Édouard Durand, magistrat français spécialisé sur la protection de l’enfance, les violences conjugales et les violences faites aux enfants est président de la CIIVISE (commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles). Il est intervenu sur ce thème ” Ne pas être spectateur de la violence”.
Agir, la meilleure façon de résister au trauma
Que faire face aux violences dont nous pouvons être témoins ? « Ne pas détourner le regard, refuser d’être complice » souligne Anne Lécu, religieuse et médecin en prison, qui s’appuie sur les analyses de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.
Édouard Durand a déployé devant les participants ce qui pourrait être un art d’agir, qu’il convient de développer pour lutter contre nos pentes naturelles à ne pas agir, qu’il a appelées des bonnes planques . Il n’est pas lieu ici de résumer son intervention, mais d’en donner quelques arêtes qui pourraient nous aider à réfléchir.
Le juge Durand a commencé par citer Charles Péguy (1873-1914), dans une de ses formules tranchantes : « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit« . La première action, c’est ouvrir les yeux et voir vraiment ce que l’on voit. Une manière de ne pas voir, de laisser faire, serait, selon les mots de Marc Crépon, un consentement meurtrier passif .
Le juge Durand l’expose très clairement : « Ne pas être spectateur de la violence, ne pas vouloir être complice de l’agresseur. C’est un acte volontaire. Comme une décision qu’on prendrait. Parce qu’il est beaucoup plus commode de faire comme si on ne voyait pas, comme si cela ne nous regardait pas, comme si agir serait pire encore que de ne rien faire. » Et de poursuivre en montrant que la violence est toujours une histoire de vie ou de mort.
La violence est toujours liée au pouvoir et au corps. La violence n’est qu’un instrument. Un instrument pour prendre le pouvoir sur l’autre. Et la violence, quelle qu’elle soit, a toujours un effet, celui de réduire la victime à son corps, au corps objet.
Nos « bonnes planques »
Aussi, agir, pour le juge Durand, c’est avant tout débusquer nos bonnes planques. Je n’en citerai que deux sur les cinq qu’il propose : la neutralité, car « être neutre, c’est être du côté de l’agresseur ; nommer, c’est prendre parti » ; la complexité qui nous fait dire que « c’est beaucoup plus compliqué » . C’est une bonne planque car cela permet de faire semblant de changer.
Nous en sommes donc là. Demander un travail colossal à des groupes après le rapport de la Ciase et puis dire à ceux qui ont véritablement travaillé que tout cela est très important, sans que des actions concrètes se dessinent, car c’est très compliqué, peut générer une grande lassitude et un vrai désespoir. La politique, y compris dans l’Église, devrait donner un cap et mettre en mouvement ceux qui en ont le désir, ne pas se planquer, en somme.
Les psychologues nous ont pourtant appris que, lors d’un accident ou d’une catastrophe, ceux qui n’ont pas subi mais ont agi, ne serait-ce qu’un tout petit peu, ceux qui n’ont pas laissé les événements décider pour eux, s’en sortent mieux que ceux qui n’y sont pas arrivés. Dans le travail lent et poussif d’affrontement à la vérité dans notre Église, il ne faut donc pas lâcher l’affaire mais continuer à trouver patiemment des leviers afin de ne pas subir la situation que nous connaissons.
« Un monument de pseudo-religiosité ».Réquisitoire contre le Poème de l’Homme-Dieu
Article publié dans The Catholic Word Report. 14 septembre 2021. Traduction de l’anglais : D. Auzenet, avec l’aide de Linguee. La question de l’antisémitisme est abordée dans le point 4 de l’article.
Photo mise en avant : Maria Valtorta (1897-1961) En 1918, à l’âge de 21 ans, dans l’uniforme d’une infirmière samaritaine, pendant la Première Guerre mondiale. Maria Valtorta a été la première femme à se rendre à l’hôpital.
L’auteure de l’article : Sandra Miesel
Sandra Miesel est une médiéviste et écrivaine américaine. Elle est l’auteur de centaines d’articles sur l’histoire et l’art, entre autres sujets, et a écrit plusieurs livres, dont The Da Vinci Hoax : Exposing the Errors in The Da Vinci Code, qu’elle a co-écrit avec Carl E. Olson, et est co-éditrice avec Paul E. Kerry de Light Beyond All Shadow : Religious Experience in Tolkien’s Work (Fairleigh Dickinson University Press, 2011).
Pourquoi, pendant toutes ces années, si peu de lecteurs du Poème de l’Homme-Dieu, de Maria Valtorta, ont-ils remarqué ses défauts flagrants et choquants ?
Cette
année, Yom Kippour, le jour juif de l’expiation, commence
au coucher du soleil le 15 septembre. C’est le point culminant
des jours saints, lorsque les jugements de Dieu sont scellés sur les
pécheurs impénitents. Il m’a donc semblé opportun d’honorer le
peuple de mon père en examinant un livre criblé d’antisémitisme
grossier, mais longtemps admiré dans certains cercles
catholiques pieux : Le Poème de l’Homme-Dieu de Maria
Valtorta.
1. Le contexte
Voici
un bref aperçu pour ceux qui ne se souviennent pas de l’apogée de
Valtorta dans les années 1990, lorsque le monde chrétien était en
proie à des spéculations sur la fin des temps et que de nombreux
catholiques se ralliaient à l’apparition du mois. Pour ses
partisans, le Poème est une expansion « impeccable »
des Évangiles qui a profondément amélioré l’âme de ses
lecteurs. Mais en 1959, il est devenu l’avant-dernière publication
inscrite à l’Index des livres interdits du Vatican.
Maria
Valtorta est née de parents lombards le 14 mars 1897 à
Caserte, en Italie. Son père était un sous-officier de l’armée.
Son éditeur décrit sa mère comme « insensible »,
« despotique » et extrêmement sévère. La mère de Valtorta
a mis un frein à son éducation et a mis fin à deux amours
prometteuses.
Après
avoir prononcé ses vœux privés en 1931, Valtorta aspire à devenir
une « âme victime » et devient définitivement grabataire
deux ans plus tard en raison d’un problème cardiaque et d’une
ancienne blessure au dos. Son directeur spirituel était le père
Romauld Migliorini, membre des Servites de Marie. Valtorta était
tertiaire dans le même ordre qui n’a cessé de promouvoir ses
écrits et sa réputation de sainteté.
Valtorta
est censée avoir offert à Dieu le sacrifice de son intelligence en
1949. Elle a progressivement cessé d’écrire au fur et à mesure
que ses problèmes mentaux augmentaient au cours de la décennie
suivante. Au moment de sa mort en 1961, elle avait atteint ce que le
père Benedict Groeschel C.F.R. a décrit comme « un état
similaire à la schizophrénie catatonique ». La maladie
suffirait à expliquer son déclin sans rechercher des causes
diaboliques, comme certains critiques l’ont tenté. Elle est
décédée le 12 octobre 1961.
Composé à l’origine de 10 000 pages manuscrites entre 1943 et 1947, le Poème publié est une Vie du Christ de 4 000 pages dans laquelle des scènes décrivant des visions sont entrecoupées de commentaires directs de Jésus et de Marie. Valtorta pouvait se souvenir — et plus tard clarifier — ce qu’elle disait avoir vu dans ses visions, mais pas la dictée qu’elle enregistrait par un procédé ressemblant à l’écriture automatique. Les textes de Valtorta, générés au hasard, ont été dactylographiés et classés dans la chronologie de l’Évangile par le père Migliorini, qui a commencé à en faire circuler certaines parties en privé.
En matière de dérives sectaires, sortir de l’emprise est un processus compliqué, lent et douloureux. Très peu documentée, rarement racontée, cette exfiltration représente des années d’efforts, de combats et de rechutes.
À travers le récit de cinq anciens adeptes, le film retrace ce parcours de la déprise. Vers qui se tourner lorsqu’on a coupé les ponts avec sa famille, ses amis, ses collègues ? Comment s’arracher à sa propre identité construite quand notre cerveau nous colonise de l’intérieur ? Et quel secours les services de police spécialisés ou la justice apportent-ils dans cette longue épreuve de reconstruction ?
En matière de dérives sectaires, comment sort-on de l’emprise ? Entre vertigineuse solitude et renaissance, les bouleversants récits croisés de victimes qui témoignent de la descente aux enfers et de la lutte pour s’arracher à la sujétion.
Nicolas est né au sein d’une famille de Témoins de Jéhovah. Retraçant son conditionnement, il raconte ses terreurs enfantines nourries par les mises en garde contre le « monstre Satan » et ses démons, sa différence moquée à l’école et sa descente aux enfers à l’adolescence, avant l’arrachement familial à 22 ans puis la lente reconstruction. Abusée, comme Yohann, par les valeurs vaguement humanistes de l’Université de la nature et de l’écologie de la relation lors d’un stage au Maroc, Julie, elle, s’est laissé embarquer pendant six ans dans un funeste engrenage. Lequel l’a conduite jusqu’en prison, début de sa déprise. Pour David et François, tout a commencé par de banales séances de kung-fu au parc de La Villette, avant la dérive au sein des Guerriers de lumière une décennie durant. Tous racontent, émotion encore à fleur de peau, les étapes de l’emprise et les mécanismes de la manipulation, qui les ont plongés au coeur noir de ces mondes parallèles. Comment, dès lors, ces victimes ont-elles réussi à s’échapper pour se réapproprier leur vie ? « Sortir de l’emprise, c’est accepter de faire table rase, de tout détruire… » Main tendue de l’entourage, dessillement du regard et rupture parfois appuyée par de salvatrices procédures judiciaires : se défaire de la sujétion psychologique relève d’un long et douloureux processus. « La déprise, insiste David, c’est ultraviolent. Tu es seul. »
Sortie des ténèbres
Retraçant leur parcours avec une touchante lucidité, ces anciens adeptes, qui se sont pour certains égarés à trop vouloir sauver l’humanité, ont fait preuve de ressources intérieures et d’une remarquable force de vie pour briser leurs chaînes. Mais s’ils n’occultent rien de l’aveuglement et des épreuves traversés, leur sortie des ténèbres se révèle aussi porteuse d’espoir. Entrelaçant le récit de leur expérience et des séances en immersion à la Caimades (Cellule d’assistance et d’intervention en matière de dérives sectaires) auprès de professionnels et de policiers à l’écoute, Karine Dusfour, évitant l’écueil du fait divers lié au sujet, interroge aussi les dimensions politiques et sociétales de la déprise, dont l’accompagnement pâtit d’un cruel manque de moyens, en esquissant des voies pour lutter contre ce fléau, qui peut frapper tout un chacun.