Les nouvelles formes de dérives sectaires et les gourous d’Internet dans le viseur des députés

Un article rédigé par L.D. avec la rédaction – RCF, le 13 février 2024  –  Modifié le 13 février 2024

Les gourous 2.0 sont dans le viseur des députés ce mardi 13 février. Alors que les signalements ont doublé entre 2015 et 2021, une proposition de loi doit être examinée pour renforcer la lutte contre les dérives sectaires, notamment sur internet, devenu un point d’entrée simplifié vers les sectes.

Pas moins de 4020 signalements en 2021. Depuis 2015, les signalements pour dérives sectaires explosent. En cinq ans, elles ont augmenté de 86% selon la Miviludes, avec un pic au moment de la pandémie de Covid. “La pandémie a nettement déstabilisé beaucoup de personnes. Il me semble que les groupes sectaires qui existaient déjà ont bénéficié de l’apport des membres qui sont tombés dans le complotisme”, commente Marie Drihlon, vice-présidente de l’Unadfi, association qui lutte contre les dérives sectaires

Internet, accélérateur de l’emprise sectaire

Au-delà du contexte anxiogène, le porte-voix qu’incarne Internet a facilité l’accès aux gourous et aux groupes sectaires. “Avec le développement d’Internet, les gourous viennent chez vous”, constate Marie Drihlon, qui s’inquiète de cette hausse des signalements. Elle invite d’ailleurs chacun à être vigilants aux “indices” de l’emprise sectaire comme un discours complotiste ou antisystème, une rupture sociale et avec la société. 

L’autre conséquence de la pandémie et de la défiance envers le monde médical et les vaccins, c’est la multiplication des cas de dérives sectaires en lien avec la santé, le soin et le bien-être psychologique.”Nos sociétés ont été pénétrées par une injonction au bien-être”. estime Marie Drihlon. “Résultat, cela a permis le développement d’un vrai business avec une pratique souvent infondée et parfois dangereuse”, ajoute-t-elle. Cela se constate avec l’apparition de coachs en tous genres, notamment de pasteurs évangéliques qui s’autoproclament coachs de vie et ne se cantonnent plus uniquement à faire de l’accompagnement spirituel et religieux. 

Les dérives sectaires en lien avec la santé en ligne de mire

Pour prévenir ces dérives et condamner les gourous, la loi examinée à l’Assemblée prévoit de créer un délit de provocation à l’abandon de soins. Il serait puni de trois ans de prison et de 45.000 euros d’amende, si elle est suivie d’effets sur la santé. Un article intéressant et essentiel selon la vice-présidente de l’Unadfi, pour qui “le risque n’est pas de prendre des pilules ou des tisanes, mais plutôt de perdre des chances de guérison avec l’arrêt des soins”.

Elle salue également la disposition concernant “les pratiques d’assujettissement, qui même sans conduire à la mort, peuvent prendre la main complète sur la personnalité d’une personne et de sa vie”. L’article 1 prévoit en effet de punir de trois ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende le fait de placer ou maintenir une personne dans un état de sujétion psychologique ou physique ayant notamment pour effet de causer une altération grave de la santé physique ou mentale. 

Ostéopathe et manipulateur

Antonino Mercuri est-il le guérisseur et ostéopathe respectable du tout Paris, connu pour sa clientèle aisée ou un gourou manipulateur? Mis en examen pour escroquerie, cet homme de 56 ans est soupçonné de pratiques illégales par des familles d’anciens patients. Elles dénoncent un dangereux travail d’emprise…

« J’ai élevé mon fils avec la parentalité positive et je culpabilise de ce qu’il impose aux autres »

Un article témoignage intéressant sur l’envers de l’éducation dite « positive » qui dénonce bien le cercle vicieux dans lequel elle entraine les parents et les enfants : culpabilisation, courses aux « recettes toutes faites », surconsommation de livres sur le sujet, difficultés sociales de l’enfant concerné, perte de la spontanéité dans le lien parent/enfant (tout est pensé, analysé, décortiqué, discuté…) ….


Quand Joris* est devenu père, il s’est appuyé sur des méthodes de parentalité positive pour éduquer son fils. Aujourd’hui « un peu au bout du rouleau », voici ce qu’il aurait aimé qu’on lui dise avant de se lancer.

TÉMOIGNAGE – Avant que ma femme ne tombe enceinte de notre premier enfant, je ne m’étais jamais posé de questions sur les différentes méthodes d’éducation. Petit à petit, entre les recommandations de livres et les recherches sur internet, j’ai découvert le vaste monde des conseils en parentalité. Lire aussi L’éducation positive « est une forme d’emprise un peu sectaire », selon l’autrice de BD Emma

Dans l’ensemble, les enseignements soulignaient l’importance d’accompagner le développement de son enfant en fonction de ses besoins et de l’éduquer sans violence, ce à quoi nous avons évidemment adhéré. La plupart des contenus qui nous semblaient pertinents se réclamaient de l’éducation positive.

L’envers du décor de la parentalité positive

Certains conseils étaient très précis (le fameux « il ne faut pas dire non », l’utilisation d’un timer…), d’autres étaient un peu plus vagues. Ce qui ne correspondait pas à cette méthode éducative était presque toujours présenté comme violent, inefficace ou inadapté au regard des nouvelles connaissances scientifiques.

Au gré des « techniques » de parentalité piochées sur les réseaux sociaux, la parentalité positive est devenue notre mode d’éducation principal presque sans le vouloir. Avec ses qualités, mais aussi ses écueils, dont j’aurais aimé qu’on me parle plus tôt. Aujourd’hui, mon fils aîné a 4 ans et demi et je voudrais parler de l’envers du décor. De tout ce que l’éducation positive peut avoir de négatif et culpabilisant, et dresser un bilan de ma vie de parent un peu au bout du rouleau.

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« Bienvenue au monastère »

Vendredi 12 janvier 2024 a été diffusé sur C8 le premier épisode de l’émission de téléréalité « Bienvenue au monastère ». Le concept : six personnalités publiques filmées pendant une retraite spirituelle en silence dans un couvent catholique en Corse.

Le choix des communautés religieuses apparaissant dans l’émission interroge

L’article d’Héloïse de Neuville dans La Croix

L’article de Bernadette Sauvaget et dans Libération

Le thread de Natalia Trouiller sur Twitter

Mise à jour le 9 février :

La réaction de Sr Anne Lécu sur le site de La Croix le 7 févr. : « Mensonge, emprise, scandale » : une religieuse étrille l’émission « Bienvenue au monastère »


Des questions à se poser…

C’est durant le carême 2023, alors que la Communauté Saint-Jean parachevait le Rapport sur son fondateur et sa fondation (intimement liés), que le tournage avait lieu comme la couleur des ornements liturgiques l’atteste.

Cette émission de voyeurisme spirituel, pire que le charnel, où l’on verse des larmes scénarisées et rémunérées, doit être dénoncée et pas seulement par les très nombreuses victimes de la Communauté des Béatitudes et de la Communauté Saint-Jean.

Le pouvoir des très belles images de l’émission va influencer les jeunes. Allons-nous laisser ces deux communautés de faux-frères recevoir des novices ? Aurions-nous l’intention d’alimenter le vivier des victimes ?