Famille de Nazareth : 25 ans dans une secte

Un témoignage fort intéressant et riche qui décrit parfaitement l’emprise du gourou sur ses adeptes (en deux parties).


Solène nous raconte son histoire au sein du groupe sectaire « La Famille de Nazareth » où elle y a passé les 25 premières années de sa vie.

Livre disponible de Solène sur son parcours: La caresse qui claque

Daniel Blanchard, 83 ans, a été mis en examen et placé en détention provisoire le 15 juin 2023.

Dérives sectaires : humiliations, sexe… la Famille de Nazareth, 40 ans de sévices et l’ombre d’un gourou

Adeptes, de l’emprise à la déprise

En matière de dérives sectaires, sortir de l’emprise est un processus compliqué, lent et douloureux. Très peu documentée, rarement racontée, cette exfiltration représente des années d’efforts, de combats et de rechutes.

À travers le récit de cinq anciens adeptes, le film retrace ce parcours de la déprise. Vers qui se tourner lorsqu’on a coupé les ponts avec sa famille, ses amis, ses collègues ? Comment s’arracher à sa propre identité construite quand notre cerveau nous colonise de l’intérieur ? Et quel secours les services de police spécialisés ou la justice apportent-ils dans cette longue épreuve de reconstruction ?

Visionner la vidéo : https://www.arte.tv/fr/videos/110231-000-A/adeptes-de-l-emprise-a-la-deprise/ Elle reste en ligne jusqu’au 5 décembre 2023.

En matière de dérives sectaires, comment sort-on de l’emprise ? Entre vertigineuse solitude et renaissance, les bouleversants récits croisés de victimes qui témoignent de la descente aux enfers et de la lutte pour s’arracher à la sujétion.  

Nicolas est né au sein d’une famille de Témoins de Jéhovah. Retraçant son conditionnement, il raconte ses terreurs enfantines nourries par les mises en garde contre le « monstre Satan » et ses démons, sa différence moquée à l’école et sa descente aux enfers à l’adolescence, avant l’arrachement familial à 22 ans puis la lente reconstruction. Abusée, comme Yohann, par les valeurs vaguement humanistes de l’Université de la nature et de l’écologie de la relation lors d’un stage au Maroc, Julie, elle, s’est laissé embarquer pendant six ans dans un funeste engrenage. Lequel l’a conduite jusqu’en prison, début de sa déprise. Pour David et François, tout a commencé par de banales séances de kung-fu au parc de La Villette, avant la dérive au sein des Guerriers de lumière une décennie durant. Tous racontent, émotion encore à fleur de peau, les étapes de l’emprise et les mécanismes de la manipulation, qui les ont plongés au coeur noir de ces mondes parallèles. Comment, dès lors, ces victimes ont-elles réussi à s’échapper pour se réapproprier leur vie ? « Sortir de l’emprise, c’est accepter de faire table rase, de tout détruire… » Main tendue de l’entourage, dessillement du regard et rupture parfois appuyée par de salvatrices procédures judiciaires : se défaire de la sujétion psychologique relève d’un long et douloureux processus. « La déprise, insiste David, c’est ultraviolent. Tu es seul. »


Sortie des ténèbres

Retraçant leur parcours avec une touchante lucidité, ces anciens adeptes, qui se sont pour certains égarés à trop vouloir sauver l’humanité, ont fait preuve de ressources intérieures et d’une remarquable force de vie pour briser leurs chaînes. Mais s’ils n’occultent rien de l’aveuglement et des épreuves traversés, leur sortie des ténèbres se révèle aussi porteuse d’espoir. Entrelaçant le récit de leur expérience et des séances en immersion à la Caimades (Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires) auprès de professionnels et de policiers à l’écoute, Karine Dusfour, évitant l’écueil du fait divers lié au sujet, interroge aussi les dimensions politiques et sociétales de la déprise, dont l’accompagnement pâtit d’un cruel manque de moyens, en esquissant des voies pour lutter contre ce fléau, qui peut frapper tout un chacun.

Ce à quoi une secte peut aboutir

47 membres d’une secte retrouvés morts de faim après avoir jeûné pour « rencontrer Jésus »

Le Messager, par Luc Monge

47 corps de fidèles, probablement morts de faim, c’est la terrible découverte des autorités au Kenya dans le cadre d’une enquête sur une secte. Ils auraient été poussés par le gourou à jeûner pour « rencontrer Jésus ».

Au Kenya, la police a découvert 47 corps morts de faim, dans une secte oùle gourou avait appelé les fidèlesà jeûner pour aller à la rencontre de Jésus.

Un nouveau et terrible drame sectaire

Deux enfants étaient morts de faim, le mois dernier dans cette secte l’Église Internationale de Bonne Nouvelle (Good News International Church) au Kenya. Ce qui avait provoqué l’arrestation du gourou Makenzie Nthenge. Qui avait été relâché après s’être acquitté d’une caution de 100 000 shillings kényans (environ 670 euros).

La semaine dernière, la police, renseignée, d’après ce qu’ont indiqué les autorités locales à l’AFP, par des informateurs anonymes alertant sur des personnes « mortes de faim sous prétexte de rencontrer Jésus après avoir subi un lavage de cerveau par un suspect, Makenzie Nthenge, pasteur de l’Église Internationale de Bonne Nouvelle », sur une possible fosse commune, est de nouveau intervenue dans une forêt de l’Est du pays. Y découvrant quatre personnes décédées.

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LIRE L’ARTICLE DE LA CROIX : Comment prévenir les dérives sectaires en Afrique ?

Sortie de secte

Introduction

Conférence donnée au colloque de la FECRIS 10 juin 2022 La vie après la secte, aide aux victimes et resocialisation, par Isabelle Chmetz et Diego Lichelli

Nous sommes tous les deux des ex adeptes, pas des victimes, pas des naïfs. Nous avons vécu l’expérience d’être adeptes d’une secte, nous l’avons ensuite pensé, travaillé, intégré et c’est depuis cet endroit que nous parlons.

Nous faisons partie de l’Association genevoise d’Ethnopsychiatrie en Suisse (AGE) au sein de laquelle nous intervenons en tant que co-thérapeutes.

Nous sommes le produit d’une expérience qui aurait pu complètement nous détruire et face à laquelle nous avons été contraints de développer une pensée, une expertise.

C’est depuis cette position d’experts que nous venons aujourd’hui vous parler de notre dispositif de consultation. Notre présentation comportera 3 parties :

  • Passer d’un monde à l’autre: de l’effraction au vécu de transformation
  • Méthodologie de la consultation pour victimes de dérives sectaires
  • Recommandations aux personnes accompagnant les sortants de sectes

Isabelle

J’ai vécu 17 ans dans une communauté évangélique fermée et sectaire, entrée à 18 ans et sortie à 35 ans. Je connais bien, pour les avoir vécues, les nombreuses difficultés rencontrées à la sortie. Après une brève période de sentiment de liberté, je me suis retrouvée perdue, ne sachant plus qui j’étais, sur quelles valeurs je pouvais m’appuyer, vivant une grande solitude, un sentiment de gâchis, de la honte, de la culpabilité et de périodes de grandes angoisses.

Sans diplôme ni profession à la sortie, j’ai effectué à Genève plusieurs formations. La plus conséquente était un bachelor en travail social. Cela faisait dix ans que j’étais sortie de la communauté, et j’ai choisi comme thème de travail de recherche de fin d’études, d’étudier en profondeur les difficultés rencontrées par des personnes étant sorties de sectes et de leur devenir. Suffisamment de temps était passé et j’ai, dans ce contexte d’étude, pu ouvrir cette page.

C’est dans ce contexte que j’ai eu l’occasion d’effectuer un stage au Centre Georges Devereux à Paris. Reconnu dans l’aide apportée aux personnes migrantes, ce Centre avait à l’époque et sur mandat ministériel, ouvert une consultation spécifique pour personnes sortantes de sectes. L’immersion dans ces consultations, les échanges avec le thérapeute principal et les co-thérapeutes, en ont fait un stage riche qui m’a donné beaucoup de matériel pour réaliser mon travail de bachelor. Mais ce stage et ce travail de recherche m’ont aussi donné des réponses déterminantes pour penser mon histoire et me remettre debout.

En 2005, s’en est suivi la mise sur pied de la consultation genevoise pour personnes victimes de dérives sectaires. Elle est le produit d’une rencontre entre la dresse Franceline James, psychiatre, psychothérapeute, praticienne en ethnopsychiatrie pour personnes migrantes à Genève, et moi-­même.

Cette consultation spécifique a été constituée dans la conjonction de ces deux expertises.

Parallèlement à cela et professionnellement, après plusieurs fonctions en lien avec ma formation sociale, j’ai dirigé durant une dizaine d’année un Centre d’accueil pour personnes victimes de violences conjugales.

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Chindaï et emprise mentale

"Je t'ai fracassée"... Il aura suffi de quatre mots, assénés avec un sourire narquois, à un moment crucial de ma vie, après quatre ans de flou, pour que les fêlures et failles deviennent des abysses. Des abysses qui ont laissé passer une lumière si grande, que je ne pouvais plus ignorer les parts d’ombre qui me faisaient m’interroger depuis quelque temps déjà...
Témoigner sur l’emprise mentale est une démarche difficile.
D’abord parce qu’il faut revenir sur cet épisode de sa vie, ce qui nous conduit d’une certaine manière à le revivre. Également, parce que ce n’est pas quelque chose de flatteur, et qu’en général, on a tendance à vouloir laisser derrière ce qui nous a blessés. Enfin, dans le cadre de l’emprise, il faut savoir qu’il y a une part de risque sur les représailles encourues.
Mon témoignage à visage découvert, cinq ans après l’avertissement reçu à ma sortie (« Fais bien attention à ce que tu fais »), est le fruit d’une longue réflexion nourrie par plusieurs invitations à témoigner sur cette expérience trop souvent méconnue et mal comprise car peu relatée.
Comme il faut comprendre l’avant pour comprendre l’après, voici une brève idée de mon profil.

Témoignage

Issue d’un foyer assez classique, d’un père agnostique et d’une mère très croyante, partageant des valeurs de servi- ce, j’ai grandi avec la notion de mission et de dévouement. Orpheline de père jeune adulte, j’ai été fragilisée par la perte brutale de celui qui était mon repère et mon protecteur. A sa mort, ayant à cœur de vivre des choses authenti- ques, je saisis l’opportunité de vivre à l’étranger, au service d’une cause qui m’est chère : l’œcuménisme, en Ukraine, et ce pendant trois ans.

A mon retour d’Ukraine, j’ai continué à servir cette cause en Belgique. Après six ans de loyaux services satisfaisants de part et d’autre, arriva un tournant. C’est là, vulnérable, que je fis cette mauvaise rencontre qui changea le cours de ma vie.

Le cadre de la rencontre avec cette personne en charge de me recruter est révélateur et important, car c’est tristement un religieux en qui j’avais confiance qui me l’a présentée. Je ne me suis donc pas méfiée. Cela pose la question de la responsabilité de la recommandation. La personne en question semblait enjouée, sérieuse, et convaincue de son propos sur cette association. Basée à Perpignan, présentée comme étant à vocation humanitaire avec un fonds d’interreligieux, elle prône « un retour à des valeurs élevées » et met en avant un outil dit de non-violence : le « CHINDAÏ », dont est dérivée « une méthode d’éducation à la non-violence ».

Étant à un tournant, ayant besoin de nouveauté, je pris le pas d’essayer ce qui paraissait anodin et inoffensif. La directrice m’a rapidement laissé entendre au stage que je pouvais jouer un beau rôle dans leur association, que j’y avais ma place, que je pourrais m’y développer. Comme ma mission pour l’Ukraine prenait fin, et comme de surcroît je pensais avoir rencontré l’amour au sein de ce mouvement, l’étau s’est resserré, et je fus piégée sans même m’en rendre compte.

Ce grand bouleversement me fit passer le personnel pour la première fois de ma vie devant le professionnel. Je suis donc partie au Canada, rejoindre dans son pays, « S », celui qui allait devenir mon mari et le père de mon fils.

Au fur et à mesure, on me confiait des missions (bénévoles bien sûr) de plus en plus importantes, on me mettait de plus en plus dans le secret des arcanes. Il faut savoir que dans toute secte il y a des niveaux et des cercles. Des ni- veaux de compétences et des cercles de confidentialité. Au plus on monte, au plus on est au fait des grands secrets : de connaissance, du « programme » et « du plan ». Les sectes ayant une nature en général ésotérique, il est souvent question de connaissance supérieure et d’accès à des mondes parallèles.

Toutefois, la connaissance qui m’était présentée ne m’intéressait pas plus que cela, car j’étais déjà habitée par une foi profonde qui me suffisait. En outre, elle était en contradiction avec celle que j’avais portée dans mon cœur depuis petite.

Les trois points qui ont fait grandir en moi les doutes, et les failles causées par certaines incohérences (notamment les « montagnes russes » : éloges et réprimandes publiques à l’encontre de certains membres, en public toujours) n’étaient pas d’ordre intellectuel mais émotionnel.

Comme la raison est souvent hypnotisée, seul le cœur, aussi anesthésié soit-il, peut un jour déclencher le rejet de l’emprise. Tous les spécialistes le disent : c’est au cœur du cœur que survit et jaillit la conscience de la vérité. Si vous connaissez de potentielles victimes d’emprise mentale (pervers narcissique ou sectes), parlez à leur cœur, sans asséner vos vérités, mais en leur posant des questions et en leur témoignant simplement votre amitié, votre amour, votre soutien…

Voici les trois points :

Foi : Premièrement, je ne pouvais pas accepter l’idée assénée qu’il y ait plusieurs maîtres ; car pour moi, chrétienne, le seul messie est Jésus. Je crois en Dieu, je n’ai pas de maître à penser et crois viscéralement au droit de ma liberté de conscience, comme en celle d’autrui.

Plan de vie : Deuxièmement, je refusais le journal des mauvaises nouvelles, qui a vocation à nous enfermer dans la conviction de l’avènement proche de la fin du monde. J’ai un trop grand instinct de vie.

Finances : Enfin, comme il s’agissait de me faire lever des fonds pour l’association, j’ai commencé à légitimement poser des questions sur les entrées, les sorties, sur les histoires des vies que nous changions positivement par les fonds perçus. La destination des fonds restait opaque, on ne me parlait que d’une personne au Brésil dont la vie était améliorée, aucune présentation des comptes n’était faite à l’écrit, même aux A.G. Si les objectifs d’entrée étaient bien chiffrés, les sorties étaient du plus grand flou.

Deux poids, deux mesures. Voilà le début de la faille. Le double langage, l’écart entre le discours et l’action. Notez l’un, observez l’autre.

Je compris progressivement que l’on me manipulait pour m’éloigner de mon ex-mari, car les couples n’étaient pas censés être autorisés. Évidemment … A deux on est plus forts ! Mais c’est sans compter la nature humaine, l’instinct, pour ne pas dire le cœur. J’étais très loin de me douter de ce qui se tramait dans mon dos, sans doute depuis le début. J’étais devenue trop gênante. Je posais trop de questions, j’en faisais trop à ma tête et risquais d’en éveiller d’autres.

Quittée du jour au lendemain avec un bébé de 13 mois, je vis la directrice, chez elle, à son bureau, prendre un malin plaisir à signer son forfait – car tout malfrat veut tirer la gloire de son coup. Il veut signer son œuvre, il révèle à la victime que c’est lui le bourreau.

En entendant ses paroles à mon égard, abasourdie, « je t’ai fracassée », je vis tout le film des quatre dernières années se dérouler à l’envers, et toutes les questions trouver réponses.

A ce moment, je comprends le puzzle. Je comprends la supercherie. J’ai mal. C’est un cauchemar. Comment ai-je pu me tromper à ce point ? Être aveugle à ce point ? Comment personne n’a rien vu, rien dit sinon ma mère ? Pourquoi suis-je assise, là, devant quelqu’un qui a ruiné des années de ma vie ? Et la suite… quelle sera-t-elle ? Et mon tout petit … ?

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