Dans les coulisses de « Shen Yun », ce spectacle de danse qui promeut le Falun Gong

Le spectacle Shen Yun se présente comme une célébration de la culture chinoise traditionnelle, mais constitue en réalité un outil de visibilité et de financement pour le Falun Gong, un mouvement controversé. Le mouvement présente certaines caractéristiques sectaires, même si peu de victimes se signalent en France.

Chaque hiver, les affiches faisant la promotion du spectacle de danse chinoise « Shen Yun » envahissent les gares, les stations de métros et les abribus. Cette année, même France 2 a diffusé des publicités en prime time. Un matraquage qui fonctionne : les représentations se font à guichets fermés. Mais ce qui se joue derrière le rideau n’est pas qu’une célébration de la danse traditionnelle et de l’histoire de la Chine. Shen Yun est, en réalité, un outil de visibilité pour un mouvement spirituel controversé : le Falun Gong.

Cette pratique spirituelle, qui mêle mouvements de « Qi gong » – une gymnastique traditionnelle chinoise – et enseignements métaphysiques, a vu le jour en 1994 dans le nord-est de la Chine. Sur le papier, rien de bien inquiétant. Pourtant, dès 1999, son créateur, Li Hongzhi, assure dans une interview au Time, que certains pratiquants de sa discipline peuvent léviter ou que les problèmes de l’humanité sont causés par des extraterrestres qui cherchent à s’emparer de nos corps. D’autres témoignages recueillis par les médias – à l’instar de cet article de ABC – font état de pratiques pouvant mettre en danger la santé de ses adeptes (exorcisme pour soigner l’anorexie, arrêt des médicaments) ou promouvant une idéologie conservatrice (les couples mixtes seraient, eux aussi, un complot extraterrestre).

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Mise en garde contre l’IA Catholique

Par Dr Lily M. Abadal,

https://www.thepublicdiscourse.com/2025/11/99435/

Dr. Lily M. Abadal est professeur adjoint d’enseignement en philosophie à l’Université de Floride du Sud. Elle se spécialise dans l’éthique normative, la psychologie morale et la théorie des vertus, en mettant l’accent sur la façon dont les pratiques en forme de tradition informent le caractère. Ses projets actuels explorent les blessures morales, la souffrance et la désorientation, ainsi que les dimensions éthiques de l’intelligence artificielle dans l’éducation et les milieux professionnels. Son travail apparaît dans Teaching Philosophy, Journal of Religious Ethics, Frontiers in Sociology et plusieurs volumes édités de Bloomsbury, Routledge et Springer.


Nous ne sommes pas des machines, et nous ne saurions être bien formés par elles. La formation humaine doit être avant tout humaine, même s’il est plus facile et plus rapide de soumettre nos questions à une machine.

Si vous êtes catholique et que vous avez rencontré des publicités pour Magisterium AI et Truthly AI, vous avez probablement été intrigué, tout comme moi.

Truthly AI se présente comme un compagnon IA catholique, permettant aux utilisateurs « d’engager des conversations significatives et d’obtenir des réponses à n’importe quelle question ou problème ». C’est une promesse audacieuse. La promesse de Magisterium AI est similaire. Elle prétend donner « des réponses précises à vos questions spécifiques sur la foi et les mœurs » et pouvoir aider à clarifier des doctrines difficiles telles que la Trinité.

En apparence, ces outils semblent au pire inoffensifs et au mieux édifiants. C’est d’autant plus le cas que leurs modèles prétendent être exclusivement entraînés sur des textes canoniques et les enseignements officiels de l’Église. Toutefois, la prudence est de mise. Pour quatre raisons principales, nous devrions encourager les jeunes à procéder avec une précaution extrême, et nous ne devrions pas nous hâter de recommander l’usage de tels outils dans la catéchèse.

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LSD, champignons hallucinogènes, ayahuasca… contre la tentation d’un « exceptionnalisme psychédélique »

Zoë Dubus, Sciences Po

LSD, psilocybine extraite de champignons hallucinogènes, mescaline issue de cactus, ayahuasca… les psychédéliques connaissent un regain d’intérêt en recherche médicale, pour des usages récréatifs ou expérientels voire stimulants, et bénéficient de représentations plus positives que les autres psychotropes. Ils ne doivent pas pour autant être considérés comme une catégorie « supérieure » aux autres substances psychoactives.

La « renaissance psychédélique », ce renouveau de l’intérêt scientifique autour de ces psychotropes, suscite des espoirs considérables : ces substances offriraient-elles des traitements miracles contre la dépression, le trouble de stress post-traumatique ou les addictions ? Rendraient-elles leurs usagers plus empathiques, plus écologistes, voire moralement meilleurs ? Seraient-elles finalement « supérieures » aux autres psychotropes ?

Comme le suggèrent des travaux en sciences sociales et en psychologie, ces attentes relèvent d’un imaginaire qui surestime les propriétés intrinsèques des substances et sous-estime la force des contextes d’usage ou des croyances préétablies, tout en dépolitisant profondément la manière de les aborder.

Ces représentations, partagées par une partie des usagers de psychédéliques voire par certains thérapeutes, sont en effet trompeuses : elles reposent sur des généralisations hâtives, amplifient des attentes démesurées et ne résistent ni à l’étude de la diversité des usages ni aux risques documentés.

La singularité des psychédéliques classiques justifie-t-elle des règles d’exception ?

Aucune de ces propositions ne justifie par ailleurs un « exceptionnalisme psychédélique », c’est-à-dire l’idée selon laquelle les substances psychédéliques classiques – psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes ou « champignons magiques », LSD, DMT/ayahuasca et mescaline – seraient si singulières qu’elles devraient bénéficier de règles d’exception par rapport aux autres psychotropes en vertu d’une supposée « supériorité ».

Au contraire : la cohérence scientifique, l’équité et la réduction des risques (RdR) exigent de rompre avec les narratifs qui hiérarchisent moralement les substances – et donc, par ricochet, leurs usagers –, de reconnaître les risques liés à la prise de ces produits (y compris en thérapie), d’intégrer la RdR au cœur des pratiques et d’instaurer des garde-fous éthiques solides.

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Sarah Young, Un moment avec Jésus

En France, Un moment avec Jésus de Sarah Young (+ 2023) a occupé la première place des ventes dans de nombreuses librairies chrétiennes, avec plus de 15 millions d’exemplaires écoulés en quelques années. Malgré cette popularité, ce livre soulève plusieurs problèmes graves que nous souhaitons mettre en lumière.

10 graves problèmes avec le livre

Ce livre s’avère profondément troublant. Je souhaite mettre en lumière dix problèmes majeurs qu’il soulève, dans l’espoir que vous prêtiez attention à ces avertissements.

Un article de Tim Challies. LIRE L’ARTICLE ENTIER

Parmi les problèmes

La manière dont Young reçoit ses révélations de Jésus présente des relents d’occultisme:

J’ai décidé d’écouter Dieu papier et crayon en main, écrivant ce que je croyais être les paroles de sa part. Je me suis sentie bizarre la première fois que j’ai essayé, mais j’ai reçu un message. Il était court, biblique et à propos. Il abordait des sujets qui étaient actuels dans ma vie: la confiance, la peur et la proximité avec Dieu. J’ai répondu en écrivant dans mon journal de prière.

Cette démarche s’apparente à la pratique de l’écriture automatique, ou « psychographie »…

La conclusion de l’article

Nous sommes donc devant une évidence: Un moment avec Jésus est un livre construit sur une base défectueuse et, de ce fait, dangereux et indigne de notre attention ou de notre soutien.

Peter Thiel, le technoprophète de l’Apocalypse

par Gregory Aimar

Peter Thiel, figure ultra influente de la Tech, cofondateur de PayPal, investisseur précoce et ex-membre du conseil d’administration de Facebook, fondateur de Palantir Technologies, mentor de J.D. Vance et proche conseiller de Donald Trump, qui parle de prophéties bibliques, de fin du monde et de l’Antechrist ? Oui, vous ne rêvez pas, et ça se passait en novembre 2024 au sein de la prestigieuse Université de Stanford. Il répondait aux questions de Peter Robinson et livrait sa vision d’un avenir littéralement apocalyptique pour l’humanité. La dimension religieuse de la technologie mise en lumière par Peter Thiel dans cet entretien, à ce jour encore largement ignorée par les institutions européennes, traverse en réalité tout l’écosystème de l’intelligence artificielle, en particulier américain, et a des conséquences politiques très concrètes. L’Europe peut-elle encore se permettre,à l’aube du second acte trumpien, de faire l’économie d’une réflexion sur le sujet ?

Apocalypse now

Beaucoup s’offusquent de la tournure prise par la vie politique aux États-Unis, depuis l’élection de son nouveau président. Les déclarations outrancières de Donald Trump et d’Elon Musk, accompagnées de réformes non moins brutales, sidèrent un bonne partie de l’opinion et suscitent autant d’interrogations que d’inquiétudes quant à l’avenir de nos démocraties occidentales. Soutien de la première heure du candidat Trump, Peter Thiel ajoutait à la sidération ambiante en publiant, le 10 janvier 2025, une tribune dans le Financial Times, dans laquelle il appelle de ses voeux une « apocalypse » de l’information au pays de l’Oncle Sam. Un terme qu’il emploie au sens propre — « révélation » — et dont il assume entièrement le caractère religieux. Il évoque, dans son texte, les « péchés » des dirigeants américains précédents qui auraient caché certaines vérités à propos, notamment, de l’assassinat de JFK, du suicide de Jeffrey Epstein ou encore de la gestion de la crise du Covid. Selon Thiel, ces secrets sont voués à être révélés sous la nouvelle présidence Trump.

Les observateurs sont tombés des nues à la lecture de ce sermon, surtout dans les colonnes d’un journal aussi sérieux que le Financial Times. Pourtant, ce discours n’est pas nouveau : les gourous de la Silicon Valley aspirent depuis des décennies à construire une religion à la fois technologique et politique, et ne s’en cachent pas. Mais cette dimension de l’histoire reste mal comprise et l’on interprète souvent ce genre de sortie comme une stratégie qui viserait à faire diversion, à occulter les « vrais problèmes » posés par le pouvoir grandissant des géants du numérique. Si cette lecture ne peut pas être totalement exclue, elle est néanmoins loin d’être suffisante et cette carence dans l’analyse du phénomène pourrait s’avérer problématique dans l’élaboration de la stratégie que l’Europe tente d’opposer aux Big Tech américains. On ne discute pas de la même façon avec un entrepreneur qui souhaite conquérir un nouveau marché pour accroitre ses profits et un autre qui pense sauver le monde des griffes de l’Antechrist grâce aux technologies qu’il développe. Car c’est bien de cela dont il s’agit, ici : pour Peter Thiel, et pour de nombreux collaborateurs de Trump, derrière la révolution de l’intelligence artificielle, ce n’est rien de moins que le salut de l’humanité qui se joue.

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