Évaluer la qualité par la quantité : une grave erreur

Extrait de : « Bon arbre, bons fruits », Groupes de travail CORREF post-CIASE

L’augmentation rapide du nombre des croyants dans les premiers temps de l’Église a été rendue possible par la docilité à l’Esprit Saint des apôtres et évangélisateurs, et par la qualité de leur témoignage et de leur engagement croyant, comme les Actes des apôtres le laissent entendre1.

Mais que la qualité puisse entraîner la quantité, n’implique pas que la quantité résulte toujours de la qualité. Certes, la révélation relativement récente de la perversion de certains fondateurs à succès et de certains de leurs disciples a rendu évidente cette absence de corrélation nécessaire entre quantité et qualité. Mais cette corrélation a la vie dure, et il est douteux qu’elle ait complètement et définitivement disparu des esprits.

Une telle association entre quantité et qualité, qui conduit à considérer la croissance et le succès numériques comme un « beau fruit » produit par un arbre nécessairement bon, suppose la validité d’un présupposé que nous avons tout lieu aujourd’hui de mettre en doute : que Dieu contrôle suffisamment les personnes et les événements pour pouvoir assurer le succès numérique de ce qui a de la qualité, et pour empêcher le succès numérique de ce qui n’en a pas, ou trop peu.

De ce point de vue, plutôt que de déclarer providentiels certains événements à l’exception des autres (tel le succès numérique), il paraît plus juste de ne déclarer providentielle que l’action de Dieu en notre faveur, quels que soient les événements (y compris l’absence de succès numérique).

Il en résulte que du point de vue de la foi, le « bon fruit » n’est pas celui qui apparaît tel selon la perspective trop humaine et immédiate du succès numérique, ni même de la simple survie. Même si la proportion d’êtres humains entrés dans l’Église visible a fortement augmenté au cours des siècles, l’action de la providence ne donne pas de garantie certaine que la fidélité des croyants s’accompagnera toujours d’un tel succès numérique : « le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8)

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L’écologie pourrait-elle devenir une nouvelle religion planétaire ?

Ludovic Lavaucelle, La sélection du jour

Le 22 avril dernier était le 53ème « jour de la Terre ». Las ! se lamentent Paul Greenberg et Carl Safina – écologistes et universitaires américains – cette date n’a fait l’objet d’aucune célébration particulière. Les fêtes de Pâques font de l’ombre, semblent-ils regretter pour le magazine Time (voir l’article en lien)… C’est même un sacrilège selon eux ! Ils voudraient tirer parti de ce jour pour fonder un nouveau culte qui permette à l’humanité de se recentrer sur l’essentiel : le miracle de la vie. Greenbert et Safina accusent de désinvolture les gens qui ne comprennent pas qu’il est plus important de célébrer la Terre que toute fête religieuse alors que la ville de New York a connu son mois de janvier le plus « chaud » jamais enregistré et que février a affiché des températures plus communes en avril. Ils rappellent avec nostalgie l’engouement des Américains lors du 1er « jour de la Terre » en 1970. Parrainée par deux sénateurs (le Républicain McCloskey et le Démocrate Nelson), cette journée avait vu 20 millions de personnes manifester dans les rues. La prise de conscience qui en a découlé a permis de vrais progrès orchestrés par le pouvoir législatif en qualité de l’air dans les villes et en propreté de l’eau. Les auteurs rappellent avec raison que les fumées toxiques (le « fog » londonien par exemple) empoisonnaient les poumons des habitants des grandes villes depuis le début de l’ère industrielle et que les cours d’eau étaient parfois tellement sales qu’ils pouvaient prendre feu. Pourquoi un tel manque d’enthousiasme par rapport au 22 avril 1970 alors que les médias actuels parlent sans arrêt de « l’urgence climatique » ? Curieusement, les auteurs de cet article ne mentionnent pas que le premier « jour de la Terre » était bipartisan et apolitique. Depuis, l’écologie s’est radicalisée à gauche…

The case for making Earth Day a religious holiday Lire l’article sur : Time

Il faudrait donc passer à une nouvelle étape selon Greenberg et Safina : instaurer (imposer ?) l’écologie comme une nouvelle religion planétaire. Après tout, plaident-ils, les grandes religions sont elles-mêmes intimement connectées à la nature : Noël et le solstice d’hiver, Pâques et l’arrivée du printemps par exemple… Il serait facile de garder un calendrier de fêtes écologiques cohérent avec les grandes religions du monde. Ensuite, les rites ou les sacrements religieux forment un canevas pratique : il s’agirait juste de « réorienter » ces étapes vers la célébration de mère nature. La naissance ? Ce miracle biologique où l’inerte devient vivant… Une communion ? En faire une sortie dans la nature pour enseigner aux jeunes gens comment planter un arbre et répertorier des espèces menacées… Un mariage ? Une occasion parfaite d’enseigner au jeune couple le fardeau que représentent les enfants et les inviter à adopter les « bons comportements ». Un décès ? Oublions toute idée de vie après la mort, il faut célébrer le retour à la Terre pour faire renaître la vie… Il y a encore tant de mystères autour de l’origine de la vie qu’une telle religion ne manquerait pas de merveilleux selon eux. À défaut de transcendance… La religion écologiste aurait besoin d’une bible. Greenberg et Safina proposent de rassembler les textes fondateurs des « prophètes » Darwin, Galilée ou Humboldt.

Serait-ce vraiment une nouvelle religion ou le retour à des croyances primitives ? Les auteurs mettent en avant le progrès qu’une nouvelle époque des « Lumières » pourrait apporter tout comme le 18ème siècle a permis de grandes avancées scientifiques. Ils sont moins diserts quant au retour aux croyances primitives que représenterait un tel mouvement religieux. Certes, nos ancêtres étaient intimement connectés à la nature qui les entourait quand leurs dieux se trouvaient dans les forêts, le soleil, le vent, la mer etc… Mais ces communautés vivaient aussi dans un monde emprisonné par les superstitions. La soumission à ces dieux partout présents a souvent entraîné des coutumes cruelles de sacrifices humains. L’individu ne comptait pas quand il fallait préserver la communauté de la colère divine. Le risque ne serait-il pas encore plus grand dans un monde où les intérêts financiers et les moyens de contrôler la population sont sans comparaison avec les temps antiques ? D’ailleurs, quid du clergé pour une telle religion ? Les deux écologistes mis à l’honneur par le Time n’en disent rien. Des scientifiques devenus encore plus puissants qu’aujourd’hui, possiblement liés par des intérêts à des multinationales mues par la recherche du profit ? Des grandes fortunes et des politiques obsédés par la conservation du pouvoir et trouvant dans l’écologie le moyen de contrôler les masses ? L’article de Greenberg et Safina est provocateur mais il a le mérite de lever le voile sur les velléités cultuelles des écologistes radicaux.

Sorcières, féminisme, féminin sacré

par Elisabeth Feytit

Dans le sillage du mouvement actuel de prise de parole des femmes, le concept de “sorcière moderne“ ne cesse de prendre de l’ampleur, sur les réseaux sociaux comme dans les cercles féministes. Revendiquant des racines historiques médiévales, il promeut la prise de conscience de pouvoirs oubliés que les femmes pourraient cultiver afin de se libérer de l’assujettissement patriarcal. Mais certaines voix s’élèvent pour dénoncer des croyances infondées exacerbant l’individualisme et les stéréotypes.

En février 2023, j’étais invitée à intervenir à la médiathèque de Quéven, près de Lorient, dans le cadre de leur cycle de conférences “Esprit [critique] es-tu là ?“ qui propose d’aborder de manière méthodique et rationnelle des sujets parfois épineux, à l’articulation de la science et de la société.

Quelles sont les différentes manières d’être sorcière aujourd’hui ? Existe-t-il un lien avec le féminin sacré ? Quelle contribution les sorcières modernes peuvent-elles apporter à la cause féministe ? Autant de questions abordées pour tenter de définir les contours de ce mouvement florissant sur les rayons de librairie comme dans la vraie vie.

Un podcast de 1h15.

T I M E C O D E S 01:37 : Sorcellerie et féminin sacré : mouvement New Age, masculin sacré, essence féminine, potentiel spirituel, empowerment, procès en sorcellerie, opposition à la rationalité, succès de librairie, soins holistiques, qu’est-ce que les énergies vibratoires, qu’est-ce que l’intuition, pensées heuristiques, débrancher le mental. 19:34 : Les différentes manières de se penser sorcière : sorcellerie, sang menstruel, rituels, tentes rouges, sœurcières, actions politiques des sorcières, féminisme, écologie, cercles de femmes, idées spirituelles, jeter des sorts, violences sexuelles, retard de prise en charge psychologique, isolement social, emprise mentale. 28:35 : Un boom des nouvelles spiritualités ? : augmentation des croyances avec la pandémie ? rapport de la Miviludes, les entrepreneurs du bonheur, les apports de la sorcellerie au féminisme ? fausses informations sur la santé des femmes, évasion du monde réel ? passer d’une croyance à l’autre, questionner ses croyances. 40:20 : Questions du public : binarité des genres, essentialisme, stéréotypes de genre, matriarcat originel, sentir les énergies, mécanismes de décroyance, dilatation de l’aura, transe chamanique, confiance en la science. 51:58 : Herboristerie et naturopathie : millepertuis, antidépresseur, effet placebo, appel à la nature, appel à la tradition, formation de naturopathie, vénération de l’utérus, réduction de la femme, Miranda Gray, augmentation de l’essentialisme ? action à un niveau subtil, écovillages, escalade d’engagement, relation amoureuse, peut-on faire sortir quelqu’un d’une croyance ? 01:05:03 : La spiritualité empêche-t-elle le ressenti ? Fuite en avant ? L’idéal des sorcières donne une image rassurante, “La meilleure version de moi-même“.

16 mn. Le féminin sacré est présenté comme l’essence à laquelle les femmes sont invitées à se fier pour être elles-mêmes, se respecter et incarner leur divinité propre. C’est une voie initiatique personnelle qu’il appartient à chacune de trouver pour exprimer qui elle est vraiment, au plus profond d’elle-même, hors de l’image imposée de la mère de famille muette et perdue sans les hommes.

29 mn. Matriarcat, Déesse-Mère, archétypes, puissance des sorcières… Ce deuxième volet nous en apprend un rayon sur les fondements théoriques du concept de “féminin sacré“ ! Il analyse aussi en profondeur les effets de pratiques qui ont pour but de servir une cause noble : la création d’espaces d’expression pour une reprise de confiance des femmes.

Ce à quoi une secte peut aboutir

47 membres d’une secte retrouvés morts de faim après avoir jeûné pour « rencontrer Jésus »

Le Messager, par Luc Monge

47 corps de fidèles, probablement morts de faim, c’est la terrible découverte des autorités au Kenya dans le cadre d’une enquête sur une secte. Ils auraient été poussés par le gourou à jeûner pour « rencontrer Jésus ».

Au Kenya, la police a découvert 47 corps morts de faim, dans une secte oùle gourou avait appelé les fidèlesà jeûner pour aller à la rencontre de Jésus.

Un nouveau et terrible drame sectaire

Deux enfants étaient morts de faim, le mois dernier dans cette secte l’Église Internationale de Bonne Nouvelle (Good News International Church) au Kenya. Ce qui avait provoqué l’arrestation du gourou Makenzie Nthenge. Qui avait été relâché après s’être acquitté d’une caution de 100 000 shillings kényans (environ 670 euros).

La semaine dernière, la police, renseignée, d’après ce qu’ont indiqué les autorités locales à l’AFP, par des informateurs anonymes alertant sur des personnes « mortes de faim sous prétexte de rencontrer Jésus après avoir subi un lavage de cerveau par un suspect, Makenzie Nthenge, pasteur de l’Église Internationale de Bonne Nouvelle », sur une possible fosse commune, est de nouveau intervenue dans une forêt de l’Est du pays. Y découvrant quatre personnes décédées.

VOIR LA VIDÉO ET LA SUITE DE L’ARTICLE

LIRE L’ARTICLE DE LA CROIX : Comment prévenir les dérives sectaires en Afrique ?

Impostures mystiques

Entretien — Fausses apparitions de la Vierge, faux stigmatisés, révélations douteuses sur la vie du Christ… Comment faire le tri entre ces phénomènes qui déplacent pourtant des foules ? Auteur de Impostures mystiques, qui vient de paraître au Seuil, l’historien des religions Joachim Bouflet analyse ces phénomènes et propose quelques critères de discernement. Sur le site de La croix le 20 avril 2023.

La Croix : Pourquoi les phénomènes surnaturels – apparitions à Medjugorje, révélations divines à Maria Valtorta (1897-1961) pour les plus connus – connaissent-ils un tel succès ?

Joachim Bouflet : Ceux qui vont en pèlerinage à Medjugorje ou ailleurs, ou qui lisent et croient les révélations de Maria Valtorta cherchent d’abord à se rassurer dans des périodes difficiles. Ils ont besoin de croire en un avenir meilleur, qui verra se réaliser les promesses du Ciel.

Et puis la doctrine de l’Église ne leur suffit pas, elle est trop complexe, trop intellectuelle, bref, trop exigeante, elle demande une forme d’ascèse. Les Évangiles, eux, sont trop sobres, ils ne touchent pas leur affectivité. Je suis frappé par la part de sentimentalisme qui joue dans les impostures mystiques.

Enfin, beaucoup ont besoin de merveilleux et d’extraordinaire pour croire. Même si, dans les Évangiles, Jésus ne parle jamais de miracles, quand il guérit les malades, mais de signes. Ces signes nous sont donnés pour conforter notre foi, ils ne sont pas destinés à prouver la véracité de ce que nous croyons.

L’Église s’intéresse à ces phénomènes, puisqu’elle valide – ou non le plus souvent – leur authenticité. Pourquoi ?

J. B. : Pour l’Église, les révélations privées que reçoivent les visionnaires ne sont pas nécessaires à la foi. Mais en vertu de son magistère, elle a le droit et le devoir de porter un jugement sur ces révélations. Elle doit aussi contrôler la piété populaire afin de la recentrer sur l’Évangile. En effet, celui-ci est souvent relégué à la deuxième, voire à la troisième place.

C’est très clair dans le cas de Maria Valtorta, qui prétend avoir reçu des révélations de Jésus lui-même, destinées à rendre les Évangiles plus compréhensibles. Elle présente en réalité ses écrits comme un cinquième évangile. L’Église n’a jamais reconnu l’authenticité de ses visions et des propos que le Christ lui aurait « dictés ». Pourtant, son Évangile tel qu’il m’a été révélé, et toute son « œuvre » de plus de 13 000 pages, truffée d’anachronismes, d’erreurs et de déviances doctrinales, voire d’épisodes scabreux, continuent d’être largement diffusés.

Qu’est-ce qui permet de repérer une imposture mystique ?

J. B. : Le mensonge d’abord, ou l’affabulation. On ne peut pas en juger dans tous les cas, mais je pense qu’il y a toujours un moment où la personne sait qu’elle ment. Puis cela devient une habitude, le mensonge se répète, on affabule sans forcément s’en rendre compte. Du côté des hommes, beaucoup se sont fait passer pour des prêtres, voire pour le futur pape.

On est alerté aussi quand le ou la visionnaire cherche à se mettre en avant. La fraude se confirme encore quand les voyants ou leur entourage tirent un profit matériel de leur « expérience mystique ». Évidemment, l’imposture est révélée aussi par les « messages célestes » qu’ils délivrent, quand leur conformité à la doctrine et à l’enseignement de l’Église est plus que douteuse. Car, en voulant en rajouter à la doctrine, on se trompe dans la plupart des cas.

Enfin, les phénomènes d’emprise et de dérive sectaire qui se nouent parfois, malheureusement, entre les prétendus voyants et leur entourage, sont une autre preuve de l’imposture. Comme dans le cas de William Kamm en Australie, qui fut condamné en 2005 et 2007 à plusieurs peines de prison pour agressions sexuelles sur des adolescentes.

Mais le critère ultime, en réalité, c’est le temps. Nombreux sont les phénomènes dont je parle dans mon livre, même récents, qui finissent par tomber dans l’oubli après avoir défrayé la chronique et déplacé des foules. Le temps est le plus grand critère d’authenticité. Malheureusement nous vivons dans une civilisation de la vitesse et de l’immédiateté, et nous tombons facilement dans le panneau.

D’après certains de ces critères, les apparitions de Medjugorje présentent de nombreux signes d’imposture, et l’Église ne les a jamais reconnues. Pourquoi, alors, a-t-elle autorisé un pèlerinage ?

J. B. : Pour que la piété populaire soit cadrée et accompagnée, d’abord, plutôt que livrée à elle-même. Ensuite, on passe généralement sous silence les mauvais fruits de Medjugorje. À commencer par les menaces et calomnies proférées par les tenants des apparitions contre ceux qui les croient fausses.

Cependant, il faut reconnaître qu’il y a eu de nombreuses grâces en ce lieu, même si on ignore combien de conversions ou de vocations trouvées là ont été durables – personne n’en a assuré le suivi. Les grâces, en effet, ne tiennent pas à la véracité ou non des apparitions, elles tiennent