Le Reiki à la « lumière » de l’initiation selon Guénon. Éléments de discernement

par Bertran Chaudet

Ces propos n’ont aucune prétention à l’exhaustivité, ni à la modélisation d’un système qui serait celui des initiations. Ils visent à une simple mise en parallèle entre certains écrits de Guénon et les stades de l’initiation au Reiki. Ils peuvent cependant permettre d’envisager quelques points de vigilance ou de discernement quant à certaines méthodes à visée thérapeutique, de mieux-être ou de développement personnel.

René Guénon (1886-1951)

D’éducation catholique, René Guénon fut initié dès l’âge de 20 ans dans des loges maçonniques friandes d’occultisme. Il fréquenta l’Ordre martiniste de Papus, la loge Humanidad du Rite National Espagnol, puis le temple I.N.R.I. du rite Swedenborg, entre autres, et parvint au grade 30-90° dans le Rite Memphis-Misraïm. Ces loges étaient en rivalités permanentes, à qui serait le plus grand initié. Guénon se fâcha avec Papus. Oswald Wirth1, le rénovateur du symbolisme maçonnique2, voulut récupérer Guénon… Marius Lepage, éminent maçon lavallois, continuera dans la revue Symbolisme (fondée par Wirth en 1912 et reprise par Lepage de 1930 à 1940) à diffuser la pensée guénonienne qui demeure encore influente dans certaines loges.

Notons au passage l’actualité de la pensée de Guénon et son influence sur deux personnalités :

Xavier Accart, journaliste, écrivain et historien des idées, a étudié à l’EPHE, l’École Pratique des Hautes Études. Il a fait sa thèse sur la réception intellectuelle et littéraire dans les années 1920-1950 de l’œuvre de René Guénon. Il a animé les rubriques Les Essentiels, et les cahiers spirituels de l’hebdomadaire La Vie, puis est, depuis novembre 2011, rédacteur en chef du mensuel Prier. On y perçoit, dans cette multiplicité d’articles, de méditations et de prières, l’influence guénonienne qui se situe au-delà de toute dualité, rendant équivalentes toutes les traditions religieuses, pour peu qu’elles soient dépassables par une tradition primordiale réservée aux initiés.

Frédéric Lenoir, ancien directeur du Monde des religions, auteur de best-sellers sur la spiritualité, dispense une sagesse à la carte, éclectique, mélange de philosophie, de spiritualité et de psychologie des profondeurs. Les titres de deux de ses livres, L’Âme du monde et La Guérison du monde, en disent long sur la démesure de ses ambitions. L’influence de Guénon sur Lenoir est manifeste. Guénon critique la modernité, l’Occident, qui selon lui, après s’être saoulé de religions puis de consommation a perdu la conscience. Lenoir reprend cette idée de consciences, au pluriel, laïcisées où la notion de péché ou de Rédemption par le Christ est écartée. Son idéologie écologique bien-pensante3 tente de convaincre que l’avenir du monde se situe, non pas dans un retour au religieux, mais dans l’épanouissement d’une spiritualité universelle détachée des traditions particulières.

Guénon, nourri dans les loges initiatiques, a toujours une grande influence dans la loge Rose-Croix AMORC, qui est en grande amitié fraternelle avec Frédéric Lenoir.4

Le Reiki sera pris en exemple, mais nous aurions pu prendre bien d’autres types d’initiation, soit à visée thérapeutique, soit de développement personnel, d’acquisition de connaissances supérieures ou de « sagesse », où le secret est de mise. En effet, les différents stades de l’initiation décrits dans le foisonnement des œuvres guénoniennes, et tout spécifiquement dans son livre, Aperçus sur l’initiation, donnent la trame et précisent les niveaux, degrés ou stades traversés par l’impétrant lors de cette « illumination » progressive.

Humbert Cornélis et Augustin Léonard, dominicains docteurs en théologie, résument bien la prétention de Guénon à se situer en surplomb de toutes les religions. Religions qui, selon lui, se valent toutes en médiocrité, pour avoir oublié ce que serait l’initiation suprême, aboutissant à la non-dualité.

« L’idée fondamentale est celle d’une tradition primordiale d’où seraient issues toutes les religions et dont les philosophies ne sont qu’une expression partielle et dégradée… Mais les religions constituées ne sont qu’une dégradation de la tradition authentique. Elles sont une vulgarisation, une extériorisation, un aspect « exotérique » d’une connaissance ésotérique et initiatique, réservée à une « élite », qu’elles étaient d’abord chargées de véhiculer et de transmettre et qu’elles ont oubliée en cours de route… Toutes les religions, d’ailleurs, constituent ainsi un premier pas sur la route de l’initiation, elles servent à transmettre extérieurement un ensemble de vérités, de symboles et de rites dont elles ne comprennent plus le sens profond. C’est à la science sacrée, à la métaphysique spirituelle qu’il appartient de dégager le fruit de son écorce, de traduire le sens du symbole et de conduire l’homme au-delà des premières attitudes religieuses vers les états supérieurs de réalisation de soi-même. » 5

L’initié serait celui qui atteint une connaissance métaphysique située au-delà de toute incarnation. Cette position de Guénon, en professant ce mystère de désincarnation, n’est pas compatible avec la Foi chrétienne. Ainsi, il pense le chemin initiatique comme supérieur à toute la spiritualité de l’Église catholique. Cependant, il méconnaît tant les Évangiles que les Saints martyrs, les mystiques, et les docteurs de l’Église.

L’initiation guénonienne nécessite plusieurs conditions

« Dans le cas de l’initiation, c’est à l’individu qu’appartient l’initiative d’une « réalisation » qui se poursuivra méthodiquement, sous un contrôle rigoureux et incessant, et qui aboutira à dépasser les possibilités de l’individu comme tel. » 6

Cependant, l’impétrant devra faire allégeance à l’influence « spirituelle » de ceux qui l’ont précédé dans la voie qu’il a choisie.

Chaîne de transmission initiatique

« Il faut que l’individu n’ait pas seulement l’intention d’être initié, mais qu’il soit accepté par une organisation traditionnelle régulière, ayant qualité pour lui conférer l’initiation, c’est-à-dire pour lui transmettre l’influence spirituelle sans le secours de laquelle il lui serait impossible, en dépit de tous ses efforts, d’arriver jamais à s’affranchir des limitations et des entraves du monde profane ». 5

Pour Guénon, il ne restait que deux organisations initiatiques valables en Europe : la franc-maçonnerie et le compagnonnage, et, sporadiquement, quelques groupuscules d’hermétisme dits chrétiens Rose-Croix, Templiers, ou ordres chevaleresques. C’est à l’intérieur de l’hindouisme, et du soufisme que des initiations gardaient, pour lui, toute leur « pureté ». Le New-Age a permis l’émergence de nombreux chemins qui se recommandent de ces traditions. Le néo-chamanisme s’inscrit dans ces perspectives par exemple.

Cependant, le Reiki, comme bien des méthodes de guérison ou de développement personnel initiatique, présente de nombreuses analogies avec les descriptions et principes décrits par Guénon, bien qu’il eût dénoncé certaines initiations comme étant, selon lui, du charlatanisme.

Qualification pour l’initiation au Reiki

L’initiation ne s’adresse qu’aux personnes qui théoriquement ont les capacités mentales et physiques nécessaires, bien qu’il n’y ait pas d’évaluation. Cependant, il est rare qu’un Maître vérifie en profondeur les capacités du futur initié. En pratique, il suffit de payer l’initiation. Chaque Maître est libre de déterminer le prix des différentes initiations. En effet, il est plus juste de parler d’initiation que de formation, car bien que le Reiki ne se prétende pas thérapeutique pour des raisons de précautions juridiques regardant l’exercice illégal de la médecine, il traite cependant de pathologies physiques ou psychiques sans que leurs praticiens n’aient la moindre notion de nosologie.

Niveaux d’initiation Reiki.

Selon les écoles il y a plusieurs niveaux proposés. Il y a des écoles qui proposent trois niveaux, d’autres quatre ou encore sept, huit. Chaque niveau s’obtient en général après deux jours de « formation ». Après chaque initiation, l’initié est invité à pratiquer sur lui-même durant vingt et un jours. Ces vingt et un jours sont en lien avec l’expérience vécue par le fondateur Mikao Usui sur le mont Kurana (montagne sacrée). Il faut pratiquer au moins une heure par jour pour se « purifier » et activer l’énergie Reiki. Le niveau de Maître permet d’initier de nouveaux adeptes.

= Premier niveau (shoden), initiation virtuelle.

Ce niveau permettrait de se « brancher » à la source et de devenir le canal de cette « énergie universelle » ici appelée Reiki, au moyen de quatre initiations successives. À ce stade, aucun des symboles Reiki n’est révélé à l’apprenti. À la suite de ces purifications ou harmonisations, l’élève est censé avoir une fréquence vibratoire réceptive au Reiki. Cette initiation permettrait de purifier les scories de sa vie passée. Il lui est recommandé de pratiquer le plus possible, car plus on se branche au Reiki, plus l’énergie s’intensifie. Lors de l’initiation, il y a transmission et allégeance à une influence spirituelle.

Guénon cherche à comparer cette énergie au récit biblique du premier chapitre de la Genèse, mais dans un flou sémantique tel, que tout le monde pourrait y apporter son manger fantasmatique :

« Pour que ce chaos puisse commencer à prendre forme et à s’organiser, il faut qu’une vibration initiale lui soit communiquée par les puissances spirituelles, que la Genèse hébraïque désigne comme les Elohim ; cette vibration, c’est le Fiat Lux qui illumine le chaos, et c’est le point de départ nécessaire de tous les développements ultérieurs ; et, au point de vue initiatique, cette illumination est précisément constituée par la transmission de l’influence spirituelle dont nous venons de parler. Dès lors, et par la vertu de cette influence, les possibilités spirituelles de l’être ne sont plus la simple potentialité qu’elles étaient auparavant ; elles sont devenues une virtualité prête à se développer en actes dans les divers stades de la réalisation initiatique. » 6

Il s’agit là de la description de l’initiation maçonnique que Guénon reçut dès l’âge de vingt ans.7 Le profane entre dans la loge les yeux bandés pour y recevoir la lumière. Mais de quelle lumière s’agit-il ? Ce sera l’objet de tout le parcours initiatique. Lucifer est porteur de lumière, il se prend même pour cette lumière usurpant la seule vraie Lumière, Dieu8.

Le rituel Reiki se compose de cinq opérations

– La préparation du maître est longue, tandis que l’initiation de l’adepte dure quelques minutes seulement.

Tout d’abord, le demandeur doit commencer par s’incliner devant le Maître qui s’incline en même temps, puis s’assoit en gardant les mains paume contre paume à hauteur du chakra10 du cœur. Le Maître passe derrière lui et invoque secrètement les Maîtres fondateurs du Reiki : Mikao Usui, Chujiro Hayashi, et Hawayo Takata, la femme qui a importé le Reiki en Occident. Tout se passe dans le silence. Le maître va visualiser les quatre symboles de l’énergie Reiki dans l’aura11 du demandeur en posant ses mains et en soufflant sur sa tête. À ce stade le récipiendaire ne sait pas ce que fait le Maître. Il posera ensuite les symboles sur le chakra coronal.

– La purification initiale. Le nouvel adepte doit se débarrasser de sa montre et enlever ses chaussures, comme dans la première initiation maçonnique au grade d’apprenti. Il se lave rituellement les mains non pas seulement par hygiène, mais par souci de purification afin de mieux devenir canal du Reiki. Il ne doit croiser ni les jambes ni les bras.

– Le centrage. Il se concentre sur le chakra de son cœur, en posant ses deux mains croisées sur sa poitrine, tout en adressant une prière dans laquelle il demande à devenir canal du reiki. Le destinataire de cette prière n’est pas désigné !

– La protection contre les ondes nocives. Il ne doit pas puiser en lui-même son énergie, mais être seulement canal du Reiki, énergie inépuisable.

– L’égalisation de l’aura. Le maître dessine à environ 20 centimètres du corps un mouvement elliptique descendant en partant de la tête et en se terminant par les pieds, puis en remontant trois fois, vers la tête, poings fermés et plus proches du corps. Ces passes sont nettement de nature magnétique et sont similaires à celles que l’on retrouve chez les magnétiseurs énergéticiens et autres toucheurs.

Le traitement est appliqué avec la main droite sur le patient assis les yeux fermés. Le Maître visualise secrètement l’énergie qui pénètre par le chakra du sommet du crâne, le remplit et déborde de sa main pour pénétrer le récipiendaire, il répète mentalement trois fois le nom du symbole qu’il imprime dans l’aura.

Dès cette première étape, le nouvel adepte devient réceptacle de tous les développements initiatiques futurs. Il dispose son être comme une feuille vierge sur laquelle s’inscriront les dynamiques occultes des influences « spirituelles » auxquelles il a fait allégeance.

Le Maître, lorsqu’il inocule les premiers symboles, serre son périnée et colle sa langue contre son palais. Quand il souffle, il doit garder cette posture intérieure.

Prière finale. L’adepte se doit de remercier l’esprit reçu de cette énergie universelle ou Reiki. Nous sommes effectivement là dans un rituel magique qui s’adresse à une force que l’on ne connaît pas.

Les symboles

Cho Ku Rei en forme de spirale signifie : « Énergie, viens ! ». On le trace sur le corps du patient au niveau du lieu que l’on veut harmoniser, en le répétant mentalement trois fois, et secrètement. On peut également le tracer sur des objets, sur une lettre à l’usage du destinataire, sur un cristal de roche ou sur du tissu à placer sur la partie malade. C’est effectivement un rituel de magie avec utilisation d’énergie magnétique.

C’est aussi un symbole de protection. Il a d’autres attributs comme celui de pouvoir couper ce qui est enregistré dans la mémoire, arrêter le sang, ou l’hémorragie, en prononçant intérieurement son nom. Comme pour les carrés magiques, on peut le tracer mentalement sur le sol et entrer dedans.

Sei He Ki est une sorte de déformation de la lettre du sanscrit tibétain « Ah ». Le nom du deuxième symbole signifie : « J’ai la clé ». Il est censé calmer le mental conscient ou faire émerger les souvenirs inconscients et les purifier !

Hon Sha Ze Sho Nen désigne le retour à l’origine et signifie « Le Bouddha qui est en moi entre en contact avec le Bouddha qui est en toi ». Ce symbole permettrait de pratiquer le Reiki à distance.

Il existe de nombreuses formes de Reiki qui utilisent d’autres symboles, et donnent des noms d’autres esprits ou divinités. Chaque Maître Reiki peut inventer à l’infini son propre panthéon et des variantes qui seraient toutes plus performantes les unes que les autres : Reiki de Osho ou Reiki de Bagwan, Reiki de Sababa, Reiki de yoga, de karuna, de harbori, rainbow-Reiki, etc.

= Deuxième niveau (okuden), initiation effective

Après 21 jours à trois mois de pratique du premier degré, l’élève serait en capacité de recevoir les symboles susceptibles de canaliser mentalement l’émission du reiki à distance. Pour cela, à ce stade il reçoit trois symboles secrets accompagnés des mantras correspondants.

« L’initié de deuxième degré évoluera avec aisance dans le monde sans limites de l’espace et du temps. »9

Plus de limites, nous sommes là dans la toute-puissance, la finitude est vaincue. L’homme réceptacle de l’énergie infinie du Reiki devient dieu, il n’est plus tributaire d’aucune contingence ni d’aucun aléa.

Le Maître révèle alors ce que sont les symboles à l’adepte et lui indique comment s’en servir.

« L’initié pourra dissoudre dans le subconscient d’un sujet, des blocages qui, au niveau du mental, modifient les conditionnements résultant de nos expériences du passé.» 10

Et encore : « Par le traitement mental (appelé dans d’autres disciplines guérisons spirituelles) nous allons transformer les schémas mentaux du passé, négatifs et usés, qui continuent à régir notre comportement actuel, en schémas positifs ce qui supprime la raideur psychique caractéristique de la vieillesse intérieure. » 11

Il s’agit non seulement de croire en sa propre toute-puissance, lorsqu’on est branché sur l’énergie Reiki, qui somme toute, ne peut nuire qu’à l’individu lui-même. Cela relève d’un infantilisme narcissique des plus puérils, mais aussi de l’orgueil de penser pouvoir accéder à l’inconscient de son patient et avoir la capacité de modifier jusqu’à ses souvenirs. Il y a un risque évident d’intrusion et d’induction du pseudo-thérapeute envers son patient.

L’initiation effective se réalise par un travail constant de méditation sur les symboles. Relisons Guénon :

« Les symboles sont essentiellement un moyen d’enseignement, et non pas seulement d’enseignement extérieur, mais aussi de quelque chose de plus, en tant qu’ils doivent servir surtout de « supports » à la méditation, qui est tout au moins le commencement du travail intérieur : mais ces symboles, en tant qu’éléments des rites et en raison de leur caractère « non humain », sont aussi des « supports » de l’influence spirituelle elle-même. D’ailleurs si l’on réfléchit que le travail intérieur serait inefficace sans l’action ou, si l’on préfère, sans la collaboration de cette influence spirituelle, on pourra comprendre là que la méditation sur les symboles prenne elle-même, dans certaines conditions, le caractère d’un véritable rite, et d’un rite qui, cette fois, ne confère plus seulement l’initiation virtuelle, mais permet d’atteindre un degré plus ou moins avancé d’initiation effective. » 12

Les symboles et objets de cette initiation ont une influence spirituelle de par leur « consécration ».

« La consécration des temples, des images et des objets rituels a pour but d’en faire le réceptacle effectif des influences spirituelles sans la présence desquelles les rites auxquels ils doivent servir seraient dépourvus d’efficacité. »13

Il est recommandé au praticien d’être dans une indifférence quant au résultat ou à la souffrance de son patient pour être un bon canal. Sa compassion ou ses angoisses pourraient se communiquer et obscurcir l’action du Reiki. Les troubles du patient doivent traverser le corps du praticien sans être retenus. Les ondes nocives seraient évacuées dans le sol par les pieds, quand le praticien ne manifeste aucune tension.

= Le troisième niveau (Shinpiden), pour devenir Maître.

Maître, c’est-à-dire capable à son tour de transmettre les enseignements et les initiations du Reiki. Après une année de pratique cette initiation est donnée, mais à la discrétion du Maître.

Le Maître serait capable de charger l’énergie du Reiki, non seulement sur des personnes, mais également sur des objets, des lieux et des animaux.

Dai Ko Myô est un idéogramme représentant l’étoile Polaire, entre Soleil et Lune. Ce symbole sera donné au troisième niveau.

Par la suite ce symbole peut servir à envoyer de l’énergie sur quelqu’un à distance, à purifier une pièce, ou à protéger d’une influence négative.

De contaminé, au Reiki, le maître devient toujours plus contaminant.

Incantation

Les sons sacrés ou sons purs Kotodama sont appris en même temps que les symboles. Ils sont censés ouvrir la porte à une dilution de l’espace et du temps. L’énergie Reiki, appartient à une non-dualité décrite par Guénon, où les notions d’incarnation, d’espace, de temps, de différencié, de contraire sont abolies. Ces sons peuvent être prononcés à haute voix ou intérieurement. Mikao Usui, le fondateur du Reiki, aurait reçu ces sons dans une grande lumière qu’il traduisit ensuite en symboles.

Cette incantation n’a rien à voir avec la prière qui est une humble demande à Dieu ou une action de grâce, une louange pour lui rendre Gloire. Cette incantation est censée provoquer une illumination ou une réception automatique d’énergie dite spirituelle. Il y a une forte analogie entre les mantras du Reiki et ceux de la tradition hindoue ou le dikhr des traditions islamiques particulièrement Soufi. Ces répétitions incessantes provoquent des vibrations rythmiques ayant des répercussions somato-psychiques quasi automatiques.

Que dit Guénon :

« Le but final à atteindre est toujours la réalisation en soi de l’ « Homme Universel », par la communion parfaite de la totalité des états, harmoniquement et conformément hiérarchisée, en épanouissement intégral dans les deux sens de l’ « ampleur » et de l’ « exaltation », c’est-à-dire dans l’expansion horizontale des modalités de chaque état et dans la superposition verticale des différents états, suivant la figuration géométrique que nous avons exposée ailleurs en détail dans le symbolisme de la croix. »14

Nous voyons là que le symbolisme de la croix selon Guénon ne peut pas être confondu avec la réalité du supplice de la Croix vécu par Jésus-Christ, Croix qui est pour les croyants la source féconde de notre rédemption.

Expérience d’un praticien Reiki devenu Maître et initié au chamanisme

Voici le témoignage d’un homme, lié aux expériences d’hindouisme et de chamanisme ayant baigné son enfance, auxquelles s’est ajoutée une initiation Reiki. Ainsi, l’initiation Reiki est venue potentialiser le terreau du passé de cet homme dont la grand-mère était chamane.

  • « Après des heures de pratique, j’ai commencé à ressentir dans mes mains, les lieux que je devais harmoniser, comme attirées par des endroits du corps de mes patients. »
  • « Un jour, traitant une femme au niveau de son ventre, j’ai visualisé instantanément une mare de sang. Après le traitement cette femme m’a dit qu’elle avait subi un avortement. »
  • « En posant mes mains au-dessus de la région du cœur de cet homme, j’ai ressenti qu’il vivait une rupture. Ce qu’il m’a confirmé ensuite, il se séparait de sa compagne. »
  • « Quand je percevais la zone de tension, je prenais le mal de la personne et le soufflais très rapidement pour le rejeter. Parfois le patient demandait d’arrêter car il disait que j’allais trop loin. »

L’influence spirituelle a une origine non humaine

Les rites et les symboles qui transmettent l’influence spirituelle conférée lors de l’initiation sont d’origine non humaine.

« Le rôle de l’individu qui confère l’initiation à un autre est bien véritablement un rôle de transmetteur ; il n’agit pas en tant qu’individu, mais en tant que support d’une influence qui n’appartient pas à l’ordre individuel ; il est uniquement un anneau de la chaîne dont le point de départ est en dehors et au-delà de l’humanité. »15

Guénon ne s’interroge pas ici sur l’origine démoniaque ou luciférienne de ce type d’initiation, il se défend de vouloir rechercher des pouvoirs supra-normaux, mais il aboutit à une désincarnation, un au-delà de toute contingence.

« L’initiation doit avoir une origine non humaine, car, sans cela, elle ne pourrait en aucune façon atteindre son but final, qui dépasse le domaine des possibilités individuelles ; c’est pourquoi les véritables rites initiatiques, ne peuvent être rapportés à des auteurs humains, et, en fait, on ne leur connaît jamais de tels auteurs, pas plus qu’on ne connaît d’inventeurs aux symboles traditionnels, et pour la même raison ces symboles sont également non humains dans leur origine et dans leur essence… C’est pourquoi il ne peut agir en son nom propre, mais au nom de l’organisation à laquelle il est attaché et dont il tient ses pouvoirs… Cela explique que l’efficacité du rite accompli par un individu soit indépendante de la valeur propre de cet individu comme tel, ce qui est vrai également pour les rites religieux. »16

Effectivement Guénon établit des parallèles entre l’efficacité d’origine non humaine conférée à l’initié indépendamment de ses mérites à celles du prêtre catholique qui agit dans la Foi de l’Église. S’il y a analogie, il y a cependant une inversion de perspective.

Le dépassement des possibilités humaines n’est jamais sollicité dans la mystique chrétienne. Au contraire ceux qui ont reçu des faveurs mystiques, bilocation, lévitation, prémonitions ont demandé au Seigneur de ne plus les recevoir si telle n’était pas sa volonté. Or les puissances démoniaques s’ingénient à falsifier et à singer les authentiques faveurs mystiques.

Principales étapes liées à l’allégeance à cette influence spirituelle

Première étape. Extension indéfinie de l’adepte quant à sa perception du temps et de l’espace. Simultanéité et impression d’être partout et nulle part dissolvent la conscience d’être incarné dans un ici et maintenant.

Deuxième étape. Elle permet d’accéder à des états suprasensibles, de claire audition et claire voyance, permettant en « thérapie » d’accéder directement aux zones pathogènes et de les traiter par magnétisme, et, ou de procéder à des divinations sur le passé ou le présent par médiumnité.

Troisième étape. L’initié aurait atteint la non-dualité, un état inconditionné, affranchi de toute limitation spatio-temporelle. Mystère de désincarnation où l’adepte aurait acquis l’ultime délivrance, le nirvana, l’Adam Kadmon17…  

Voie initiatique versus voie spirituelle chrétienne

Dans la Foi, rien de sensible, de perceptible qui confirme automatiquement les avancées du cheminement spirituel.

À la différence du parcours chrétien dans le catéchuménat, qui demande d’adhérer de tout son être au kérygme et au Credo, l’initiation au Reiki ne nécessite aucune croyance particulière si ce n’est celle de croire à son énergie.

Les sacrements d’initiation : baptême, eucharistie, confirmation se reçoivent en toute gratuité et sans mérite, si ce n’est celui de croire fermement que dans ces sacrements la Parole de Dieu fait ce qu’elle dit. Dans l’initiation selon Guénon, il décrit que c’est l’individu qui a l’initiative de sa propre réalisation, comme pour le Reiki.

L’initiation a pour but de dépasser les états habituels de la condition humaine, d’atteindre des niveaux « supérieurs » de conscience en expérimentant une non-dualité, un Non-Être, ou un Sur-Être non déterminé, un au-delà de toute représentation humaine, de toute contingence, de toute limitation due à notre incarnation. Ceci n’étant pas le fruit de la grâce, comme pourrait le décrire saint Jean de La Croix à l’épreuve de sa nuit de l’esprit. Dans la montée au Carmel il décrit la voie qui conduit à l’union à Dieu : nada, ne rien désirer de sensible pour que soit accueillie la seule volonté de Dieu.

Pour Guénon cette union mystique est bien inférieure à la délivrance qui est une prise de possession d’un état suprême et inconditionné, et le Paradis des chrétiens une prison puisqu’il maintient les limites de l’individualité humaine. Comment ne pas faire d’analogie entre cette initiation désincarnée à laquelle aspire Guénon et la promesse luciférienne d’être à sa ressemblance porteur de lumière, falsification de la Lumière du Ressuscité ?

Cependant Guénon, qui n’est pas à un paradoxe près, incite l’adepte à se rattacher aux rituels de sa tradition d’origine. Ainsi il conseille aux catholiques de rejoindre les rituels et les messes de la Tradition. Guénon reste totalement silencieux dans l’ensemble de son œuvre si prolifique sur la personne de Jésus-Christ. De même rien n’empêche l’adepte du Reiki de continuer ses pratiques religieuses.

L’objectif de la vie spirituelle chrétienne est d’obtenir le Salut, la vie éternelle, et cette vie commence dès ici et maintenant. Cette vie éternelle se reçoit dans les sacrements et se concrétise dans notre conformité à réaliser la très Sainte volonté de Dieu. Elle ne peut être obtenue par des rituels initiatiques, nous ne pouvons infléchir la volonté de Dieu ou trouver l’ultime réalisation de notre être sans reconnaître Dieu Créateur et Sauveur.

Discernement

Nous sommes aux antipodes de la vie spirituelle chrétienne où le sacrement, n’est pas d’ordre symbolique mais a une efficacité intrinsèque pour le croyant : la Parole de Dieu fait ce qu’elle dit. La méditation chrétienne consiste à relire et relier la Parole Révélée dans la Bible, à l’actualité de notre vie hic et nunc, ici et maintenant, ayant pour objectif notre conversion.

L’influence dite spirituelle décrite par Guénon n’est pas identifiée.  L’initiation peut ouvrir à une influence spirituelle d’origine non humaine. Cette illumination que nous pouvons qualifier de démoniaque si elle a des effets concrets et de luciférienne si elle est d’ordre spirituel, a pour conséquence d’éloigner de Dieu, de Jésus-Christ et de son Église.

Mais contrairement à l’enseignement de la doctrine catholique où il est dit que c’est L’Esprit-Saint, bien identifié comme la troisième personne de la Sainte Trinité qui opère cette infusion spirituelle, dans l’initiation guénonienne cette influence spirituelle n’est pas identifiée.

La vie spirituelle dans la tradition catholique

Basile de Césarée nous donne une définition devenue traditionnelle : « L’Esprit est vraiment le lieu des saints et le saint est pour l’Esprit un lieu propre, puisqu’il s’offre à habiter avec Dieu et est appelé son Temple ».

C’est l’Esprit-Saint qui infuse et nourrit la vie spirituelle, notre corps est son temple. L’Esprit-Saint permet d’accueillir la Vie Trinitaire en nous et nous fait devenir par le baptême enfant de Dieu. Les sacrements, la Parole de Dieu et la vie fraternelle nous permettent de vivre de ce mystère qui se révèle dans notre vie spirituelle et dont nous n’aurons la pleine conscience que dans l’éternité. Cette vie de Dieu en nous, ne se prend pas, elle se reçoit. Elle n’est pas d’ordre psychologique, même si notre psychisme peut en constater les effets.

Cependant, saint Jean de la Croix et bien d’autres mystiques disent combien il est facile d’être leurré par la formation de fantasmes dans notre imagination, ou par l’illumination de fantasmes déjà présents dans notre imagination. Autrement dit il y a des fantasmes innés et des fantasmes acquis.

« Il n’est licite à aucune créature de sortir des bornes naturelles que Dieu lui a tracées pour sa conduite. Il a donné des limites naturelles et raisonnables à l’homme pour la conduite de sa vie. Il ne lui est donc pas licite de chercher à les franchir. Or, s’efforcer de savoir et de connaître par voie surnaturelle, c’est sortir des limites naturelles. C’est donc chose illicite et par conséquent cela déplaît à Dieu, car tout ce qui est illicite l’offense. »18

La cérémonie d’initiation peut opérer un terrain d’atterrissage aux fantasmes inhérents à une allégeance spirituelle particulière. Dieu laisse au démon une certaine liberté d’agir dans ces cérémonies d’initiation basées sur une forme de superstition. Il y a invocation consciente, mais souvent inconsciente, aux puissances obscures à chaque fois que l’on attend un effet spirituel quasi automatique.

Pour la tradition chrétienne à la suite de Jean, la vie spirituelle n’est pas l’objet d’une initiation virtuelle, d’une réception d’une lumière impersonnelle. La vie spirituelle, inspirée par le Saint Esprit donne de participer au mystère de la vie Trinitaire qui se révèle de manière très concrète, incarnée en Jésus-Christ, Verbe de Dieu qui se fait chair.

Bertran Chaudet

TÉMOIGNAGE. Voici, exprimée ici avec justesse, l’expression d’une vie spirituelle nourrie de la Rencontre avec le Christ, après des années d’errance dans des expériences gnostiques et énergétiques diverses. Nous ne pourrions trouver meilleure conclusion à ce petit exposé. On y perçoit une ouverture à la confiance retrouvée, et par grâce, à une Espérance et à une Foi renouvelées en Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie :

« Le secret du diable est un secret d’initiés. Il se transmet ou s’avoue telle une faute. Il n’a rien d’aimant, c’est une puissance néfaste qui crée la séparation entre celui qui sait et celui qui ne sait pas, afin d’établir un rapport de force, de domination, d’emprise, de pouvoir, dissimulé sous forme d’autorité fausse ou de sagesse immorale.

Le secret de Dieu, c’est quand Il parle à l’âme dans le secret, c’est-à-dire dans le lieu le plus intime, inaccessible à autrui. La chambre haute. Cet échange transmet alors un Amour secret par essence, parce qu’il est indicible avec nos mots humains.

Ce que Satan cache, tend à exclure, priver l’âme de quelque chose, en vue de la duper. Il maintient l’âme éloignée de la Vérité, titille son imaginaire, la pousse à de mauvaises interprétations et attise sa curiosité toujours plus grande, creusant une soif toujours plus mortelle pour elle. Ainsi détournée de Dieu, elle s’accroche au vide que Satan présente comme consistant, et devient esclave.

Ce que Dieu cache, il le fait par pudeur et par respect. Son but n’est pas d’exclure ni de priver l’âme, mais de la laisser libre et ne pas l’étouffer dans sa fragilité par un excès de Lumière. Il fait ainsi preuve de patience et d’humilité pour se révéler à une âme, son enfant. Il l’appelle sans l’aliéner, la séduit en vue du bien.

Enfin, il en est de même pour les mystères.

Les mystères de Satan ne sont qu’intrigues, formes de magies et d’illusions, dont on a plus ou moins tôt fait de goûter l’aspect falsifié et truqué. L’âme en ressort blessée, étourdie et sans repères.

Les mystères de Dieu ne créent pas d’intrigues. Ils sont une manifestation de sa grandeur, qui dépasse l’entendement. Ils n’ont rien à prouver, ils n’incitent personne à les percer. Leur puissance divine provoque immédiatement chez l’homme une forme d’abdication et de saine soumission, le dissuadant de chercher à comprendre et élucider les mystères, et l’invitant plutôt à les contempler. L’âme en ressort grandie, nourrie et pleine d’assurance ». L.

Relisons Saint Jean :

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nos mains ont touché, du Verbe de vie, car la Vie a été manifestée, et nous l’avons vue, et nous lui rendons témoignage, et nous vous annonçons la Vie éternelle, qui était dans le sein du Père et qui nous a été manifestée ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit complète. Le message qu’il nous a fait entendre, et que nous vous annonçons à notre tour, c’est que Dieu est lumière, et qu’il n’y a point en lui de ténèbres. Si nous disons que nous sommes en communion avec lui, et que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne pratiquons pas la vérité. Mais si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus [-Christ], son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1, 1-7).

L’article du Catéchisme de l’Église catholique concernant ces pratiques est simple et clair :

« Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie, par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, fût-ce pour lui procurer la santé, sont gravement contraires à la vertu de religion. »19

Notes

1Oswald Wirth (1860-1943) a été le secrétaire de Stanislas de Guaita, occultiste, cofondateur avec Joséphin Peladan de l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix dans lequel fut initié Guénon.

2Dans Lexique des symboles maçonniques, « Que sais-je ? », PUF, Paris, 2014, Roger Dachez et Alain Bauer introduisent ce livre : « En publiant dès la fin des années 1890, en volumes successifs sa célébrissime série, La franc-maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes (I. L’Apprenti, II. Le Compagnon, III. Le Maître) puis Les mystères de l’art royal, Wirth assurera pendant plus de quarante ans un véritable magistère des études de symbolique maçonnique à la direction de sa revue justement nommée Le Symbolisme (fondée en 1912) ». Voir Initiation maçonnique, initiation chrétienne, site sosdiscernement.org

3Nicolas Hulot Frédéric Lenoir, D’un monde à l’autre Le temps des consciences Ed Fayard 2021

4Les Rose-Croix, entretien avec Frédéric Lenoir | Rose-Croix.org

5Ib. p.39

6 René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Paris, Éditions Traditionnelles. p.34.

7 Voir Initiation maçonnique, initiation chrétienne, site sosdiscernement.org

8Cf. 2 Co 11, 14 : « Satan lui-même se déguise en ange de lumière ».

9 A. Prouzet, Manuel des praticiens du reiki traditionnel, Ed. Recto Verseau, 1997, p. 5.

10Ib. p. 16.

11Ib. p. 110.

12René Guénon, Aperçus sur l’initiation, Paris, Éditions Traditionnelles. p. 199-200.

13Ib. p. 59 note 2.

14Ib. p. 169

15Ib. p. 58

16Voir Initiation maçonnique initiation chrétienne. sosdiscernement.org

17Adam Kadmon, l’homme primordial est, dans la Kabbale, le royaume spirituel que tout homme pourrait atteindre dans sa quête initiatique ; il serait la plénitude de l’être au-delà de toute contingence.

18Saint Jean de la Croix, La montée du Carmel, Œuvres complètes, Éd. du Cerf, déc. 2000, p. 725.

19Catéchisme de l’Église catholique, « Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi », n° 2217.

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