Peter Thiel, le technoprophète de l’Apocalypse

par Gregory Aimar

Peter Thiel, figure ultra influente de la Tech, cofondateur de PayPal, investisseur précoce et ex-membre du conseil d’administration de Facebook, fondateur de Palantir Technologies, mentor de J.D. Vance et proche conseiller de Donald Trump, qui parle de prophéties bibliques, de fin du monde et de l’Antechrist ? Oui, vous ne rêvez pas, et ça se passait en novembre 2024 au sein de la prestigieuse Université de Stanford. Il répondait aux questions de Peter Robinson et livrait sa vision d’un avenir littéralement apocalyptique pour l’humanité. La dimension religieuse de la technologie mise en lumière par Peter Thiel dans cet entretien, à ce jour encore largement ignorée par les institutions européennes, traverse en réalité tout l’écosystème de l’intelligence artificielle, en particulier américain, et a des conséquences politiques très concrètes. L’Europe peut-elle encore se permettre,à l’aube du second acte trumpien, de faire l’économie d’une réflexion sur le sujet ?

Apocalypse now

Beaucoup s’offusquent de la tournure prise par la vie politique aux États-Unis, depuis l’élection de son nouveau président. Les déclarations outrancières de Donald Trump et d’Elon Musk, accompagnées de réformes non moins brutales, sidèrent un bonne partie de l’opinion et suscitent autant d’interrogations que d’inquiétudes quant à l’avenir de nos démocraties occidentales. Soutien de la première heure du candidat Trump, Peter Thiel ajoutait à la sidération ambiante en publiant, le 10 janvier 2025, une tribune dans le Financial Times, dans laquelle il appelle de ses voeux une « apocalypse » de l’information au pays de l’Oncle Sam. Un terme qu’il emploie au sens propre — « révélation » — et dont il assume entièrement le caractère religieux. Il évoque, dans son texte, les « péchés » des dirigeants américains précédents qui auraient caché certaines vérités à propos, notamment, de l’assassinat de JFK, du suicide de Jeffrey Epstein ou encore de la gestion de la crise du Covid. Selon Thiel, ces secrets sont voués à être révélés sous la nouvelle présidence Trump.

Les observateurs sont tombés des nues à la lecture de ce sermon, surtout dans les colonnes d’un journal aussi sérieux que le Financial Times. Pourtant, ce discours n’est pas nouveau : les gourous de la Silicon Valley aspirent depuis des décennies à construire une religion à la fois technologique et politique, et ne s’en cachent pas. Mais cette dimension de l’histoire reste mal comprise et l’on interprète souvent ce genre de sortie comme une stratégie qui viserait à faire diversion, à occulter les « vrais problèmes » posés par le pouvoir grandissant des géants du numérique. Si cette lecture ne peut pas être totalement exclue, elle est néanmoins loin d’être suffisante et cette carence dans l’analyse du phénomène pourrait s’avérer problématique dans l’élaboration de la stratégie que l’Europe tente d’opposer aux Big Tech américains. On ne discute pas de la même façon avec un entrepreneur qui souhaite conquérir un nouveau marché pour accroitre ses profits et un autre qui pense sauver le monde des griffes de l’Antechrist grâce aux technologies qu’il développe. Car c’est bien de cela dont il s’agit, ici : pour Peter Thiel, et pour de nombreux collaborateurs de Trump, derrière la révolution de l’intelligence artificielle, ce n’est rien de moins que le salut de l’humanité qui se joue.

Continuer la lecture de « Peter Thiel, le technoprophète de l’Apocalypse »

« Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : « Gourou » ou la violence invisible de la positivité toxique

Isabelle Barth, Université de Strasbourg

Le comportement du personnage interprété par Pierre Niney dans Gourou reflète-t-il avec exactitude la réalité du coaching ? Ou est-il caricatural ? WY Productions/Ninety Films/Studiocanal/M6 Films/Photographe Jérôme Prébois

Dans Gourou, le nouveau film de Yann Gozlan, Pierre Niney interprète un coach en développement personnel qui pousse les limites trop loin. Si les excès du bien-être méritent d’être critiqués, le coaching, sous certaines conditions, reste un outil qui peut être utile… à condition de ne pas lui demander ce qu’il ne peut pas faire. La croyance en une toute-puissance (de soi, du coach ou du coaching), voilà le danger !

« Ce que tu veux, c’est ce que tu es ! » Dans le film Gourou, ce mantra répété jusqu’à l’épuisement par le public à l’initiative du « gourou » (incarné par Pierre Niney) n’est pas un simple slogan de motivation, c’est le symptôme d’une idéologie dans laquelle nous baignons dans nos sociétés occidentales (c’est un prérequis indispensable de se situer dans ce cadre culturel) : celle qui prétend que la volonté suffit à tout, que le bonheur est un choix individuel, que la souffrance relève d’un défaut personnel.

Le film en fait une ritournelle hypnotique, révélant la face sombre de cette croyance devenue hégémonique : car la réalité est qu’elle culpabilise, elle isole, elle invalide.

Le gourou : une figure moderne de l’emprise

Traditionnellement, le terme « gourou » désigne un maître spirituel (à l’origine dans la religion brahmanique). Mais les sciences sociales ont montré son évolution vers une figure plus ambiguë : celle d’un individu charismatique qui exerce une influence disproportionnée sur un groupe en promettant transformation, sens et salut personnel. Les travaux de Janet Jacobs et de Benjamin Zablocki sur les dynamiques sectaires montrent que le gourou moderne n’a plus besoin de religion : il lui suffit d’un récit séduisant et performatif pour réunir autour de lui une communauté soudée qui croit en sa promesse de réussite totale.

Dans le film Gourou, cette figure est incarnée par un maître du développement personnel qui exige une adhésion sans faille à son credo. Il ne guide pas : il prescrit. Il ne propose pas : il impose. Et surtout, il réduit toute souffrance à un manque de volonté. C’est là que le film touche juste : il montre comment l’emprise peut se construire non par la contrainte, mais par la promesse de bonheur.

Les exemples contemporains abondent. Dans les entreprises, on peut trouver des ateliers de « gestion émotionnelle » proposés à des salariés soumis à des cadences intenables. Sur LinkedIn, des cadres racontent leur burn out comme une « aventure inspirante ». Sur Instagram, des influenceurs affirment que « la maladie est un message de l’Univers ». Dans tous ces cas, la souffrance est requalifiée en défaut de mindset, et la porte de sortie est de rebondir, mais nous ne sommes pas des balles en caoutchouc !

C’est cette dénonciation de la « positivité toxique » qui est, à mon sens, l’angle le plus intéressant et interpellateur du film.

Continuer la lecture de « « Ce que tu veux, c’est ce que tu es » : « Gourou » ou la violence invisible de la positivité toxique »

Famille Missionnaire de Notre-Dame

Dominique Auzenet

Beaucoup de personnes ont une perception très limitée de ce que peut être une dérive sectaire, un abus de faiblesse, un abus spirituel…

Peut-être l’application de l’étiquette « secte », très caractérisée il y a une trentaine d’années, pèse-t-elle encore d’un certain poids. C’est ainsi qu’on parlait autrefois de grandes sectes, sur lesquelles vous pouvez trouver des articles sur notre blog.

Mais nous avons changé d’époque. Nous parlons moins de « sectes », et plus de « dérives sectaires », caractérisées par des faisceaux d’indices portant l’empreinte d’une dérive, et pouvant mener à une emprise sectaire.

Je vous invite à consulter quelques articles sur la page DÉRIVES SECTAIRES ECCLÉSIALES, pour mieux comprendre comment on peut discerner la présence de ces indices de dérives dans l’Église elle-même.

Oser ce travail d’approche, c’est saisir comment tout n’est pas tout noir, tout n’est pas tout blanc. On peut avoir affaire à un mélange subtil de niveaux de gris. À l’intérieur d’une même communauté d’Église, qualifiée de communauté à dérives sectaires, certains peuvent avoir été préservés, d’autres fortement impactés… Il peut y avoir dans ces communautés des personnes en recherche juste et réelle de Dieu. Alors que le responsable est, ou a été toxique.

Il est inutile d’en appeler à une persécution larvée ou ouverte contre l’Église par le pouvoir judiciaire. Cette façon de regarder les choses en pensant qu’on vise à « transformer des choix religieux en indices de délit » est un refus de consentir aux réelles remises en cause nécessaires par rapport aux faits objectifs portés par les victimes.

Concernant la Famille Missionnaire de Notre-Dame

  • Vous pourrez faire vous-même une recherche sur internet concernant les débats animés autour de leur projet de construction d’une basilique en Ardèche.

Les articles récents sur le procès en cours du fondateur pour abus de faiblesse (janvier 2026) :

Quels sont les enjeux du procès de la Famille missionnaire de Notre-Dame jugée pour « abus de faiblesse » ?

« Plus on rentrait jeune, plus le sacrifice était beau ! » : au procès de la FMND, la délicate question des jeunes recrues

Entre vie religieuse et emprise, les leçons du procès de la FMND

Participants aux audiences

La condamnation

« En-deçà de ce qui avait été requis par la procureure de la République lors du procès, le Père Bernard est condamné à six mois de prison avec sursis, reconnu coupable d’abus de faiblesse sur une seule des cinq plaignantes. De son côté, la famille missionnaire Notre-Dame est reconnue coupable pour deux des plaignantes, condamnée à 50.000 euros d’amende, la moitié avec sursis. Les deux vont faire appel de cette décision ».

Sur le site Riposte-catholique

Sur Francebleu

Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre

40 ans d’abus spirituels et d’emprises psychologiques

Introduction à la vidéo sur le site KTO :

La Commission indépendante sur les abus spirituels et les emprises psychologiques (CIASEP) a remis ce jeudi 15 janvier 2026 son rapport sur la congrégation des Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre.

En août 2024, cette commission pluridisciplinaire avait été chargée d’identifier et analyser les dérives survenues pendant plusieurs décennies. Quelle a été la méthode de travail de cette commission ? Quels sont les dysfonctionnements qui ont été constatés ? Quelles sont les préconisations du rapport, et quels enseignements généraux peut-on en tirer ?

Trois questions à Hervé Giaume, président de la Commission indépendante sur les abus spirituels et les emprises psychologiques au sein des Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre (CIASEP-BSCM)

Télécharger le rapport de la Commission

Le musée des horreurs :

L’article du journal la Croix

À lire aussi —> Une analyse des biais cognitifs par Natalia Trouiller

ABUS chez les religieuses de Montmartre : « Parfois les évêques n’osent pas s’immiscer »

« Je n’étais qu’un pantin entre ses mains » : les derniers secrets de mère Marie-Agnès, la diabolique du Sacré-Cœur

« Les sœurs ont voulu me séquestrer » : le jour où l’ancienne prieure des bénédictines de Montmartre a révélé la vérité (FC)

« Le rapport sur les Bénédictines de Montmartre est une étape essentielle, mais que d’angles morts ! » (LC)

Raz-de-marée ésotérique en librairie

Pourquoi trouve-t-on autant de livres de spiritualité, de développement personnel et de bien-être en libraire ? Parce qu’ils représentent les meilleures ventes des éditeurs !

Dans cet échange avec Noémi Schaub, éditrice littéraire et ancienne croyante, Elisabeth Feytit décortique cette littérature en plein boom :

  • Quelles sont les grandes idées qui traversent les classiques du genre ?
  • Pourquoi ces livres connaissent-ils un tel succès ?
  • Comment s’y retrouver dans les méandres d’une offre en croissance perpétuelle ?

T I M E C O D E S

01:42 : Présentation d’Élisabeth Feytit et Noémi Schaub. 5:28 : Comment identifier ce qui est lié au New Age ? Spiritualité, développement personnel, bien-être, coaching motivationnel. 11:04 : Parcours personnel dans le New Age et découverte de la métacognition.

13:47 : Quelques grands classiques : Deepak Chopra, Eckart Tolle, Un cours en miracles, Ramtha, Apple Cider Vineger, Natacha Calestrémé, Anne Ancelin Schutzenberger.

38:14 : Comment identifier les livres à éviter : Neal Donald Walsh, Conversations avec Dieu, analyse de la préface du livre Le pouvoir du moment présent, la science n’explique pas tout, l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence. 53:50 : La Collection Méta de Choc et l’état du marché du livre : Une vie en anthroposophie, Cerveau et stéréotypes de sexe, Tous hétéros au boulot ?, L’astrologie, ça marche !… Trop. Storytelling et stratégie marketing.