Surnaturel ou paranormal ?

CONTENU

Une triple problématique : charismes, révélations privées, pouvoirs occultes.

Mises en situations actuelles : Vassula, Arnaud et Jean, les Cénacles de Vallet, Marie Grèze, Patricia Darré...

Éléments de discernement sur les charismes.

Éléments de discernement sur les pouvoirs occultes.

Éléments de réponse à la question : surnaturel ou paranormal.

Conclusion

1. Une triple problématique

La tentative de discernement sur laquelle nous allons travailler se situe à l’intérieur de la foi. Je vais donner trois lieux spécifiques pour en montrer la nécessité.

1. Depuis les débuts de l’Église, les charismes existent ; mais depuis 50 ans, certains d’entre eux sont réapparus massivement, ceux qui sont mentionnés dans les Actes des Apôtres, et énoncés par Saint-Paul dans le passage bien connu de 1 Corinthiens 12 ; c’est à travers le courant du renouveau charismatique que de nombreuses personnes ont fait l’expérience d’accueillir et d’exercer ses charismes. Saint-Paul encourage leur exercice, à travers la phrase bien connue : « N’éteignez pas l’Esprit Saint, ne dépréciez pas les dons de prophétie ; mais vérifiez tout ; ce qui est bon retenez-le. » (1 Th 5, 19) Paul encourage, mais il appelle aussi au discernement : « Vérifiez tout : ce qui est bon retenez-le. »

S’il faut retenir ce qui est bon, cela veut dire que dans l’exercice des charismes, il y aura aussi des choses moins bonnes. Et il est vrai qu’à travers les vagues successives du renouveau, on a assisté à une certaine mainmise sur les charismes qui a été la source de déviances. La question se pose donc de savoir si l’exercice de tel ou tel charisme prophétique, de guérison, de repos dans l’esprit, provient d’une source pure où se trouve polluée par trop d’éléments du psychisme humain, voire contaminé par des réalités occultes.

2. Depuis toujours, dans l’Église, des personnes prétendent avoir des révélations privées provenant de Jésus ou de la Vierge Marie. Dans certains cas, l’église fait tout un travail de d’appréciation et de discernement des messages qui sont transmis ; cela peut aller jusqu’à une sorte de reconnaissance officielle : je pense notamment à Marguerite Marie Alacoque à Paray-le-Monial (fête du Sacré-Cœur), ou à sœur Faustine Kowalska a à Cracovie (fête de la Divine Miséricorde), ces deux révélations privées allant donc jusqu’à provoquer une célébration dans le missel Romain.

Mais en fait, il existe une floraison une multitude de publications, conférences, de revues, qui font état de messages reçus d’en-haut, et mis ainsi directement à disposition du public sans aucun discernement. C’est le lieu de nombreuses malversations et les critères d’un véritable discernement sont rarement appliqués. Il en résulte à l’intérieur du peuple de Dieu l’existence d’une pente savonneuse de crédulité, celle-ci se situant trop souvent dans la continuité de l’acte de foi. Confondre l’acte de foi objectif en des réalités qui par ailleurs sont soigneusement passées au tamis de l’analyse critique de la raison, et la crédulité qui consiste à accorder crédit à toutes sortes de messages pourvu qu’ils soient étiquetés spirituels et divins, devient monnaie courante chez les chrétiens.

Si certains moyens pour recueillir et transmettre ses messages sont repérables comme provenant d’une origine occulte (par exemple l’écriture automatique, ou encore la sensibilité médiumnique), la plupart du temps il est impossible de discerner facilement l’origine de telle ou telle révélation. C’est pourquoi la porte reste largement ouverte à un flou artistique dont le spectre peut aller des pieuses pensées émises par écrit jusqu’aux compositions élaborées fabriquées de toutes pièces. Seule une étude approfondie des messages, et aussi autant que possible qu’une connaissance des personnes qui les reçoivent, peuvent permettre de se prononcer de façon décisive.

3. Depuis toujours, deux domaines de réalités occultes sont florissants.
– Celui de la fausse guérison. De très nombreuses personnes demandent le service d’un soulagement de leurs souffrances à des gens dont ils pensent qu’ils ont un don venant de Dieu, mais qui se révèle être un pouvoir occulte. La conjuration magique des maladies, en particulier des brûlures, mais aussi le magnétisme guérisseur, sont deux domaines où la plupart des chrétiens, y compris les prêtres, baignent dans une très grande confusion. Les thérapies alternatives et les propositions de bien-être peuvent être instrumentalisées par ces réalités occultes de la fausse guérison.

– Un autre domaine est celui de la fausse connaissance des choses cachées, concernant la vie des personnes ou la vie du monde, qui se révèle être de la divination et de la médiumnité occultes, alors que la plupart des personnes pensent qu’il s’agit de prophétie ou de psychologie très affinée. Ajoutez à cela la profusion d’anges, de guides spirituels, d’esprits, ou d’âmes errantes dont on prétend recevoir des lumières dites spirituelles… Nous naviguons donc en pleine confusion, et nous allons essayer de proposer quelques critères de discernement. Continuer la lecture de « Surnaturel ou paranormal ? »

Trouver la juste place de la guérison dans la marche vers la sainteté

CONTENU

La recherche des blessures est-elle inscrite dans l’Évangile ?

= Jésus est un homme blessé

= Jésus n'a jamais parlé de ses blessures

= Jésus regarde les hommes : des enfants de son Père, quel que soit leur état corporel et psycho-relationnel.

= La recherche des blessures risque donc de détourner gravement les personnes du chemin habituel de la vie spirituelle.

= Ne faut-il pas accueillir aujourd’hui ce message de l’Évangile sur la guérison des blessures ?

Une santé psychique équilibrée serait-elle nécessaire pour une vie spirituelle heureuse ?

= Pourquoi une telle importance accordée aux blessures comme si la sainteté exigeait leur guérison ?

= Vouloir découvrir les blessures à tout prix, et se focaliser sur leur guérison… n’est-ce pas une inversion du mouvement de la vie spirituelle ?

= L’accompagnement spirituel ne risque-t-il pas de glisser alors vers la psychothérapie ?

La sainteté est le fruit d’une vie spirituelle autonome, elle n’exige pas la guérison des blessures psychiques

= Par sa vie psychique, l’homme s’affirme sujet se réalisant lui-même au sein du monde et de l’humanité.

= On ne peut admettre que la vie spirituelle chrétienne puisse être déterminée de quelque manière par la vie psychique. 

= La vie spirituelle est donc radicalement autonome par rapport à la vie psychique.

La recherche des blessures est-elle inscrite dans l’Évangile ?

= Jésus est un homme blessé

La Révélation nous dévoile le Dieu Trinité, Père, Fils et Esprit, et elle nous découvre le visage de l’homme juste en ce monde, celui de Jésus, vrai Fils de Dieu : c’est le visage d’un homme blessé dont les blessures ne seront pas guéries.

« Voici l’homme ». Devant Pilate, Jésus est le Fils de Dieu fait homme au terme de son cheminement parmi nous. Il est le juste en qui nul mal ne fut trouvé, l’homme vrai qui assume son insertion dans l’histoire. Il est la Vérité, telle qu’elle est présente en notre monde. Et c’est un homme blessé qui est ainsi devant Pilate, un homme dont les blessures ne seront pas guéries. Le Fils de Dieu qu’il est n’en est pas exempté : il est vrai homme. En vrai Fils de Dieu qu’il est, il nous montre simplement le chemin, c’est-à-dire comment un fils de Dieu vit en homme blessé si bien que l’Esprit répandu dans nos cœurs nous invite à nous comporter comme lui lorsqu’à notre tour nous sommes blessés.

« Voici l’homme ». Qui parcourt le chemin de l’existence se retrouve toujours de quelque façon blessé car les blessures sont inévitables ici-bas. Mais il est de la vocation de l’homme de vivre ces blessures en enfant du Père, donc comme le Fils qui, crucifié, manifeste que ces blessures ne l’empêchent pas d’aimer ses frères humains, même ceux qui le blessent. À son tour, il prend le chemin de la glorification. Continuer la lecture de « Trouver la juste place de la guérison dans la marche vers la sainteté »

Ambiguïtés de la recherche contemporaine de guérison intérieure

CONTENU

Une recherche qui s'enracine dans le new-Age

Une recherche qui s'enracine dans la psychologie transpersonnelle

Une mise en forme similaire dans la psycho-spiritualité catholique

La question du charisme de guérison et des sacrements de guérison

Comparons avec les Exercices Spirituels ignaciens

Le risque de remplacer la conversion par la guérison dans l'évangélisation

 

Nous sommes, depuis quelques décennies, en face d’une quête massive de guérison, et il ne faut pas trop vite la mépriser : elle a toujours existé sous des formes diverses, comme le montrent les prières adressées à la Vierge Marie ou à des saints. Mais est-ce que la guérison recherchée aujourd’hui est regardée comme un signe de Dieu qui provoque à la conversion, est-ce qu’elle est le signe de la miséricorde de Dieu ; ou est-ce qu’elle est un but en soi, la condition sine qua non pour avancer dans la vie spirituelle ? Car alors, Dieu est mis à notre service.

Jésus a guéri de nombreux malades de toute sorte, mais ce qu’il leur propose, c’est la foi. Et quand certains d’entre eux s’arrêtent à la guérison, il est déçu. Les guérisons qu’il a accomplies sont des signes de ce qu’il apportait, des signes du Royaume présent parmi nous. Il n’est pas venu pour être le thérapeute super-puissant à bon marché ! Il annonce le Royaume, il annonce son Père et il donne quelques signes sur le chemin, comme les guérisons.

Pourquoi ce surgissement dans l’Église, d’une recherche de guérison ? Pourquoi des méthodes diverses inédites pour les provoquer ? Réfléchissons en fonction du contexte.

Une recherche qui s’enracine dans le Nouvel Age

Première surprise : si l’on consulte le Dictionnaire de Spiritualité on constate que le terme « guérir » « guérison intérieure » en sont absents. Ce n’est donc pas du côté de la tradition spirituelle catholique qu’il faut chercher la source de l’engouement pour la guérison. Par contre, si l’on recherche sur Internet « guérison spirituelle » on récolte des informations surabondantes, le plus souvent dans un contexte ésotérique. Continuer la lecture de « Ambiguïtés de la recherche contemporaine de guérison intérieure »

Gnose, foi, et psychologie

Dans un commencement Dieu a créé le monde visible et invisible par sa Parole.

« Et Il vit que cela était bon. » Gn 1

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, homme et femme il les créa. » Gn 1,27.

« Et il vit que cela était très bon. » Gn 1, 31.

Tous les mots de la Genèse comptent, or chacun de ces mots est contesté par la gnose et les gnostiques.

Commencement, Bereshit en hébreu, Dieu crée le monde ex nihilo c’est-à-dire à partir de rien. Les gnoses donnent d’autres explications et contestent cette création de Dieu.

Dieu a créé. Les gnostiques disent que ce n’est pas Dieu qui a créé le monde, mais un démiurge indifférencié qui l’a organisé.

Par sa Parole. Pour la Bible, la Parole de Dieu est créatrice, à l’origine de toute création, et salvatrice en Jésus-Christ. Cette conception est contestée et même combattue par les gnostiques.

Homme et femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Cela est bon. Pour eux la création n’est pas bonne, elle est la conséquence de la chute de l’esprit dans la matière

Et le serpent arrive. « Le plus rusé de tous les animaux des champs» Gn 3,1.

« Alors il dit à la femme. »

Avec qui voulons-nous engager le dialogue ?

Ce dialogue est fait de subtilités, qu’il s’agit de détecter dès le début. Le serpent est maître en subtilité mensongère, il fait dire à Dieu :

« Alors Dieu a dit : vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? » Gn 3, 1.

Dieu en réalité avait dit : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Gn 2,16.

La femme répondit au serpent. Et là est le drame, il ne faut pas écouter le serpent et il faut encore moins lui répondre, car il est le maître de l’embrouille. Continuer la lecture de « Gnose, foi, et psychologie »

Identification d’attitudes sources de dérives sectaire potentielles dans la vie communautaire ecclésiale

Nous allons tenter d’identifier quelques dangers de dérives présents au cœur de la vie chrétienne communautaire (paroissiale et/ou résidentielle). La vie chrétienne est par nature communautaire selon le paradigme présenté par le livre des Actes des Apôtres sur l’œuvre de l’Esprit en enfantement de l’Église primitive : « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun » (Ac 4,32). Cette vie communautaire se décline ensuite selon différents degrés d’intensité, conformément aux appels, aux vocations, aux engagements missionnaires, aux époques traversées, aux nécessités ecclésiales…

Il ne faut pas omettre de parler de la vie communautaire conjugale et familiale qui est sans doute la forme la plus spécifique et la plus répandue de la vie communautaire chrétienne, à condition qu’on la prenne au sérieux : la famille est une « église domestique », une petite cellule de la grande communauté ecclésiale. Mais précisément, des livres de plus en plus nombreux attirent notre attention sur les dérives présentes dans la vie familiale (je pense par exemple au livre récent de Christine Calonne, Petits abus de pouvoir en privé ; reconnaître les situations toxiques et poser des limites, Ixelles éditions, 2012 »)

Compte tenu de la floraison de Communautés nouvelles à partir des années 70-80, on serait tenté, pour parler de dérives sectaires en milieu ecclésial, de regarder d’abord de ce côté. En effet, le phénomène communautaire est clairement affirmé, donnant lieu à une créativité souvent mal encadrée, et donc donnant à terme plus de déviances à observer. Il semble même vraiment que la vie chrétienne communautaire résidentielle, le bouillon de culture communautaire, soit une sorte de milieu porteur de développement de déviances graves en rapport avec la volonté de puissance. Continuer la lecture de « Identification d’attitudes sources de dérives sectaire potentielles dans la vie communautaire ecclésiale »