Rebirth et hyperventilation

Bertran Chaudet

Rebirth veut dire renaissance en anglais. Peut-on renaître deux fois ? C’est la question fondamentale de Nicodème à Jésus.

Naissance de la méthode

Cette méthode est née dans les années 60, sous l’influence de Leonard Orr. Dans une interview au magazine «Psychologies», il livre quelques clés de l’origine de sa méthode : « J’avais été attiré par la spiritualité dès mon adolescence, notamment par les yogis et leurs techniques de respiration qui, disent-ils, permettent d’accéder à l’immortalité. » 1 2 Ces techniques se retrouvent notamment dans le pranayama ou yoga respiratoire. Orr fait référence également à l’énergie du Chi Qong. C’est dire qu’il se situe résolument dans une anthropologie orientale revue à la sauce New Age. « C’est cette extraordinaire fluidité des mouvements qui permet de faire circuler l’énergie en soi et autour de soi. »

Il relate ses premières expériences dans sa baignoire où il reste plus d’une heure, et expérimente alors un relâchement de son corps, un vagabondage de son esprit qui, dit-il, lui « fait dépasser ses limites habituelles ». Il vit alors un rêve éveillé, avec des sensations physiques et émotionnelles intenses. Ces conditionnements régressifs, lui permettent de retrouver des souvenirs de sa petite enfance, des traumatismes oubliés qui lui permettent une transformation qu’il a nommée rebirthing.3

Toutes les expériences sont possibles dans ces années soixante. Orr systématise son expérience dans des baignoires californiennes. Une personne est totalement immergée, avec un tuba permettant de réaliser des respirations contrôlées, en fait des techniques d’hyperventilation, tandis qu’une autre la soutient pour permettre une sensation d’apesanteur. Effectivement une expérience si régressive qu’elle rappelle les sensations d’un fœtus dans le ventre de sa mère.

Leonard Orr affine ensuite sa méthode, en sortant de l’eau, et en induisant des états modifiés de conscience par la modification des rythmes respiratoires.

L’hyperventilation est provoquée et contrôlée par le flux incessant de l’inspir et de l’expir sans pauses, et augmentée insensiblement durant une heure, jusqu’à une perte de contrôle respiratoire.

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La méditation et la pleine conscience, bien qu’elles puissent être bénéfiques, ont un côté sombre que nous négligeons souvent

Article de Cyril Renault sur le site de Ouest-France, repris lui-même d’un article en anglais de Miguel Farias, Associate Professor in Experimental Psychology, Coventry University, publié sur le site The Conversation

La pleine conscience : un remède en apparence idéal

La pleine conscience, pratique que l’on peut exercer gratuitement à la maison, est souvent perçue comme le remède idéal contre le stress et les troubles de la santé mentale. Il s’agit d’un type de méditation d’origine bouddhiste, qui consiste à porter une attention consciente à ce que l’on ressent, pense et perçoit dans l’instant présent.

Des racines anciennes et des effets secondaires déjà observés

La première trace écrite de cette pratique remonte à plus de 1 500 ans. En Inde, un texte attribué à la communauté bouddhiste, le Dharmatrāta, décrit différentes formes de méditation, ainsi que des symptômes pouvant survenir après leur pratique : dépression, anxiété, troubles cognitifs, épisodes psychotiques, dissociation ou encore dépersonnalisation — cette dernière se manifestant par l’impression que le monde est « irréel ».

Une montée en puissance de la recherche scientifique

Au cours des huit dernières années, les recherches sur les effets de la méditation se sont intensifiées. Les résultats montrent que les effets indésirables ne sont pas rares.

Une étude menée en 2022 auprès de 953 personnes méditant régulièrement aux États-Unis a révélé que plus de 10 % d’entre elles ont connu des effets négatifs importants sur leur quotidien, durant au moins un mois.

Une analyse portant sur plus de 40 ans de publications scientifiques, parue en 2020, a mis en évidence les effets indésirables les plus fréquents : anxiété, dépression, symptômes psychotiques ou délirants, dissociation, dépersonnalisation, mais aussi peur ou terreur.

Ces effets peuvent survenir même chez des personnes sans antécédents psychiatriques, parfois après une exposition modérée à la méditation, et peuvent être durables.

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Le business des croyances en entreprise

Le milieu du travail semble a priori trop “sérieux“ pour véhiculer des idées qui n’auraient pas leur utilité, des outils qui n’apporteraient pas de résultat tangible. Et pourtant ! Les pratiques de l’ordre de la croyance, sans fondement solide, y sont omniprésentes ; des métiers de la tech à ceux de l’industrie ou de l’accompagnement.

Astrologie pour recruter, tests de personnalité pour mieux manager les équipes, coaching pour gagner en efficacité, chamanisme pour déterminer les grandes orientations de l’entreprise ou encore méditation obligatoire… Les plus grandes entreprises, les institutions étatiques et même les agences de recherche d’emploi y ont recours en masse. Mais ces “solutions“ profitent-elles vraiment aux travailleurs et travailleuses, permettent-elles d’augmenter les performances ou la qualité de vie au travail ?

En juin 2023, j’échangeais avec Camille Lin, la créatrice du podcast “Panser l’entreprise“, sur les croyances qui s’imposent actuellement au travail. Basée à Montréal, elle est consultante en prévention des risques psychosociaux et mène une réflexion opiniâtre sur les moyens de réduire la souffrance au travail en s’appuyant sur des données et des outils solides.

Attention : notre conversation, garantie sans langue de bois, risque fort de vous retourner le cerveau. J’espère qu’elle donnera envie aux décideurs en management, ressources humaines et formation de se détourner d’offres de service décidément inutiles et souvent problématiques !

Comment l’astrologie s’immisce-t-elle dans le processus de recrutement ? Quels sont les effets de la méditation et pourquoi est-elle proposée en entreprise ? Qu’est-ce que le chamanisme corporate ? Les tests de personnalité permettent-ils de mieux manager les équipes ? Peut-on se fier au coaching en entreprise ? Cette conversation explore toutes ces questions !

Écouter le podcast de metadechoc.fr sur cette page

Avec Élisabeth Feytit et Camille Lin, consultante en prévention des risques psychosociaux

L’ennéagramme, une dérive sectaire qui a ses entrées chez Fleury Michon

Fleury Michon a-t-il utilisé des méthodes proches des dérives sectaires lors de stages de management proposés dans le cadre de ses formations internes ? La Miviludes, organisme public de lutte contre les dérives sectaires, alerte sur les dérapages constatés en France lors de stage d’ennéagramme, une méthode utilisée lors de stages de développement personnel chez Fleury Michon

Tout a commencé en 2022 lorsque des élus CGT de Fleury Michon, spécialiste vendéen de la charcuterie emballée et des plats cuisinés, ont été alertés par une personne extérieure à l’entreprise sur une technique employée lors de stages destinés aux cadres. 

Cette personne évoque l’Ennéagramme, un nom que les élus du CSE ont effectivement remarqué dans le catalogue des formations de Fleury Michon, mais sans s’en inquiéter.

Des stages de développement personnel

Ces mêmes élus, tombent également quelque temps plus tard sur une enquête menée conjointement par trois journaux satiriques (et d’investigation) locaux, La Lettre à Lulu (Loire-Atlantique), Le Sans Culotte (Vendée) et La Topette (Maine-et-Loire), qui publient une série d’articles dans lesquels ils évoquent le recours à une méthode de développement personnel aussi fumeuse que dangereuse : l’ennéagramme.

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Et fouette coaché !

D. Auzenet

Un Colloque international sur « Les visites apostoliques et canoniques en mondes séculier et régulier, ministère de vigilance », organisé par Talenthéo1, s’est tenu à l’Institut Catholique de Paris les 8 et 9 mars 2024.

En prévision du Colloque, on peut entendre et lire Béatrix de Bréauté (directrice de l’Institut Talenthéo2).

Louis Daufresne sur Radio Notre-Dame3, présente ainsi l’interview que vous pouvez écouter : « Que faut-il entendre par un ministère de vigilance ? La question intrigue. Le mot vigilance fait penser aux alertes météo. De quel orage s’agit-il ? L’Église en a connu beaucoup et on sait que Saint Paul a chaviré trois fois et que la barque de Pierre prend l’eau de toute part, comme le relevait Benoît XVI. Le ministère de vigilance correspond au fonctionnement des visites apostoliques et canoniques — qui en fait sont à l’Église ce que les audits sont à l’entreprise. Mais c’est beaucoup plus complexe car la vie de cette institution ne se résume pas à des objectifs commerciaux ni à des tableaux Excel. Comment éviter les abus, se montrer respectueux du bien des personnes, tant que le monde régulier que dans le monde séculier ? »

Béatrix de Bréauté, dans une interviewe signée Céline Hoyeau sur le site de la Croix4  souligne à juste titre l’importance des visites canoniques, qui ne datent pas d’aujourd’hui : « Il me semble que, dans la hiérarchie de l’Église, les supports de vigilance, d’écoute de paroles que sont les visites canoniques et apostoliques sont appelés à se déployer de façon plus inspirante et avec un plus grand impact.

En effet, des siècles avant la mise en place des audits dans les entreprises ou institutions, l’Église a compris l’importance que la gouvernance soit accompagnée. Elle a mis en place un système de régulation du gouvernement des instituts destiné à stimuler et à encourager. Pourtant les visites canoniques c’est-à-dire régulières peuvent manquer efficacité. De plus, elles ne sont pas toujours bien vécues. ».

Il est vrai qu’on peut constater toutes sortes de dysfonctionnements dans les processus en cours. Pour ne citer qu’un exemple récent : les désaccords internes dans l’équipe chargée de conduire la visite des Foyers qui ont abouti à la démission de Mgr Dubost fait un peu désordre… Alors, que proposer ?

Je cite Béatrix de Bréauté : « Le moment nous semble venu de réfléchir à donner davantage de légitimité et d’efficacité à ces visites, au service de la fécondité des instituts, communautés et diocèses. Des protocoles de visites existent ici ou là ; en généraliser la pratique constituerait un atout pour la vie de l’Église. Des pistes d’améliorations portant sur la formation, l’accompagnement et la supervision des visiteurs pourraient également s’envisager, afin de garantir des rencontres effectuées dans un cadre bienveillant et de confiance fraternelle réciproque. Chercher à améliorer notre pratique de l’accompagnement des relations et du gouvernement dans l’Église est au fond profondément évangélique ».

Et qui va nous aider à cela ? Talenthéo, bien sûr, organisateur du Colloque. L’intention du colloque sans doute louable… mais les moyens et les outils ne sont pas évoqués. Or, les outils utilisés ne sont pas neutres (PNL, CNV…) et sont loin d’avoir fait preuve d’une réelle efficacité à moyen terme… De nombreux intervenants du Colloque ont été eux-mêmes formés par Talenthéo, et ont déjà intégré les techniques de coaching dans leur vision du monde

Un mélange des genres

Béatrix de Bréauté sur Radio Notre-Dame dit qu’une visite canonique est comme un audit. Mais Mgr Touvet sur le site du colloque dit que ce n‘est pas un audit… On voit bien à nouveau poindre une grave difficulté, celle du mélange des genres, difficulté bien connue dans un autre cadre, celui du psycho-spirituel.

Les lecteurs de La Croix la soulèvent dans les commentaires qui suivent l’article de Céline Hoyeau. J’en cite quelques extraits de A à D (c’est moi qui souligne) :

A — « Talenthéo et ses semblables ont peut-être un certain talent…. y avoir recours n’est pas gratuit financièrement parlant ! Je rejoins la personne qui dit : faut-il évangéliser ou manager ? Excellente question. St Paul disait — déjà — « je me suis efforcé de me faire tout à tous »….. Là est toute la question, car pour cela, il faut se QUITTER SOI-MÊME, et non « gérer = camoufler, nos émotions » juste pour ne pas faire de vagues pour personne… ce sont les techniques dans le monde du travail actuellement ; jamais sans doute y a-t-il eu autant de mal-être, de fourberie, de burn-out…. de suicides…. La vérité vous rendra libre : c’est toujours d’actualité semble-t-il […] ».

B — « Depuis 25 ans en France, la plupart des visites apostoliques et canoniques ont été confiées à des évêques qui avaient couvert des abus. Il est donc pas étonnant qu’elles n’aient pas donné grand-chose. Par ailleurs le monde de l’entreprise est en crise du fait du management. Il faut donc que l’Église soit prudente quand elle se pique de lui emprunter des modèles. Enfin la place prise dans l’animation des diocèses par Talenthéo témoigne de la pauvreté de la réflexion pastorale de nos évêques. Leur désarroi doit être bien grand pour s’en remettre ainsi à des gens dont l’horizon est bien limité ».

C — « Recherchant sur internet comment prendre part au colloque sur les visites apostoliques et canoniques mentionné en ouverture de cette interview, je découvre qu’il est organisé par Talenthéo. Ce qui appelle trois remarques :

1. L’interview est en fait un publireportage destiné à faire connaître ce colloque dont l’interviewée porte la responsabilité

2. La journaliste réalisant l’interview ne permet pas à ses lecteurs de connaître toutes les raisons d’être de cette prise de parole inattendue

3. Talenthéo est en conflit d’intérêts entre son rôle d’organisateur de ce colloque, et son rôle de consultant auprès des décideurs institutionnels qui lui sous-traitent des interventions en cas de difficultés managériales.

In fine tout se passe comme si Talenthéo se positionnait pour faire valoir sa propre conception de la gouvernance de communautés liées à l’Église qui est en France.

Or, sur le terrain — par exemple dans notre paroisse qui a été cliente de deux parcours standards de Talenthéo — la preuve reste à faire qu’au-delà de pétitions de principe (et de la bonne volonté des intervenants) c’est bien à un « marcher ensemble » des baptisé.e.s qu’appelle ce cabinet de conseil. Le cléricalisme peut aussi commencer par le choix de ses donneurs d’ordre… Et ce ne sont pas des recettes managériales — décriées en entreprises pour certaines — qui vont nous permettre de faire Église ».

D — « Je ne doute pas que Talenthéo soit issu de bonnes intentions. Cependant, dans quelle direction entend-on paver la route de l’Église ? Si l’Église doit en effet retirer quelque chose de positif des nouvelles techniques managériales, doit-elle pour autant le devenir elle-même ? J’ai eu dans ma vie de prêtre un évêque managérial. C’est celui qui fut le plus universellement détesté. Il employait des trucs et cherchait des recettes pour « gérer » « son » diocèse. Par exemple il me téléphonait le jour de mon anniversaire mais ça sonnait tellement faux qu’il en aurait presque gâché la journée. J’entends encore son ton de voix doucereux. J’aurais préféré une réponse d’homme à homme quand il y avait un réel problème. Le pape l’a envoyé managériser ailleurs.

Deux questions se posent : l’Église doit-elle évangéliser ou managériser ? La réponse est négative pour le deuxième mot dans les Écritures. Talenthéo est présenté comme un réseau incontournable d’experts dont, je le répète, je ne doute pas de la compétence des membres.

D’où la deuxième question : qui va expertiser les experts ? Sous l’ancien régime, on choisissait les évêques dans la noblesse à talons rouges. Va-t-on avoir droit maintenant, à la place des petits marquis, à des managers « en talons t’es haut » ? »

Arrêtons là. On le voit, un peu d’humour ne nuit pas à la réflexion.

Affaire à suivre !

Je me pose bien sûr la question : n’y a-t-il donc pas dans chaque diocèse des prêtres sages, des religieuses, ou de réels chefs d’entreprise, pleins d’expérience, hommes et femmes ayant fait leurs preuves, capables d’un juste et bon discernement, sans qu’il soit besoin de recourir à des recettes utilisées par des théoriciens de « nouvelles » méthodes sans connaissance concrète de la vie incarnée des prêtres religieux ou laïcs engagés (autres que les écoutes déjà faites) ?


1https://www.talentheo.org/colloque-visitescanoniques

2https://www.talentheo.org/institut-talentheo

3 https://radionotredame.net/podcasts/RND09/14028

4https://www.la-croix.com/religion/beatrix-breaute-il-nous-faut-repenser-nos-modes-relationnels-dans-l-eglise-20240301