magnétisme…)
– Les prières : Lesquelles utiliser, pour quel type de soin, où prier, comment (bougies, encens…) ; le type d’émission (voix haute ou basse), le signe de croix…
– Les bénédictions : L’eau bénite : quel type de bénédiction, pourquoi l’utiliser. Le sel, les bougies, l’encens…
– Les rituels : Montée d’âme, exorcisme désenvoûtement…
– Le soin : Concept d’orientation, le soin direct sur le patient, le soin sur photo, association forme et prière…
– Le nettoyage après le soin : Nettoyage du thérapeute, du lieu…

Autre témoignage

Dangers de la géobiologie – témoignage Victimes d’arnaques

www.same-story.com › Vie pratique – quotidienne › Victimes d’arnaques

J’ai 14 ans et il se trouve que mon père est passionné par tout se qui concerne la géobiologie. Mon message est pour prévenir un maximum de personne sur les dangers de ce genre de pratique mon père a été manipulé par des gens dans des stages ou on vous apprend la géobiologie (ce sont en vérité de véritable sectes). À cause de cela il a quitté ma mère pour aller vivre avec une autre femme car les gens de la secte lui on dit que cette femme était son âme soeur, sa soeur de lumière etc. La vérité c’est surtout … LIRE LA SUITE 

De nombreux bienfaits ?

Méfiance, quant aux témoignages également, mais sur les bienfaits de cette pratique par ailleurs très nombreux sur la toile sous forme de sites ou de blogs ! Un exemple :

Vos témoignages ! – Le blog de sourcier-et-geobiologue.over-blog.net

www.sourcier-et-geobiologue.com/article-des-temoignages-105076363.html

 La géobiologie peut entraîner des désordres importants au niveau familial, professionnel et social, liés à un enfermement et un embrigadement dans un système de pensée clos, qui ne tolère pas le regard critique.

Si cette réflexion, consacrée à la géobiologie, outre amener et drainer d’autres éventuels témoignages, pouvait susciter une ombre de prise de conscience sur cette pseudo-science, une étincelle de réflexion plus approfondie sur ses mensonges, des prémisses de remise en question de ses fausses assertions, des frémissements de véritable doute sur ses réels dangers, ce serait un bien.

Liens divers à consulter sur le sujet

 La géobiologie, une pseudo-science en expansion – Afis – Association française pour l’information scientifique www.pseudo-sciences.org › Articles

 La géobiologie et sa « médecine de l’habitat » – Charlatans.info

www.charlatans.info/geobiol.shtml

Discussion:Géobiologie (radiesthésie) — Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Géobiologie_(radiesthésie)

Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la santé en danger – Sénat

www.senat.fr › Travaux parlementaires › Rapports › Rapports d’information (3 avr. 2013 – M. Jean-Marie Bataille)

Ce qu’il faut tirer de cette expérience c’est que nous sommes tous prêts à adhérer à la pensée new-âge, à la pensée magique, nous sommes tous des exemples d’ignorance et d’impatience, et d’inculture scientifique.
Mais la géobiologie dispose d’un vaste et solide réseau désormais sur la toile, et c’est d’autant plus alarmant que ce type d’activité possède une vitrine officielle pour promouvoir et faire reconnaître son rayonnement sur tout le territoire :

http://www.federationfrancaisedegeobiologie.fr

Il faut néanmoins rappeler que les chemins de l’occultisme peuvent être délétères et dangereux. De plus la pensée magique nous entraîne d’un chemin à l’autre : on est attiré par la géobiologie, puis l’on part butiner d’autres offres, que ce soit des thérapies alternatives pas toujours fiables, qui finissent parfois en manipulation mentale ou des solutions magiques aux maux existentiels et spirituels.

P. Dominique Auzenet, avec une équipe

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La psychologie transpersonnelle

Une conférence de Bertran Chaudet

La psychologie transpersonnelle, née au tout début des années 70, se situe dans l’idéologie du New-Age, nébuleuse prétendant changer les représentations habituelles du monde, grâce à un syncrétisme pseudo scientifique et un mélange des différentes traditions spirituelles. Ces courants sont nés sur la côte ouest des États-Unis et notamment à Esalen, épicentre du New-Age. Abraham Maslow[1] (cofondateur de la psychologie humaniste) et Stanislav Grof (fondateur de la respiration holotropique[2], avec sa seconde épouse professeure de yoga) en sont les fondateurs et les maîtres à penser. Ils se recommandent de Carl Gustav Jung. [3]

Grof définit la psychologie transpersonnelle comme « une discipline visant à faire une synthèse de la spiritualité authentique et de la science ».

En France la tradition laïciste suspicieuse à l’égard de toute approche spirituelle, n’a pas permis à la psychologie transpersonnelle de pénétrer les universités et ici l’on ne doit pas s’en plaindre. La psychologie transpersonnelle ne bénéficie d’aucun encadrement institutionnel et son efficacité n’a jamais été démontrée. La Miviludes a, dans son rapport de 2013, dénoncé les dérives provoquées par cette approche.

Historique

Carl Gustav Jung a en apparence intégré la spiritualité dans ses analyses psychologiques, contrairement à Freud qui faisait de la vie spirituelle une sorte de névrose voire de psychose. De plus, avec son concept d’archétype (1907) Jung dépassait la notion du moi, et avec celui de synchronicité il ouvrait un autre champ à la notion de causalité.

En 1971, Stanislav Grof, est un psychiatre tchécoslovaque vivant aux États-Unis depuis 1967 ; il fonde l’International Transpersonal Association et devient professeur à l’institut Esalen de Big Sur en Californie de 1973 à 1987. Il travaille sur les « états non ordinaires de conscience » notamment en faisant prendre à des cobayes étudiants, du LSD (acide lysergique diéthylamide) et d’autres drogues pour observer leurs effets sur les modifications des états de conscience.

La journaliste papesse du New-Age, Marilyn Ferguson, convaincue par la pertinence, de la psychologie transpersonnelle écrira Les enfants du Verseau (The Aquarian Conspiracy, 1980), livre qui aura un succès phénoménal sur toute la planète. Elle y magnifie la psychologie transpersonnelle, ayant auparavant, dans son livre La révolution du cerveau (1973) abordé « les états altérés de la conscience », « le super-cerveau », « la conscience et l’hyper-conscience. »

L’école transpersonnelle se présente comme la quatrième grande école, parfois appelée « Quatrième force » en psychologie, dépassant les théories comportementales et positivistes de la première école, la psychanalyse de la deuxième école, la psychologie humaniste étant la troisième école. Ainsi pour Carl Rogers l’être humain est fondamentalement bon, il évolue toujours positivement s’il suit sa propre expérience et se débarrasse des conditionnements qui limitent sa liberté. Il s’agit pour le thérapeute de confirmer ce que ressent son patient. Les notions de psychopathologie ou de bien et de mal disparaissent. Enfin pour l’école transpersonnelle : l’état transpersonnel est atteint lorsqu’une personne dépasse de façon permanente son petit moi individuel, ou ego, pour s’unir à l’Absolu non-personnel (Déité de Maître Eckhart, Soi, Bouddhéité, Conscience cosmique…).

Ainsi Maslow déclare :

« Je considère la troisième école de psychologie, la psychologie humaniste, comme transitoire, comme une préparation pour une quatrième école psychologique encore plus haute, transpersonnelle, transhumaine, centrée sur le cosmos plutôt que sur les besoins et les intérêts humains, allant au-delà du fait humain, de l’identité, de la réalisation de soi et toute autre chose de cette nature. »

C’est dans cette même veine d’exploration de tous les champs de conscience, qu’en 1968, Carlos Castaneda, très en vogue dans les milieux hippies et dans la culture underground nord-américaine, relayé en France par le mensuel « Actuel », publie sa thèse sur la consommation de peyotl en milieu amérindien The Teachings of Don Juan. A Yaqui Way of Knowledge (trad. fr. : L’herbe du diable et la petite fumée) ; la description qu’il y fait de sa rencontre avec un chamane et sorcier yaki n’est que pure invention. Les livres de Castaneda ont été traduits en français. Il terminera sa vie dans la paranoïa, se cachant de tout et vivant dans l’isolement.

Aujourd’hui bien des personnes fréquentant le néo chamanisme, se recommandent des travaux de Stanislas Grof. Grof s’inscrit également dans les mêmes perspectives que Timothy Leary qui dans son livre « La politique de l’extase » s’extasiait sur les bienfaits du LSD et autres substances hallucinogènes pour élargir, selon lui, les champs de la conscience. C’était la période hippie où il était de bon ton d’explorer tous les possibles. Allen Ginsberg (Sur la route), Aldous Huxley (Le meilleur des mondes), et John Lennon (le Beatles), étaient avec Leary et Grof les chantres de cette prétendue liberté de conscience et de son expansion par tous les moyens.

Ces chefs de file parlaient non pas d’expériences psychologiques, mais d’expériences spirituelles. Ils comparaient leurs expériences provoquées par leurs drogues à des expériences mystiques telles que peuvent en avoir des praticiens de techniques yogis ou de méditations orientales ou encore de rituels chamaniques. Ces drogues sont appelées aujourd’hui, substances enthéogènes, c’est-à-dire censées engendrer en soi l’expérience de Dieu. Deux médecins français ont entre autres, pris le relai, le docteur Mabit et le docteur Mouret en organisant des voyages d’initiations chamaniques[4].

Le transpersonnel est décrit comme une expérience

L’expérience transpersonnelle permettrait d’accéder ou d’intégrer des états de conscience dépassant le moi, l’espace, le temps, la causalité. Par changement d’identification le sujet se désindividualise et s’identifie momentanément à d’autres réalités que son ancien moi. Il s’agit de ressentis dépassant la conscience ordinaire : vision archétypale, identification à des animaux ou même à des objets, souvenir de vies antérieures, souvenir de la naissance, précognition, etc. De fait, magnétisme et médiumnité, sont les deux mamelles du transpersonnel[5]. Cette psychologie souscrit à toutes les formes d’occultisme et de chamanisme, sous couvert d’une approche qui se voudrait descriptive et scientifique.

De plus, très souvent, ces expériences sont induites, par des drogues (peyotl, datura, ayahuasca, amanite, L.S.D., kétamine, cannabis…) ou par des techniques psychospirituelles (méditation, respiration, yoga…, holotropique).

Voici quelques morceaux choisis de Stanislav Grof dans son livre « Psychologie transpersonnelle », une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience [6].

De nombreux scientifiques et professionnels de santé mentale ont pris conscience du fait qu’il existe un fossé insondable entre la psychologie et la psychiatrie contemporaine, et les grandes traditions spirituelles antiques ou orientales. Citons parmi celles-ci les diverses formes de yoga, le taoïsme, le bouddhisme zen, le soufisme, la kabbale ou l’alchimie. La richesse de connaissance profonde de la psyché et de la conscience humaine accumulée par ces systèmes depuis des siècles, voire des millénaires, n’a été ni appréciée à sa juste valeur, ni étudiée, ni intégrée par la science occidentale[7].

Pour Grof, Leary ou Huxley et bien d’autres penseurs de cette lignée, les religions instituées ont toujours cherché à réduire les capacités des hommes, en limitant leurs expériences, pour mieux asseoir leur pouvoir.

Les expériences recourant à l’hypnose, à l’isolation ou à la surcharge sensorielle, aux contrôles volontaires des états internes, biofeedback, et à l’acupuncture ont éclairé d’un jour nouveau nombre de pratiques antiques et orientales, mais elles ont engendré plus de problèmes qu’elles n’ont apporté de réponses satisfaisantes. La recherche psychédélique a clarifié d’une certaine manière de nombreuses données historiques et anthropologiques jusqu’alors troublantes concernant le chamanisme, les cultes à mystères, les rites de passage, les cérémonies de guérison et les phénomènes paranormaux résultants de l’emploi de plantes sacrées… L’expérimentation à l’aide de drogues psychédéliques a ébranlé la compréhension conventionnelle de psychothérapie, les modèles traditionnels de la psyché, la représentation de la nature humaine ainsi que des convictions essentielles quant à la nature de la réalité[8].

La science des substances hallucinogènes, ou un certain travail sur le corps, permettraient enfin de découvrir les mystères de la nature !

« La psychologie sera transpersonnelle »

Dans une interview tirée du site : www.psychologies.com Stanislav Grof explique : «… ce qui s’est passé pour moi a transformé ma vie : après avoir pris une dose infime de cette substance (LSD), j’ai vu une lumière extraordinaire. Je ne le savais pas à l’époque, mais c’était exactement cette lumière indicible décrite dans Le Livre des morts tibétain, que nous sommes censés voir lors de notre départ vers l’au-delà. Tout à coup, je me suis senti propulsé hors de mon corps, comme si ma conscience filait droit dans le cosmos, traversant galaxies et trous noirs en s’élargissant toujours plus. J’avais l’impression de devenir « un » avec tout ce qui existe, d’être « dans » l’univers physique. J’ai ressenti des émotions d’une puissance que je n’aurais jamais pu concevoir. Ma conscience s’est ensuite comme « rétrécie », et a tourné autour de mon corps avant de le réintégrer. »

C’est ainsi que Grof multipliant les expériences et les reliant à des traditions spirituelles multiples a cherché une convergence cohérente entre toutes ces approches et les a intégrées dans la psychologie transpersonnelle, pensant ainsi trouver une cohérence entre tous les états mystiques. Cependant, dans la tradition catholique aucune expérience mystique ne peut être provoquée si ce n’est par le prince de l’illusion, c’est l’objet du combat spirituel que de ne pas se laisser berner par celui qui prétend que : « vos yeux se dessilleront et vous serez comme des dieux. » (Gen 3, 5).

Grof poursuit : Avec mon épouse Christina, nous avons mis au point la respiration holotropique, une technique spécifique d’hyperventilation qui, avec un protocole très précis, permet de « voyager » dans l’inconscient et au-delà. C’est là que j’ai eu la confirmation d’une intuition que j’avais eue pendant ma première expérience personnelle : notre conscience – notre « esprit » si vous préférez – n’est pas localisée dans le cerveau.

Et de conclure : La psychologie du XXIe siècle sera transpersonnelle, parce qu’elle participe à la transformation de la conscience planétaire.

L’expérience spirituelle dans la tradition chrétienne.

L’expérience de Dieu dans la tradition judéo-chrétienne ne peut être induite. Dieu se révèle aux hommes de manière inattendue. Au contraire ceux qui provoquent des états modifiés de conscience comme les prophètes de Baal sont combattus par des prophètes comme Élie. Élie, comme tous les prophètes, est conduit par l’Esprit- Saint et n’a d’autres moyens que sa confiance absolue en son Dieu qui intervient au bon et juste moment. Toute l’Histoire Sainte de la Bible décrit une relation inimaginable où la tendresse de Dieu Créateur et Sauveur se manifeste en respectant notre liberté. Tout le reste est idolâtrie et illusion. L’expérience spirituelle est une prise de conscience progressive de l’Amour infini de Dieu pour les hommes. En Jésus le Fils unique de Dieu, chacun ou chacune peut devenir par grâce, fils ou fille de Dieu, sous l’action de l’Esprit-Saint. Il ne s’agit jamais comme dans les descriptions de Grof d’états modifiés de conscience que l’on pourrait provoquer à loisir. Ces expériences sont d’ordre purement psychologique, le psychisme étant sous l’emprise artificielle de drogues ou de technique psycho corporelles.

D’ailleurs ces expériences décrites dans la Psychologie transpersonnelle semblent permettre d’échapper au temps et à l’espace. Il y a là comme un mystère de désincarnation, alors que les chrétiens sont invités à contempler et à méditer le mystère de l’Incarnation. Tout Dieu qu’il est, le Christ se fait homme et en accepte toutes les limites et les contingences.

Physique quantique[9]

L’appel à la physique quantique est un grand classique de ces conceptions mystico psychiques pour tenter de donner un verni scientifique à ces élucubrations. La physique quantique a un domaine propre, et le mélange de la psyché avec celui-ci ne fait qu’ajouter à la confusion, car ils n’ont strictement rien à voir. La confusion est double ici entre psychologique et spirituel et entre physique et psychologique.

Cela n’empêche en rien Grof de prétendre :

« On remarque avec intérêt que nombre de physiciens modernes, familiers de la physique quantique relativiste, montrent en général un intérêt de plus en plus grand pour les phénomènes paranormaux, contrairement à la majorité des psychiatres et des psychologues traditionnels. Il convient également de mentionner à cet égard les données fascinantes relevant du champ de la thanatologie, qui suggèrent que des individus décédés sur le plan clinique perçoivent souvent avec précisions les événements se déroulant à leur proximité, et ce d’une position qu’il ne leur serait pas accessible dans un état conscient[10].

Psychologie périnatale et psychologie transpersonnelle

Stanislav Grof distingue dans la psyché trois niveaux, trois « plans de l’inconscient » :

1) le biographique et l’inconscient individuel (découvert par Sigmund Freud),

2) le domaine périnatal (découvert par Otto Rank en 1924), rattaché aux expériences de naissance et de mort,

3) le domaine transpersonnel, qui concerne les états non ordinaires de conscience et l’inconscient collectif (découvert par Carl Gustav Jung avec sa notion d’archétype).

Ces deux derniers domaines forment le transbiographique.

« Un autre groupe important d’expériences transpersonnelles fait intervenir la télépathie, le diagnostic psychique, la clairvoyance, la claire audience, la prémonition, la psychométrie, les expériences hors du corps, les voyages dans l’espace et d’autres phénomènes paranormaux. Certains se caractérisent par la transcendance des limites temporelles ordinaires, d’autres par la transcendance des barrières spatiales, où un encore par la combinaison des deux[11]. »

Nous sommes effectivement en pleine médiumnité, que l’Église en sa sagesse à la suite des Écritures Saintes a toujours condamnée.

Cependant, il est curieux de constater que ces approches psychologiques s’intéressant à la période prénatale et postnatale, sont la plupart du temps utilisées par des thérapeutes sans compétence réelle à la recherche d’une clientèle facile, ayant des moyens financiers. D’abord aux États-Unis puis en Europe occidentale, ces approches ont entrainé nombre de dérives.

C’est ainsi que de nombreuses thérapies nouvelles souscrivent à ces approches mêlant magnétisme ou médiumnité à la recherche du traumatisme ou de la blessure initiale. Cette prolifération de nouvelles thérapies sans contrôle ont engendré notamment, ce que l’on appelle des faux souvenirs induits, remarquablement décrits par Élisabeth Loftus dans son livre « Le syndrome des faux souvenirs » ayant pour sous-titre « Ces psys qui manipule la mémoire. [12] »

La kinésiologie, la psychophanie, la sophrologie, l’hypnose, une certaine ostéopathie dite fluidique quand il y a recherche d’un traumatisme ou d’une blessure passée, peuvent s’inscrire dans ces courants[13].

Pascal Ide et ses ressources pour guérir

Pascal Ide docteur en médecine, en philosophie et en théologie, membre de la communauté de l’Emmanuel, dans une approche purement livresque, sans grand discernement, décrit quelques-unes de ces méthodes dans son livre : « Des ressources pour guérir.[14] »

En lisant ce livre, il est aisé de reconnaître que son auteur n’a aucune distanciation critique dans sa compilation d’étude de livres sur l’hypnose ériksonienne, EMDR, cohérence cardiaque, EFT… avec leurs cas de guérison tous plus merveilleux les uns que les autres. On n’aimerait que le docteur en médecine se rappelle des grandes exigences de l’observation clinique et de la distanciation, que tout scientifique doit opérer dans l’examen des faits qu’il observe. Et aussi que le progrès objectif de la médecine moderne a substantiellement avancé grâce à des méthodologies rigoureuses. Ide se contente de relater ce qu’il lit dans ces livres tout à la gloire de « nouvelles méthodes miracle ». Les attestations scientifiquement validées de ces méthodes ne sont pas produites dans son livre, et pour cause : elles n’existent pas dans la littérature scientifique médicale, reconnue par la profession. Il s’agit d’études parallèles dont les protocoles n’ont pas l’exigence requise par la recherche médicale.

Dans certaines de ces thérapies permettant de réactiver la mémoire de l’enfance, il y a grand danger. Car la mémoire est labile et peut être reconstruite ; ainsi des éléments totalement inventés ou suggérés peuvent prendre la place de la réalité des faits. Ide semble méconnaître la réalité de ces dangers décrits par Élisabeth Loftus dans son livre sur « les faux souvenirs induits » bien qu’il la cite. Faux souvenirs spécialement induits par certaines thérapies dont Ide fait l’éloge. En particulier la PNL : « Les sensations (le quadruplé sensoriel que la programmation neuro-linguistique appelle VAKO : Visuel, Auditif, Kinesthésique, et Olfactif- gustatif) et les émotions affleurent comme si cela se passait maintenant. Or ce vécu intense est une remémoration vivide par laquelle je me représente le passé, mais que mes besoins d’aujourd’hui et toute mon histoire influencent et remodèlent. Voire, plus les souvenirs retrouvés sont chargés émotionnellement, plus ils drainent mon histoire et mon état actuel, donc plus ils sont élaborés de manière inconsciente. Ces souvenirs sont donc toujours de vrais-faux souvenirs, c’est-à-dire des mémoires mélangeant données et constructions. Mais, si cette indémêlable intrication interdit de leur accorder une valeur factuelle, ils sont d’une grande valeur psychologique et psychothérapeutique.[15] »

Aux États-Unis après une période euphorique due aux « miracles » opérés par ces thérapies, l’heure est au réalisme et à la tentative de réparation des dégâts opérés dans le remaniement de la mémoire ou de la personnalité, dégâts parfois irréversibles.

Ide est-il naïf ou inconscient quand il prétend : « Nous l’avions observé pour l’ennéagramme : la suspicion est proportionnelle à la crainte et celle-ci à la puissance d’analyse de la grille, qu’en retour elle atteste. De fait, un hypnotiseur peut utiliser la méthode pour manipuler et servir ses propres intérêts. Mais cela est vrai de tout thérapeute compétent et de toute thérapie efficace. Rappelons seulement que celui-là doit avoir bénéficié d’une formation diplômante et que celle-ci doit s’exercer selon une déontologie rigoureuse, le tout dans un cadre européen de plus en plus strict. [16] » Ide ignore-t-il que la plupart des formateurs en ennéagramme, PNL, sophrologie, hypnose, n’ont pas d’autres diplômes que ceux délivrés par des écoles privées ? Que la plupart de ces praticiens contournent les normes nationales ou européennes en vigueur en changeant la présentation de ce qu’ils font pour ne pas être pénalement répréhensibles ? Sa citation d’Aristote, notant que l’on peut mésuser de tout, est une pirouette, qui devient après cette « expertise » si légère, particulièrement déplacée.

Ide révèle une confidence qu’une personne lui a faite : « Depuis que j’ai découvert l’auto-hypnose, ma prière a changé : chaque matin, je prends un quart d’heure de méditation en cet état. Je trouve ce moment très bienfaisant. La paix n’est-elle pas le fruit de l’Esprit ? [17] » Ide ne semble avoir aucune objection à faire. La prière n’est pas une rencontre avec soi-même dans une recherche de confort ou de paix, mais un désir de rencontrer le Tout Autre révélé en Jésus-Christ. L’exercice d’auto hypnose procurant un effet bienfaisant d’une paix toute subjective, nous étanchéifie d’une vraie relation à Dieu. L’objectif de la prière étant de rendre gloire à Dieu Père Fils et Saint Esprit, et non pas notre bien être personnel et immédiat. Il est dans le don de soi, pour un plus grand bonheur, et non dans la consommation d’un fruit qui paraît savoureux… Vu la notoriété que Pascal Ide entretient dans les milieux chrétiens, nous aurions aimé plus de réserve, de prudence et de discernement.

Dérives dans l’Église catholique

Ces dérives sont à déplorer jusqu’au sein de retraites dans l’Église catholique : Agapè, sessions Henry Lemay, week-ends organisés par les époux Fourchaud, mais également dans les sessions ennéagramme à la recherche des blessures de l’enfance qui entacherait notre liberté psychologique et spirituelle…

Ce sont les Canadiens qui ont commencé ces retraites, notamment à Cacouna. Voici un extrait d’un article paru sur Aleteia.org (dernier paragraphe) qui interviewe la fondatrice Sr Yolande Bouchard[18] : « Les guérisons physiques ou psychiatriques. »

Quand une guérison s’opère, ceux qui ont un charisme de connaissance (ou de science), même s’ils ne connaissent pas la personne et ne savent pas sa pathologie, commencent à prier et vont tout de suite sentir qu’il y a un mal dans telle région du corps qu’ils demandent au Seigneur de guérir. C’est à ce moment-là que Dieu envoie des signes de guérison à celui qui a ce charisme afin qu’il l’exprime à haute voix en disant par exemple : « merci Seigneur de visiter un estomac et un cerveau gauche ». Pour un cancer de l’estomac, sœur Yolande raconte qu’elle ressent le malaise qui est dans la personne malade et peu à peu avec la prière, la partie endommagée diminue, jusqu’à disparaître totalement. Ou pour une scoliose, sœur Yolande va la sentir dans son corps comme si on déplaçait sa colonne (alors que la sienne va très bien), puis tout à coup elle sent que tout se redresse et que c’est guéri. Le priant qui exerce un charisme sent l’action du Seigneur dans la personne qui est visitée et en train d’être guérie. Mais il est toujours expressément demandé aux participants de ne jamais cesser une médication d’eux-mêmes en cas de guérison. S’ils ont un traitement, il faut qu’il soit contrôlé par leur médecin.

L’usage de la raison passe à la trappe. Ce dernier chapitre est une illustration fidèle d’une séance de médiumnité.

Ce dossier est loin d’être terminé

La psychologie transpersonnelle n’a aucune rigueur épistémologique. La multiplicité de définitions dans des champs et des catégories sans limites conduit à une confusion conceptuelle fourre-tout. De plus, les définitions varient d’un auteur à l’autre, ajoutant à ce tohu-bohu de la pensée.

La psychologie transpersonnelle n’est encadrée par aucune autorité en France ou à l’échelle européenne, et n’importe qui peut se proclamer « thérapeute » sans la moindre formation. Cela n’empêche pas que certains instituts privés proposent des formations, dont le diplôme n’a aucune valeur institutionnelle. Cette psychologie transpersonnelle s’immisce dans tous les domaines, elle pénètre les méthodes de coaching personnel ou de management des entreprises. Mais sournoisement, dans l’Église catholique, l’accompagnement spirituel s’en trouve parfois imprégné.

Il est à déplorer qu’il n’y ait à ce jour que très peu de critique ou de travail de discernement approfondi autour de ces « nouvelles thérapies ». Nouvelles thérapies qui ne sont pas si nouvelles que cela, car elles reposent sur des données que l’Église dans sa sagesse a déjà connues, explorées et discernées dans la vie et les écrits de ses saints et de ses docteurs qui ont eu une réelle expérience spirituelle de Dieu et du réel de la création. De tout temps l’Église a combattu toutes les gnoses, c’est-à-dire ces connaissances nées d’initiations et non d’un savoir rationnel et de l’intelligence de la Foi.

Lisons saint Jean de la Croix au chapitre 21 de La montée du Carmel : « Des spirituels qui approuvent la curiosité dont usent quelques personnes en cherchant à connaître certaines choses par voie surnaturelle. Ces personnes s’imaginent que Dieu répondant quelquefois à leurs interrogations, c’est une indication que cette manière de faire est bonne et qu’elle plaît à Dieu. La vérité est que, bien que Dieu réponde, le procédé est répréhensible et ne lui plaît pas. Il lui déplaît même, et encore ce n’est pas assez de dire : souvent Dieu s’en irrite et s’en tient offensé. En voici la raison. Il n’est licite à aucune créature se sortir des bornes naturelles que Dieu lui a tracées pour se conduire. A l’homme il a donné des limites naturelles et raisonnables pour la conduite de sa vie. Il ne lui est donc pas licite de chercher à les franchir. Or, s’efforcer de savoir et de connaître par voie surnaturelle, c’est sortir des limites naturelles. C’est donc chose illicite et cela déplaît à Dieu, car tout ce qui est illicite l’offense. [19] »

L’enseignement de l’Église ne cesse de nous dire que les deux ailes de notre intelligence du réel sont la foi et la raison. Fides et Ratio : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. [20] »

Bertran Chaudet

Pncds72, Janv. 2017

Le texte au format PDF

[1] C Abraham Harold Maslow, 1908-1970, est un psychologue américain considéré comme le père de l’approche humaniste, puis avec Grof, de la psychologie transpersonnelle. Son influence sur le monde des psychologues vient en partie de son explication sur la motivation par la hiérarchie des besoins, représentée sous la forme d’une pyramide qui, de la base au sommet, distingue cinq niveaux de besoins :

à la base, les besoins physiologiques (tels que la faim, la soif) ;

ensuite, les besoins de sécurité et de protection (tels que le désir d’un toit ou d’une bonne assurance). Ces deux aspects assurent la survivance physique d’une personne ;

puis viennent les besoins d’appartenance, besoins sociaux qui reflètent la volonté de faire partie d’une famille, d’un groupe, d’une tribu ;

ensuite arrivent les besoins d’estime de soi (qui permettent de se regarder dans le miroir le matin);

enfin, apparaissent au sommet de la hiérarchie, les besoins de s’accomplir.

[2] Dans la respiration holotropique, la conscience est modifiée en associant une respiration rapide, une musique non modale et un travail sur le corps visant à éliminer les blocages énergétiques. Cette méthode a des points communs avec le rebirth.

[3] Voir site internet Charismata page Bertran Chaudet ou Pncds72 : L’INCONSCIENT SPIRITUEL (pdf). Freud, Jung, et la tradition patristique.

[4] Voir le site psychothérapie vigilance (http://www.psyvig.com) particulièrement bien renseigné dans ce domaine.

[5] Voir les sites internet pncds72.free.fr, occultismedantger.free.fr, sosparanormal.free.fr…

[6] Stanislav Grof, Psychologie transpersonnelle » Une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience, Aventure secrète, Éditions J’AI LU, septembre 2009.

[7] Ib., p. 20.

[8] Ib., p. 21.

[9] Voir les remarquables exposés Médecine quantique : approche innovante ou imposture Mésusage des termes, Bioénergie quantique & École Européenne de l’Énergie, de Bertrand Jordan, directeur de recherche CNRS, biologiste moléculaire, doctorat de Physique des particules, et de Christophe de la Roche Saint André, chercheur CNRS, Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille, président AFIS13 : exposés Médecine quantique : approche innovante ou imposture. Mésusage des termes, Bioénergie quantique.

Lors du colloque : Quand la méditation et les croyances donnent prétexte à des dérives sectaires et thérapeutiques. Approche éthique, scientifique et historique, samedi 1er octobre 2016 à l’Espace Éthique Méditerranéen (EEM), Hôpital adultes de La Timone à Marseille.

[10]Stanislav Grof, Psychologie transpersonnelle. Une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience, Aventure secrète Éditions J’AI LU septembre 2009. p.23.

[11] Ib., p. 40

[12] Elisabeth Loftus, Le syndrome des faux souvenirs. Ed Exergue, octobre 2001.

[13] Denis Lecompte, Bertran Chaude, Nouvelles croyances, thérapies alternatives : des dérives possibles. Éd. Sarment le Jubilé, décembre 2008.

[14]Pascal Ide, Des ressources pour guérir. Comprendre et évaluer quelques nouvelles thérapies : hypnose ériksonienne, EMDR, cohérence cardiaque, EFT, Tipi, CNV, kaizen.

Aux éditions DDB, collection psychologie ! Livre de 500 pages ! Août 2012, Clermont-Ferrand.

[15] Ib., p. 118.

[16] Ib.p.122.

[17] Ib.p.124.

[18] http://fr.aleteia.org/2016/09/28/notre-si-belle-province-lagapetherapie-une-histoire-de-guerisons-interieures-et-physiques-stupefiantes/

[19] Saint Jean de la Croix, Oeuvres complètes. Éd. du Cerf, déc 2000, p. 725.

[20] Fides et ratio est l’incipit de l’encyclique publiée le 14 septembre 1998 par le pape Jean-Paul II. L’intégralité de la phrase introductive est la suivante :

« Fides et ratio binæ quasi pennæ videntur quibus veritatis ad contemplationem hominis attollitur animus. »

La méditation de pleine conscience. Chemin de sérénité ou illusion ?

Un article de Bertran Chaudet (Gemppi)

La méditation de pleine conscience a le vent en poupe. Elle tire son origine du bouddhisme revue à la sauce occidentale… La méditation de pleine conscience permettrait une attention juste, une présence attentive ou une conscience vigilante à ses propres pensées, actions et motivations.

Il est aujourd’hui question de spiritualité laïque, c’est-à-dire sans lien avec une conception religieuse particulière. La méditation de pleine conscience voudrait s’inscrire dans cette perspective. Cette méditation de pleine conscience est-elle aussi neutre de toute doctrine et aussi laïque qu’elle se présente ?

Rapidement voici deux définitions de la laïcité communément admise en France : « La laïcité est le principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse. » Selon le Larousse : « La laïcité : caractère de ce qui est laïque, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes. »

L’étymologie peut nous aider à un premier discernement

Il est intéressant d’observer que méditer vient du latin mederi, donner soin à, porter remède à. La racine med dans le domaine indo-européen a le sens, selon Benveniste, de prendre avec autorité des mesures appropriées, d’où penser réfléchir, réguler, juger, ordonner, et médication…

La conscience vient du latin conscientia dérivé de conscire, de cum « avec » et scire « science », par conséquent « savoir en commun ». Avant le XVIIe, la conscience était une valeur morale de connaissance intuitive du bien et du mal. Il y a les locutions à connotation morale « avoir bonne conscience », puis « en leur âme et conscience », « liberté de conscience, conscience morale. » Les philosophes lui ont donné un sens nouveau avec la locution « prendre conscience ». Ainsi, la conscience est passée de la valeur morale à la valeur psychologique de réflexion. Il faut donc bien s’entendre sur le mot conscience qui selon les positions ne revêtent pas les mêmes significations.

Spiritualité vient du latin spiritus qui a donné le mot esprit, d’où vient également le mot respiration. Au centre du mot respiration, il y a la racine latine spirare. Toutes les civilisations ont fait le lien entre l’air, l’élément le plus subtil de la matière et l’esprit.

Dans notre langue française le verbe respirer peut devenir inspirer quand l’air pénètre dans les poumons et expirer quand l’air en ressort. Nous ne pouvons pas conjuguer le verbe expirer à la forme passive. Je ne peux pas dire je suis expiré. D’ailleurs, expirer c’est aussi mourir.

Mais je peux dire à la forme passive : « je suis inspiré ». La question qui suit, si nous voulons bien nous la poser est : Qui nous inspire ? Curieuse question, question de sens, question de vie auxquelles la notion de laïcité telle que nous venons de la définir ne peut répondre.

Le diaphragme ce muscle qui sépare le thorax de l’abdomen au centre de notre corps s’appelle en langage médical le centre phrénique. La racine phren en grec voulant dire : état d’esprit, état d’humeur état d’âme. Comme si au centre de notre corps ce diaphragme était l’interface entre notre corps et notre esprit, le baromètre de nos climats intérieurs.

Deux conceptions différentes de l’homme, du monde et du divin se présentent selon la pensée héritée de la Bible et celle qui nous vient de l’Orient.

En effet la Bible dit que l’homme est une terre insufflée. Adam, adama veut dire en hébreux le terreux ou le glébeux et c’est le Souffle de Dieu qui lui donne vie. Alors que pour l’Orient ce souffle ou prana ou chi ou ki, est le principe vital qu’il s’agit de maîtriser pour accéder à la pleine conscience.

Ces perspectives différentes entraînent des anthropologies et des cosmologies différentes qui ne sont ni neutres ou laïques. Des exercices pratiques, des manières d’être en découlent.

D’autre part, les références au bouddhisme de la Méditation de pleine conscience sont très différentes du bouddhisme enseigné en Asie. Le cadre majoritaire du bouddhisme en Occident n’a pas évolué depuis les écrits de Madame Blavatsky (la papesse de la théosophie) et de Sinnett : lorsque l’on parle de « bouddhisme on parle en réalité très souvent du bouddhisme ésotérique, renvoyant aux représentations du monde occultistes typiques du XIXème, plutôt qu’aux conceptions asiatiques… Ainsi les porte-parole du bouddhisme Frédéric Lenoir et Matthieu Ricard œuvrent à la persistance d’une dommageable confusion. [1]

La tradition biblique et chrétienne différencie un Dieu Créateur de la création. Le monde créé par Dieu et sauvé en Jésus-Christ a un commencement et une finalité. La pleine conscience ne différencie pas le divin, l’énergie. Pour elle tout est dans tout, selon un principe de non-différenciation moniste. La pleine conscience a également ses dogmes qu’elle ne nomme pas, mais sur lesquels reposent ses conceptions.

Lorsque des moines bouddhistes ou des chrétiens mal à l’aise dans leur propre culture ou tradition font la promotion de la Méditation de pleine conscience, il est alors permis de se poser quelques questions concernant sa neutralité ou sa vertu de laïcité.

Quelques principes de la méditation pleine conscience

Dans un premier temps, il s’agit d’être attentif à ses sensations dans l’instant présent, comment elles apparaissent, comment elles durent ou ne durent pas, et comment elles disparaissent. Par la suite, le méditant va examiner les idées qui l’habitent, les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, à leur point de départ, dans leurs durées et à leur point de dissolution. Il doit rester neutre et silencieux dans cette introspection, il accueille l’apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables, sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable ou à rejeter la sensation désagréable. C’est ainsi que le méditant arriverait progressivement au détachement et à la libération de la matière, de la sensation, de la perception, des conditionnements mentaux. Ce détachement est typiquement bouddhique, il faut se détacher de toute sensation et même de tout sentiment de joie ou de tristesse comme autant d’illusions qui empêchent de nous libérer. L’important est que le méditant soit tout à ressentir plus qu’à penser, à expérimenter plus qu’à savoir. La pleine conscience se situe au-delà de la première forme de sagesse selon le bouddhisme qui est la dévotion, et au-delà de la deuxième forme : la logique de l’intellect ou de la raison. Elle accéderait à la troisième forme de sagesse, qui est la vision directe de la réalité ultime en toute chose. Dans son principe même, nous constatons que la Méditation de pleine conscience voudrait se situer au-delà de toute foi et de toute raison.

La Méditation de pleine conscience, mindfulness meditation, nous ramène invariablement vers quelques personnes, notamment vers M. Jon KABAT-ZINN, promoteur international de la méthode, mais aussi vers la méditation Vipassana, d’après l’enseignement de S.N. GOENKA. Ainsi que le note le site du CIPPAD [2] : La méditation de pleine conscience est dérivée de la méditation Vipassana, dont la pratique est connue comme pouvant engendrer des problèmes de déstabilisation mentale, ainsi que le rapporte l’association américaine International Cultic Studies Association.

Jon KABAT-ZINN est l’un des leaders actuels de l’institut ésotérique ESALEN, centre historiquement lié au mouvement GURDJIEFF[3]. En fait, nous sommes là au cœur des pratiques du New Age qui tentent de rapprocher l’enseignement bouddhique des expérimentations en psychologie. Ce syncrétisme, prédisant la venue d’un nouveau type d’homme au potentiel illimité, a engendré un grand nombre de sectes et de pratiques dites « spirituelles », et attiré 350 millions d’adeptes à travers le monde. C’est une vision globalisante, voire totalisante, et finalement totalitaire qui cherche le bonheur de l’homme sans perspective de transcendance. L’homme devient dieu, il n’a plus besoin du Dieu Créateur et Sauveur du christianisme.

Médias

L’expansion phénoménale de la méditation de pleine conscience passe par les médias. Tous les magazines, toutes les chaînes de télévision ont consacré articles et émissions à la Méditation de pleine conscience. Sur Internet, il suffit de taper « Méditation de pleine conscience » ou « Mindfulness » pour trouver une multitude de sites, tous à la gloire de la Mindfulness. Il est presque impossible de trouver des sites émettant des questions ou des réserves sur cette méthode.

Médecine

La méthode se propage grâce à certaines cautions médico-scientifiques qui démontreraient des effets positifs de cette méditation sur le stress, l’anxiété, la dépression, etc. De nombreuses publications scientifiques prouveraient ces bénéfices[4]. Y a-t-il une réelle indépendance de ces recherches ?

La méthode mindfulness est enseignée et pratiquée à la faculté de médecine de Strasbourg. Un Diplôme universitaire (DU) « Médecine, Méditation et Neurosciences » a été proposé pour la première fois à la rentrée universitaire 2012-2013. La pratique de la méditation de pleine conscience est déjà introduite dans certains hôpitaux français.

Mathieu Ricard

Mathieu Ricard, moine bouddhiste depuis 1979, proche disciple du Dalaï-Lama, est devenu son interprète. Matthieu Ricard est connu pour ses nombreux écrits et ses interventions télévisuelles. Selon Matthieu Ricard et les promoteurs de la méditation de pleine conscience, vingt minutes de pratique quotidienne de méditation de pleine conscience contribueraient à la diminution de l’anxiété, du stress, de la tendance à la colère et à augmenter la bienveillance, ceci améliorant la vie sociale… Nous sommes exactement dans les mêmes promesses de résultats mirifiques, que proposait la méditation transcendantale. L’empathie, ce concept cher au psychologue Rodgers, devient délétère et conduirait au burn-out selon Matthieu Ricard qui lui préfère un entraînement à la bienveillance, à l’amour altruiste, en fait une forme d’indifférence à son prochain.

Ces dernières années, il est devenu l’ambassadeur d’une nouvelle discipline, les « sciences contemplatives », qui explorent les bienfaits de la méditation et de l’entraînement de l’esprit sur l’organisme et plus particulièrement le cerveau. Matthieu Ricard participe ainsi activement aux recherches de l’Institut Mind & Life, fondé en 1987 par le dalaï-lama, pour développer les échanges entre les sciences cognitives et le bouddhisme.[5]

Selon une note du CIPPAD[6] : M. Mathieu Ricard ne cultiverait-il ici pas une certaine ambiguïté ? En effet, les travaux expérimentaux auxquels il se réfère, de façon précise, pour étayer l’hypothèse (de la validité opératoire de la Méditation de pleine conscience) semblent être biaisés par des conflits d’intérêts. Les différents scientifiques nommés qui pilotent ces études sont eux-mêmes pratiquants de techniques de méditation, ou bien liés à des croyances, ou bien encore membres de la direction du Mind and Life Institute.

Il y a donc un manque d’indépendance des expérimentateurs vis-à-vis de l’objet étudié.

Par exemple, M. Richard Davidson professeur de psychologie, enseignant à l’université du Wisconsin à Madison, membre fondateur, du Mind and Life Institute qui s’attache à explorer la relation de la science et du bouddhisme. Il pratique la Méditation, travaille depuis plusieurs dizaines d’années avec l’un des principaux responsables du mouvement GURDJIEFF aux USA, et publie avec le centre ESALEN, promoteur de différentes méditations.

Mme Tania Singer qui intervient, auprès de l’association de méditation de Bruxelles EMERGENCES. Association qui fait la promotion de l’Ennéagramme, technique créée par le mage GURDJIEFF. Elle est également membre du Conseil d’administration du Mind and Life Institute.

Ces proximités amènent nécessairement à poser certaines questions.

Faux souvenirs induits et perturbations cognitives

La méditation pleine conscience prétend avoir des effets bénéfiques sur la cognition et aurait un effet positif sur la dépression. Cependant, des études scientifiques indépendantes sont publiées, concernant l’impact de la pleine conscience sur la mémoire et spécifiquement sur les distorsions de la mémoire. [7]

Ces études montrent :

La méditation de pleine conscience augmente le taux de faux souvenirs provoqués.

Elle augmente les capacités imaginatives et ouvre au paranormal. Elle provoque des aberrations cognitives, perceptives et sensorielles

Elle provoque des distorsions relationnelles et sociales.

Dans certains cas elle peut entrainer une dépersonnalisation, une aggravation de la dépression. Quant à ses effets sur le stress ou l’anxiété, aucune analyse réellement indépendante des réseaux de la méditation de pleine conscience n’en amène la preuve.

La méditation de pleine conscience, lorsqu’elle est comparée aux traitements de référence, ou à des contrôles appropriés, « ne montre aucun effet supérieur à ces derniers ».

Il n’a pas pu être mis en évidence d’effet positif de la méditation de pleine conscience sur une amélioration de l’humeur, l’attention, l’addiction à des substances (alcool, cigarettes, etc.), les habitudes alimentaires, la qualité du sommeil ou la surcharge pondérale.

La prudence s’impose donc vis-à-vis de cette pratique.

La commercialisation de la Méditation de pleine conscience

Un article de Ron Purser et David Loy publié sous le titre Beyond McMindfulness dans le HuffingtonPost du 2 juillet 2013 (version originale anglaise).

La méditation de la pleine conscience (mindfulness) s’est imposée d’un coup, faisant son entrée dans les écoles, les entreprises, les prisons et les organismes gouvernementaux, l’armée américaine notamment.

La révolution de la pleine conscience semble offrir une panacée universelle pour régler à peu près toutes les questions de la vie quotidienne. Plusieurs ouvrages ont été publiés récemment sur le sujet : Être parent en pleine conscience (Mindful Parenting), Manger en pleine conscience (Mindful Eating), Enseigner en pleine conscience (Mindful Teaching), Une politique de la pleine conscience (Mindful Politics), La thérapie de la pleine conscience (Mindful Therapy), Diriger en pleine conscience (Mindful Leadership), Une nation consciente (A Mindful Nation), La guérison consciente (Mindful Recovery), Le pouvoir de l’apprentissage conscient (The Power of Mindful Learning), Le cerveau conscient (The Mindful Brain), La pratique de l’attention dans les périodes de crise (The Mindful Way through Depression), Le chemin de l’attention vers l’autocompassion (The Mindful Path to Self-Compassion).

L’engouement pour le mouvement de la pleine conscience a créé une industrie lucrative. Des consultants avisés recommandent des formations à la pleine conscience, assurant qu’elle améliore l’efficacité au travail, qu’elle réduit l’absentéisme et qu’elle met en valeur les compétences personnelles si essentielles dans une réussite professionnelle. Certains vont même plus loin en affirmant qu’une formation à la pleine conscience peut agir comme une « technologie perturbatrice » qui transforme les entreprises même les plus dysfonctionnelles en des formes organisationnelles plus respectueuses, plus compatissantes et durables. Jusqu’ici, cependant, aucune étude concrète n’a été publiée pour appuyer de telles affirmations.

Dans leurs stratégies de positionnement, les promoteurs des formations à la pleine conscience débutent généralement leurs programmes en disant qu’ils sont « d’inspiration bouddhiste ». Raconter aux néophytes que la pleine conscience est un héritage du bouddhisme, une tradition célèbre pour ses méthodes de méditation anciennes et éprouvées, offre un certain exotisme et un effet tendance. Mais, parfois, dans la même phrase, les consultants assurent souvent leurs sociétés commanditaires que leur type de pleine conscience n’a plus de lien ou d’affiliation avec ses origines bouddhistes.

Le découplage de la Méditation de pleine conscience de son contexte moral et religieux bouddhiste permet d’en faire un produit de consommation. Mais où mène cette pleine conscience. Un tueur à gage ; un proxénète, s’il veut réussir à intérêt pour être plus efficace à se trouver dans une pleine conscience de ce qu’il réalise.

D’après un des textes les plus anciens de la tradition bouddhiste, le canon pâli, quelqu’un qui commet un crime prémédité et odieux peut le faire en pleine conscience. La notion de conscience morale peut y être totalement absente.

D’autre part :

Pourrions-nous envisager la récitation méditation du chapelet comme une technique de bien-être permettant de réduire le stress ? Faudrait-il il mettre des électrodes sur les têtes des pèlerins à Lourdes pour vanter les mérites de la dévotion mariale ? Ou vérifier la tension artérielle et les gaz du sang des moines de Solesmes chantant leur office en grégorien. Ou encore vérifier les paramètres biologiques de ceux qui pratiquent le jour du Yom kippour où de l’Aït el kebir… Et vendre le produit comme une simple technique améliorant des performances préalablement ciblées pour prouver scientifiquement la pertinence des bienfaits opérés par de telles dévotions.

Socialement

La Méditation de pleine conscience même si elle est pratiquée en entreprise renvoie toujours l’individu à lui-même et à son bien-être personnel. Les combats collectifs de l’amélioration des conditions de travail, l’analyse des causes de détresses collectives et structurelles sont totalement oubliés. La Méditation de pleine conscience serait ainsi l’opium d’une juste prise de conscience collective et d’une réflexion critique sur les conditions de travail.[8]

Nous ne devons pas oublier que ce système de pensée à générer un système de caste. Le bouddhisme tibétain notamment a permis un système de servage particulièrement cruel. « Steve Jobs, le fondateur d’Apple a passé beaucoup de temps en position du lotus, et pourtant il a continué à payer des employés des salaires de misère à ses sous-traitants, à engueuler ses subordonnés et à se garer sur les emplacements réservés aux handicapés. »[9]

Méditation laïque ?      

Exercices au début et à la fin de chaque journée.

« Ce que recommandent les méditants chevronnés, c’est de commencer et de terminer ses journées par quelques instants de pleine conscience ; en ouvrant et fermant mes yeux le matin, et le soir au moment de les fermer, prêter attention à mon expérience de l’instant présent (mon corps, mon souffle, le bavardage de mes pensées, le cours de mes émotions…[10]

Tout est centré sur soi, tout est minutieuse observation de soi, tout doit conduire par des exercices constants assidus et répétés à une enstase : « L’enstase est une chute en soi-même, et on y découvre que tout est là… Tout à coup, éruption volcanique de sérénité. C’est toujours bouleversant de sentir cet apaisement autoproduit. Bouleversant de constater comment le calme « enstatique » nous relie au monde au lieu de nous en séparer. On se laisse transformer, au lieu de vouloir encore et toujours transformer ce qui nous entoure.[11] »

Expérimenter l’extension et la dissolution de soi

Et voilà la finalité de la méditation de pleine conscience : une extension jusqu’à la dissolution de soi. Là où le moi n’a plus de raison d’être, car il est en tout et tout est en lui. « La pleine conscience est une expansion de soi. On absorbe tout ce qui est autour de nous, on s’en imprègne et on le devient. Comme un cercle qui s’élargit pour tout englober. On est au centre de cet univers. Mais ce n’est pas un univers borné, toutes ses frontières sont poreuses… Dans la pleine conscience, nous éprouvons des sentiments récurrents d’abolition des frontières entre nous et l’extérieur. Sentiments de fusion de soi dans l’environnement. De diffusion de l’environnement en soi. [12] » « Méditer la pleine conscience c’est se connecter au monde, si fortement que les distinctions entre soi et non-soi deviennent absurdes, inutiles et encombrants. Se préparer doucement à revenir d’où on vient, comme la vague se dissoudra bientôt dans l’océan. Il n’y a alors plus de limites. Que des liens. [13] »

La méditation de pleine conscience invite à l’acceptation sans jugement de ce qui est. Elle invite au détachement, le monde apparent étant fait d’illusions. C’est en entrant en soi-même que l’on trouverait la libération. Sous des aspects lisses et doucereux, visant l’épanouissement total de l’homme, cette Méditation de pleine conscience chloroforme la conscience telle que nous la concevons dans l’héritage de la philosophie grecque ou de la religion chrétienne, tant sur le plan personnel que collectif.

Bertran Chaudet

[1] Marion Dapsance, Les dévots du bouddhisme. Max Milo septembre 2016. Marion Dapsance, anthropologue, a passé sept années au cœur des milieux bouddhiques occidentaux. Elle en conclut que le bouddhisme n’est rien d’autre qu’une religion. De plus, sa version occidentale connait de très nombreuses dérives : organisation sectaire, dérives sexuelles, pyramides financières, humiliations hérarchiques…

[2] CIPPAD Centre d’Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes.

[3] L’homme rusé Georges Ivanovitch Gurdjieff, né dans le Caucase à une date indéterminée, est arrivé en France en 1921 entouré d’un certain nombre d’adeptes russes… Gurdjieff s’est beaucoup inspiré d’Helena Blavatsky fondatrice de la Théosophie… Pour faire court, on pourrait dire que Gurdjieff, c’est la théosophie plus les techniques d’assujettissement.… Selon Gurdjieff, « l’homme est une machine qui réagit aux stimulations » et seuls de rares individus, correctement guidés, sont capables en « travaillant » sur eux-mêmes d’acquérir une volonté propre et une âme immortelle. Jean François Revel dans son ouvrage « Mémoires, le voleur dans la maison vide » fait une analyse très intéressante des expériences auprès de Gurdjieff qu’il traite d’imposteur et d’escroc (p.152) « Ce qui m’intéresse rétrospectivement, dans ma mésaventure gurdjieffienne, c’est l’expérience que je fis sur mon propre cas de l’aptitude des hommes à se persuader de la vérité de n’importe quelle théorie, de bâtir dans leur tête un attirail justificatif de n’importe quel système, fut-ce le plus extravagant, sans que l’intelligence et la culture puissent entraver cette intoxication idéologique ». Cf Bulles n°83, 85, 89 ,92.

[4] http://www.pleine-conscience.be/ressources/articles-scientifiques/

[5] http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/05/26/la-meditation-peut-aider-a-prevenir-le-burn-out_4426240_1650684.html

[6] CIPPAD Centre d’Information et de Prévention sur les Psychothérapies Abusives et Déviantes.

[7] Travaux d’Eyal Rosenstreich (Ph.D Cognitive Psychologist Tel-Aviv University) sous le titre : « Mindfulness and False-Memories: The Impact of Mindfulness Practice on the DRM Paradigm. » ont été publiés dans le J Psychol du 6 février 2015.

Travaux de Christopher C. French (Goldsmiths, University of London), Krissy Wilson et Laura Davis (Université Charles Sturt), publiée en 2012 sous le titre : »IS THE CORRELATION BETWEEN PARANORMAL BELIEF AND SUSCEPTIBILITY TO FALSE MEMORIES DUE TO ACQUIESCENCE BIAS? », une corrélation significative a été trouvée entre la croyance au paranormal, les faux souvenirs et la propension à l’imaginaire et au rêve.

Meditation Programs for Psychological Stress and Well-Being, Heffective Health Care Program, comparative Effectiveness Review, number 124, January 2014, Agency for Healthcare Research and Quality U.S. Department of Health and Human Services 540 Gaither Road Rockville, MD 20850, www.ahrq.gov.

L’étude (publiée le 4 septembre 2015 dans Psychological Science) : Increased False-Memory Susceptibility After Mindfulness Meditation. Brent M. Wilson, Department of Psychology, University of California, San Diego, Laura Mickes, Department of Psychology, Royal Holloway, University of London.

[8] Jeremy Carrette et Richard King, Vendre la spiritualité

[9] Le Point du jeudi 19 mai 2016 n°2280, citant le magazine Wared.

[10] Christophe André, « Méditer jour après jour » l’iconoclaste sept 2011. p.255.

[11] Ib.p.265.

[12] Ib. p.282, 283.

[13] Ib.p.285.