Ambiguïtés de la recherche contemporaine de guérison intérieure

CONTENU

Une recherche qui s'enracine dans le new-Age

Une recherche qui s'enracine dans la psychologie transpersonnelle

Une mise en forme similaire dans la psycho-spiritualité catholique

La question du charisme de guérison et des sacrements de guérison

Comparons avec les Exercices Spirituels ignaciens

Le risque de remplacer la conversion par la guérison dans l'évangélisation

 

Nous sommes, depuis quelques décennies, en face d’une quête massive de guérison, et il ne faut pas trop vite la mépriser : elle a toujours existé sous des formes diverses, comme le montrent les prières adressées à la Vierge Marie ou à des saints. Mais est-ce que la guérison recherchée aujourd’hui est regardée comme un signe de Dieu qui provoque à la conversion, est-ce qu’elle est le signe de la miséricorde de Dieu ; ou est-ce qu’elle est un but en soi, la condition sine qua non pour avancer dans la vie spirituelle ? Car alors, Dieu est mis à notre service.

Jésus a guéri de nombreux malades de toute sorte, mais ce qu’il leur propose, c’est la foi. Et quand certains d’entre eux s’arrêtent à la guérison, il est déçu. Les guérisons qu’il a accomplies sont des signes de ce qu’il apportait, des signes du Royaume présent parmi nous. Il n’est pas venu pour être le thérapeute super-puissant à bon marché ! Il annonce le Royaume, il annonce son Père et il donne quelques signes sur le chemin, comme les guérisons.

Pourquoi ce surgissement dans l’Église, d’une recherche de guérison ? Pourquoi des méthodes diverses inédites pour les provoquer ? Réfléchissons en fonction du contexte.

Une recherche qui s’enracine dans le Nouvel Age

Première surprise : si l’on consulte le Dictionnaire de Spiritualité on constate que le terme « guérir » « guérison intérieure » en sont absents. Ce n’est donc pas du côté de la tradition spirituelle catholique qu’il faut chercher la source de l’engouement pour la guérison. Par contre, si l’on recherche sur Internet « guérison spirituelle » on récolte des informations surabondantes, le plus souvent dans un contexte ésotérique.

Cette recherche de guérison spirituelle repose sur une anthropologie que l’on pourrait formuler ainsi. Il existe un état naturel de bien-être. Nous sommes issus de l’Univers et nous faisons partie de l’Univers. Il y a au fond de tout être une énergie primordiale, sacrée. Retrouver son harmonie avec elle rend heureux, est source de bien-être. Cette expérience intérieure d’harmonie et d’unité avec l’ensemble de la réalité, avec l’Univers, éloigne le sentiment de l’imperfection et de la finitude humaine. Chacun découvre qu’il a un lien profond avec la force cosmique, l’énergie sacrée universelle présente au cœur de toute vie. Ayant fait cette découverte, il peut entreprendre un chemin de perfection qui lui permettra de décider de sa vie personnelle et de son rapport au monde. L’énergie cosmique, la vibration, la lumière, Dieu, l’amour, tout peut être ramené à une seule et même réalité, l’énergie primordiale, sacrée. Cette vision des choses est un panthéisme implicite, une absorption du moi humain dans le moi divin.

Il y a, en arrière-fond, une approche holistique de la santé qui considère le corps et l’âme comme un tout. L’holisme, en effet, est une doctrine qui considère les phénomènes comme des totalités. Ce mot a été forgé en 1926, sur le grec holos (entier) par un biologiste sud-africain. Il a donc une origine scientifique. Son application au niveau médical se démarque de la médecine classique, à laquelle il est reproché de chercher à soigner des symptômes particuliers sans avoir un regard d’ensemble sur la personne : on lui reproche de soigner et non pas de guérir pour retrouver justement l’état naturel de bien-être, l’harmonie avec la nature. Dans la vision holistique, la maladie et la souffrance sont regardées, en effet, comme la conséquence d’un comportement contre nature. Et c’est l’union du corps et de l’âme qui permet retrouver l’état naturel de bien-être.

D’où l’expression : guérison spirituelle, par l’esprit, sans recours à aucun moyen matériel. C’est la guérison d’un problème quelconque selon une approche purement spirituelle parce que l’âme joue un rôle déterminant pour guérir des maux de tous ordres.

Quand on est en harmonie avec la nature, on peut s’attendre à avoir une meilleure santé, et même la prospérité matérielle. La santé est un état de bien-être complet ; avoir une bonne santé est synonyme d’avoir une vie épanouie. Nous sommes dans un monde en quête de bien-être, de développement personnel. Pour parvenir à cette vie épanouie, l’harmonie de l’âme et du corps est primordiale, il faut donc guérir l’esprit.

La guérison intérieure fait intervenir l’énergie spirituelle. La puissance de l’Amour, la Force de vie universelle guérit. Ce qui nous fait mal et nous empêche d’être heureux, ce sont nos blessures. L’Amour nous révèle nos blessures et nous aide à les guérir. L’Amour est une libération.

Cette guérison intérieure par le rétablissement de l’harmonie avec l’énergie universelle est une auto guérison, mais elle peut se faire par l’intermédiaire de médiums — intermédiaires entre le monde des vivants et le monde des esprits. L’énergie qui guérit, l’énergie universelle, est appelée Dieu par certains d’entre eux : c’est Dieu qui guérit. Cette énergie de guérison, pour le bien, est accessible à tous à chaque instant. Si le Christ guérissait, dit-on, c’est parce qu’il utilisait cette énergie dans son ministère.

La guérison spirituelle touche toutes les dimensions de l’individu aussi bien l’âme que le corps. Du spirituel est proposé, indépendamment d’une religion déterminée, un spirituel qui pourra s’intégrer à toutes les religions : c’est une religion mondialiste qui se profile, véhiculée par le Nouvel Age. Voilà la cause du succès.

Mais pourquoi parler ici de Nouvel Age, alors que c’est l’intégration de la psychologie à la démarche spirituelle qui saute — yeux dans les propositions de guérison des centres catholiques. Est-ce qu’il existe un lien entre les deux ?

Une recherche qui s’enracine dans la psychologie transpersonnelle

Un document réalisé par le Conseil pontifical de la culture en collaboration avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux : Jésus-Christ le porteur d’eau vive, propose une réflexion chrétienne sur le « Nouvel Age » ; dans ce cadre, il explique le rôle joué par la psychologie transpersonnelle qui ajoute à la psychologie sa spécificité psycho-spirituelle : elle s’intéresse surtout aux états modifiés de conscience. C’est une approche holistique qui intègre les quatre dimensions de l’être humain, physique, émotive, mentale et spirituelle, pour accéder à l’harmonie.

« L’approche classique au Nouvel Âge est celle de la psychologie transpersonnelle, dont les principaux concepts sont l’Esprit universel, le moi supérieur, l’inconscient collectif ou personnel et l’ego individuel. Le moi supérieur, qui est notre véritable identité, jette un pont entre Dieu comme intelligence divine et l’humanité. Le développement spirituel est ce contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, psychè et soma, moi et aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. Le moi supérieur contient le souvenir des (ré)incarnations précédentes. » (J-C, porteur d’eau vive, 2,3,4,1)

Nous sommes toujours dans un cadre spirituel, le cadre de la recherche du « Dieu intérieur » en soi. L’homme doit transcender son ego pour devenir le dieu qu’il est au fond de lui-même. Il y a dans l’homme un moi supérieur qui est regardé comme sa véritable identité. Le développement spirituel est le contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, corps et âme, moi et les aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. En arrière-fond, il y a l’affirmation que les hommes sont reliés à l’unité du Tout. Ils sont donc vus, essentiellement, comme des êtres divins, bien qu’ils participent de cette divinité cosmique à des niveaux de conscience différents. Nous sommes co-créateurs et nous créons notre propre réalité.

C’est ce moi supérieur qu’il s’agit de rejoindre par un voyage intérieur, mais avec l’aide de techniques : la psychologie transpersonnelle se veut un alliage de science et de mystique — sans dogme. Des thérapies, plus exactement des psychothérapies, sont proposées pour faire ce voyage qui nous permet de découvrir notre place exacte dans l’unité du cosmos, de restaurer ce qui en nous est aliéné ou supprimé, d’élargir la conscience, de réaliser des expériences « ultimes » ou « mystiques », de fusion avec Dieu et avec le cosmos. Le salut, dans ce cadre, est la reconnaissance de la conscience universelle, qu’on peut aussi appeler Dieu — qui n’est pas un Dieu personnel. Dieu est en tout et notre esprit est une partie de Dieu. Point n’est besoin de Révélation ou de Salut venu de l’extérieur : il suffit de faire l’expérience du salut présent au fond de soi-même (auto-rédemption), grâce à la maîtrise des techniques psychophysiques menant à l’illumination définitive. Il n’y a pas de péché : il n’y a qu’une connaissance imparfaite.

L’un des éléments qui caractérise la psychologie transpersonnelle, c’est l’importance qu’elle accorde aux états de conscience élargis qui offrent la possibilité d’aller voyager dans les différents plans de la psyché, de l’archaïque au spirituel, de les reconnaître, et de les intégrer. Elle ne nie pas les découvertes de la psychologie traditionnelle, elle les intègre. Dans un processus thérapeutique classique, on s’intéresse à l’histoire biographique de la personne, à ce qui lui est arrivé depuis sa naissance, mais on laisse dans l’ombre ce qui s’est passé avant, notamment l’extrême influence du vécu de la naissance et de la vie périnatale sur le développement futur de cette personne. C’est donc ignorer l’ensemble plus vaste dans lequel s’inscrit son histoire, la possibilité de vies antérieures, les liens subtils qui l’unissent à d’autres êtres, à la nature elle-même et sa relation énergétique au monde des archétypes et des symboles qui tissent une trame avec laquelle nous avons à dialoguer.

La psychologie transpersonnelle s’attache aux dimensions spirituelle et créative de l’homme. Elle cherche à développer son potentiel par un parcours d’auto-rédemption. L’intérêt se porte sur la corporéité, les techniques d’élargissement de la conscience, les mythes de l’inconscient collectif, les symboles. La psychologie transpersonnelle est une connaissance immédiate, claire et directe de la vérité, en dehors de la raison. La méditation, le bien-être corporel, l’émanation d’énergies d’auto-guérison, les expériences parapsychologiques, le recours aux drogues hallucinogènes, servent de préparation à l’expérience d’illumination. Ces différentes techniques, ou thérapies, représentent le point de départ d’un processus de spiritualisation, de perfectionnement et d’illumination, qui contribue à améliorer la maîtrise de soi et la concentration psychique sur la « transformation » du moi individuel en « conscience cosmique ».

La spiritualité représente un potentiel thérapeutique sans fond et parallèlement, ce qui sert à l’amélioration du psychisme sera utilisé pour guérir le spirituel, ou tout au moins grandir dans la vie spirituelle : ennéagramme, psychogénéalogie, hypnose ericksonienne — permet d’accéder, aux ressources de son inconscient —, PNL — amélioration du comportement —, le processus de renaissance — technique respiratoire censée permettre au patient de revivre les événements traumatisants de sa venue au monde et de pouvoir enfin les dépasser —, ou tout simplement séances de guérison de tout genre. C’est cette problématique que des catholiques ont essayé plus ou moins d’acclimater en proposant des guérisons intérieures sous prétexte de les évangéliser.

La psychologie transpersonnelle pourrait bien être de nature prométhéenne : nous ne devons pas oublier que nous sommes des êtres humains, donc des êtres limités ; seul Dieu est Dieu, donc infini, et lui seul peut tout penser dans l’unité. Certains, comme A. Grün, prônent même une libération de notre finitude. Mais comment peut-on envisager une guérison de nos limites humaines. La psycho-spiritualité ne plonge pas seulement ses racines dans les religions ancestrales, particulièrement orientales, mais aussi dans les sciences humaines. Elle comporte une dimension pélagienne.

Une mise en forme similaire dans la psycho-spiritualité catholique

La littérature psycho-spirituelle a envahi les librairies catholiques. Elle répond à un désir omniprésent de guérison, de bien-être, et ce sont probablement ces livres qui ont la meilleure vente. Mais rares sont ceux qui ont conscience de ce que cette littérature véhicule. Comment les retraites de guérison intérieure ont-elles pu se greffer sur la foi catholique ?

Les catholiques ont proposé des sessions de guérison psychospirituelle dans les années quatre-vingt-dix. Mais à cause de l’ambiguïté du terme qui cachait difficilement une confusion entre le psychique et le spirituel, un autre vocabulaire a été utilisé : la guérison intérieure, la libération intérieure, la restauration intérieure, la pacification intérieure, mais le contenu reste le même. Par le biais de l’interaction du psychique et du spirituel, on cherche à guérir le couple, à guérir les enfants, à guérir ses souvenirs, à guérir ses maladies corporelles et avant tout à guérir ses blessures. Tout doit être guéri, même l’être et les limites de l’homme ! On peut se demander ce que la foi vient faire là-dedans ?

La spiritualité utilisée pour guérir le psychisme et le corps

On a pu constater que bien souvent des chrétiens trouvent dans leur foi force, courage, assurance. Alors pourquoi ne pas utiliser ce que propose l’Église au plan spirituel pour augmenter son bien-être, son potentiel ? Tout ce qui a une consonance de guérison dans le domaine religieux sera donc instrumentalisé pour guérir ce qui relève de la vie psychique et même de la vie corporelle. C’est dans la même ligne que ce qui s’est produit pour les embryons : on a découvert que les cellules embryonnaires avaient des capacités guérissantes, alors pourquoi ne pas instrumentaliser l’embryon ? Certains ont pensé que la liturgie, les sacrements, la Parole de Dieu, la famille, l’humanité du Christ et la sainte Famille, l’amour de Dieu, ont des propriétés guérissantes, et ils ont instrumentalisé la foi, en cherchant à utiliser tous les moyens de salut, et Dieu lui-même, dans un but thérapeutique. La foi a été mise en pièces à des fins thérapeutiques !

Mgr Rey a écrit : « Un large dispositif curatif est proposé depuis toujours par l’Église pour soulager et guérir les blessures du psychisme, du corps et de l’âme : sacrements…, adoration eucharistique, exorcisme, prières de guérison et de délivrance, exercices ascétiques, etc. » ! Il y a derrière cela une instrumentalisation du spirituel, une sorte de main mise sur Dieu. Le Nouvel Age, par le biais de la pyscho-spiritualité, a été inculturé dans le christianisme, si l’on peut dire.

La psychologie pour aider au développement de la vie spirituelle

On peut relever parmi les propositions catholiques qui prétendent concourir au développement de la vie spirituelle : l’ennéagramme, la guérison de l’arbre généalogique, les agapè ou agapèthérapies, les sessions de guérison intérieure, de restauration intérieure ou de délivrance, les « écoles de guérison » pour obtenir des guérisons de tous ordres, y compris physiques.

Une spiritualité catholique ou holistique ?

La psycho-spiritualité est-elle catholique ou holistique ? Un changement de mot pour désigner une réalité est toujours à considérer de près. Catholique, Kat’holon veut dire « selon le tout, la totalité » : c’est le Mystère de la foi qui donne forme à l’Église et la structure, et qui par conséquent donne sa forme propre à la lecture de l’Écriture et à la vie chrétienne ; et donc aussi à la morale et à la mystique, à la spiritualité comme on dit couramment. « Catholique » implique la référence à une source qui nous précède. Ce principe qui rassemble organiquement le tout de la Révélation est méconnu par l’holisme, qui regarde les phénomènes comme un grand tout indifférencié.

La question du charisme de guérison et des sacrements de la guérison

Les évêques canadiens déclaraient en 2003, pour le trente-cinquième anniversaire du Renouveau Charismatique : « Un trait saillant du Renouveau charismatique est son ministère de guérison ». D’emblée est affirmée l’existence d’un ministère de guérison. Mais ce ministère ne vient-il pas des milieux protestants et plus particulièrement évangéliques ? Que signifie pour un catholique, un ministère de guérison ? Et que dit le Catéchisme de l’Église Catholique sur la question ?

Un sens nouveau donné à la souffrance par la Pâque du Christ

Ici, le Catéchisme de l’Église Catholique est éclairant : « Ému par tant de souffrances, le Christ non seulement se laisse toucher par les malades, mais il fait siennes leurs misères : « Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Mt 8,17 ; cf. Is 53,4). Il n’a pas guéri tous les malades. Ses guérisons étaient des signes de la venue du Royaume de Dieu. Ils annonçaient une guérison plus radicale : la victoire sur le péché et la mort par sa Pâque. Sur la Croix, le Christ a pris sur lui tout le poids du mal (cf. Is 53, 4-6) et a enlevé le « péché du monde » (Jn 1, 29), dont la maladie n’est qu’une conséquence. Par sa passion et sa mort sur la Croix, le Christ a donné un sens nouveau à la souffrance : elle peut désormais nous configurer à lui et nous unir à sa passion rédemptrice » (CEC 505).

Le Christ a donné un sens nouveau à la souffrance par sa mort sur la croix. La dimension sacramentelle de l’Église, l’aujourd’hui de la mort et de la résurrection du Christ risquent d’être méconnues lorsqu’on parle de « ministère de guérison ». Le ministère de Jésus avant sa Pâque doit être regardé maintenant à la lumière de Pâques.

La place du charisme de guérison

Le Seigneur peut donner à certains un charisme de guérison, mais plus important que cela, c’est l’union à la passion du Christ dans la souffrance : « L’Esprit Saint donne à certains, un charisme spécial de guérison (cf. 1 Co 12, 9. 28. 30) pour manifester la force de la grâce du Ressuscité. Même les prières les plus intenses n’obtiennent toutefois pas la guérison de toutes les maladies. Ainsi saint Paul doit apprendre du Seigneur que « ma grâce te suffit : car ma puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9), et que les souffrances à endurer peuvent avoir comme sens que « je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église » (Col 1, 24) ». (CEC 1508).

C’est cette même doctrine que l’on trouve dans L’Instruction sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, parue en 2000. Guérir est un charisme et non pas un ministère : le charisme est un don fait à quelqu’un pour le bien de l’Église, don qui reçoit une reconnaissance de l’évêque, tandis qu’un ministère est un service de l’Église demandé par l’Église. Les ministères de guérison dans l’Église catholique sont les sacrements de la guérison.

Comparons avec les exercices spirituels ignaciens

Deux définition de la guérison intérieure parmi d’autres

Définition par un épiscopalien [Église anglicane américaine], George et Victoria Hobson :

La guérison intérieure est « l’action de Dieu en Jésus Christ — action à la fois puissante et tendre, opérée par le Saint Esprit à travers sa Parole, les sacrements, et la prière — pour guérir nos blessures psychiques générées par le péché des autres contre nous et aussi par des accidents et des événements d’histoire qui nous sont tombés dessus, comme les guerres ou les catastrophes naturelles. Ces blessures peuvent remonter jusqu’à la plus petite enfance, voire jusqu’au sein de la mère ; et parfois il y a même des blessures et des déformations qui sont transmises à travers les générations. »

La définition d’un catholique de la Communauté des Béatitudes, Bernard Dubois, est plus brève :

« La guérison intérieure s’opère par le regard miséricordieux du Christ posé sur nos blessures. Quatre étapes sont proposées pour orienter cette guérison :

– La prise de conscience des émotions qui nous habitent.

– La découverte du sens.

– Le choix de guérir ou la liberté de la volonté.

– L’expérience de l’union à Dieu. »

Au centre, les blessures psychiques générées par le péché des autres contre nous ; elles sont découvertes grâce aux émotions qui nous habitent. La liberté de la volonté entre en action pour la guérison ; et au terme : l’union à Dieu. On y retrouve des traces du voyage psycho-spirituel, le lien avec tous les êtres.

Recherche de la volonté de Dieu sur soi ou recherche de soi ?

Dans les Exercices spirituels des jésuites, le retraitant ayant médité sur son péché et fait l’expérience de sa fausse liberté, découvre que la vraie liberté ne peut être qu’un don gratuitement accordé en Jésus-Christ par Dieu lui-même. La vraie liberté, c’est l’ajustement de sa volonté à la volonté de Dieu. Mais quelle est la volonté de Dieu sur sa vie ? telle est la question que le retraitant se pose. Qu’est-ce que je fais de ma vie entière à la lumière de la volonté de Dieu ? Cette recherche de la volonté de Dieu entraînera inévitablement des mouvements intérieurs dans l’âme appelés motions qui se traduisent en consolations et désolations selon l’effet produit et sont à la source d’un combat spirituel. C’est par un discernement spirituel qu’on peut les reconnaître.

Péché ou blessure ?

La démarche psycho-spirituelle est centrée sur soi et non sur Dieu. La méditation sur le péché qui conduit à une fausse liberté est remplacée par la méditation sur les blessures qui entravent la liberté par la mise en place de réactions de défense, de protection. La recherche de la volonté de Dieu pour le servir, est devenue l’expérience du Christ qui descend dans les blessures pour les guérir.

La liberté intérieure qui permet une indifférence devant les pensées qui surgissent à l’esprit afin de discerner la volonté de Dieu, est remplacée par une libération des conséquences des blessures, par une libération de ce qui nous contraint. La guérison intérieure se veut être un processus qui nous rend libre pour le Christ. « La guérison consiste à être le moins contraint possible par les conditionnements. Elle vise la liberté intérieure pour pouvoir aimer Dieu et les autres plus profondément. »

Motions ou émotions ?

Alors que les motions par contre naissent d’un « toucher » divin, les émotions naissent d’un « toucher » par un objet extérieur. Chercher à connaître une blessure par le biais des émotions se réfère à l’affectivité sensible qu’il ne faut pas confondre avec l’affectivité spirituelle. Ce n’est pas l’expérience de foi qui est première mais le ressenti. La raison est absente.

Tout le cheminement décrit ici est lié à une gnose, et ne relève pas de la spiritualité chrétienne. Un seul indice : tous les grands spirituels catholiques enseignent qu’il faut se méfier des émotions, qu’il ne faut pas se laisser guider par le sensible dans la vie spirituelle. Vouloir s’ériger en maître spirituel en faisant fi de cet acquis de l’expérience séculaire, se croire investi d’une mission venant du Saint-Esprit pour révolutionner la spiritualité, ne peut que mal finir… Ce que nous avons sous les yeux en est une confirmation. Nous sommes en présence de ce que les anciens appelaient, dans la tradition catholique, l’orgueil des débutants. Saint Jean de la Croix a écrit : « Un certain orgueil secret porte les commençants à avoir quelque satisfaction de leurs œuvres et d’eux-mêmes. De là leur vient une certaine vanité, parfois très grande, à parler des choses spirituelles en présence des autres, et même quelquefois de vouloir les enseigner plutôt que de les apprendre. »

Une anthropologie a donc été bâtie qui exclut la raison et l’intelligence mais accorde un rôle presque unique à l’affectivité comprise comme la mémoire qui fait remonter des émotions. Cette perspective anthropologique est une véritable révolution copernicienne : la raison, l’intelligence, la volonté sont rayées de la carte, et les émotions occupent la première place. Nous retrouvons là le Nouvel Age, qui prône le passage de l’exaltation moderne de la raison à la valorisation des sentiments, des émotions et des expériences. Il y a un rejet de la raison accusée d’être froide, calculatrice et inhumaine.

Mettre quelqu’un dans ces conditions, c’est risquer de lui enlever à son insu toute possibilité de poser un acte libre ; il devient dès lors une proie facile à manipuler.

Le risque de remplacer la conversion par la guérison dans l’évangélisation

La guérison est-elle une nécessité pour que l’évangélisation soit authentique ? Car c’est la conception du salut qui est en cause, lorsqu’on parle de la guérison comme du troisième pilier de l’évangélisation, après l’inculturation du message et l’annonce de la Parole de Dieu. En fait, c’est la conversion et la foi, et non les prodiges, qui doivent accompagner la nouvelle évangélisation.

Pour la mouvance catholique issue du Renouveau et pour les évangéliques, le salut apporté par le Christ est étroitement articulé avec l’expérience personnelle de la guérison. La prédication est « Parole de Dieu », la guérison est « manifestation de Dieu ». C’est l’expérience de la guérison qui conduit alors à la foi.

Cela revient à dire que la subjectivité sauvée est devenue le socle sur lequel repose la foi, avec le caractère mouvant que cela implique. En fait nombre de chrétiens disent aujourd’hui implicitement : « Que m’importe que le Christ ait deux natures du moment qu’il est mon Sauveur », autrement dit : du moment qu’il guérit, que je suis guéri. Le lieu de cette guérison, qui se veut être expérience de Dieu, se vérifiera de façon privilégiée par les émotions, terrain mouvant s’il en est, et parfois dans le corps revenu à la santé.

Qu’en est-il en réalité du salut pour un catholique ? Le salut est un don qui transforme notre volonté, en l’unissant à l’offrande du Fils. Il nous unit à la kénose du Christ sur la croix, nous fait entrer dans son obéissance pascale qui est une obéissance filiale. La source de la sainteté, de la « santé », est là, dans la conversion de notre volonté pécheresse et pas dans la guérison.

Cependant la guérison est accordée à certains pour manifester dès maintenant la force de la résurrection à laquelle conduit l’Esprit qui nous unit à l’offrande du Christ.

Question ultime : quelle foi résultera d’une évangélisation centrée sur la guérison ?

 

Extraits du document de Sœur Marie-Ancilla « La guérison intérieure, catholique ou holistique ? »,

réadaptés en 2012 par le P. Dominique Auzenet .

Le texte complet de Sœur Marie-Ancilla  a été publié sous le titre : « Guérison et délivrance. Des ministères ? » ISBN 978-2-918865-17-9

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