Sorcières, féminisme, féminin sacré

par Elisabeth Feytit

Dans le sillage du mouvement actuel de prise de parole des femmes, le concept de “sorcière moderne“ ne cesse de prendre de l’ampleur, sur les réseaux sociaux comme dans les cercles féministes. Revendiquant des racines historiques médiévales, il promeut la prise de conscience de pouvoirs oubliés que les femmes pourraient cultiver afin de se libérer de l’assujettissement patriarcal. Mais certaines voix s’élèvent pour dénoncer des croyances infondées exacerbant l’individualisme et les stéréotypes.

En février 2023, j’étais invitée à intervenir à la médiathèque de Quéven, près de Lorient, dans le cadre de leur cycle de conférences “Esprit [critique] es-tu là ?“ qui propose d’aborder de manière méthodique et rationnelle des sujets parfois épineux, à l’articulation de la science et de la société.

Quelles sont les différentes manières d’être sorcière aujourd’hui ? Existe-t-il un lien avec le féminin sacré ? Quelle contribution les sorcières modernes peuvent-elles apporter à la cause féministe ? Autant de questions abordées pour tenter de définir les contours de ce mouvement florissant sur les rayons de librairie comme dans la vraie vie.

Un podcast de 1h15.

T I M E C O D E S 01:37 : Sorcellerie et féminin sacré : mouvement New Age, masculin sacré, essence féminine, potentiel spirituel, empowerment, procès en sorcellerie, opposition à la rationalité, succès de librairie, soins holistiques, qu’est-ce que les énergies vibratoires, qu’est-ce que l’intuition, pensées heuristiques, débrancher le mental. 19:34 : Les différentes manières de se penser sorcière : sorcellerie, sang menstruel, rituels, tentes rouges, sœurcières, actions politiques des sorcières, féminisme, écologie, cercles de femmes, idées spirituelles, jeter des sorts, violences sexuelles, retard de prise en charge psychologique, isolement social, emprise mentale. 28:35 : Un boom des nouvelles spiritualités ? : augmentation des croyances avec la pandémie ? rapport de la Miviludes, les entrepreneurs du bonheur, les apports de la sorcellerie au féminisme ? fausses informations sur la santé des femmes, évasion du monde réel ? passer d’une croyance à l’autre, questionner ses croyances. 40:20 : Questions du public : binarité des genres, essentialisme, stéréotypes de genre, matriarcat originel, sentir les énergies, mécanismes de décroyance, dilatation de l’aura, transe chamanique, confiance en la science. 51:58 : Herboristerie et naturopathie : millepertuis, antidépresseur, effet placebo, appel à la nature, appel à la tradition, formation de naturopathie, vénération de l’utérus, réduction de la femme, Miranda Gray, augmentation de l’essentialisme ? action à un niveau subtil, écovillages, escalade d’engagement, relation amoureuse, peut-on faire sortir quelqu’un d’une croyance ? 01:05:03 : La spiritualité empêche-t-elle le ressenti ? Fuite en avant ? L’idéal des sorcières donne une image rassurante, “La meilleure version de moi-même“.

16 mn. Le féminin sacré est présenté comme l’essence à laquelle les femmes sont invitées à se fier pour être elles-mêmes, se respecter et incarner leur divinité propre. C’est une voie initiatique personnelle qu’il appartient à chacune de trouver pour exprimer qui elle est vraiment, au plus profond d’elle-même, hors de l’image imposée de la mère de famille muette et perdue sans les hommes.

29 mn. Matriarcat, Déesse-Mère, archétypes, puissance des sorcières… Ce deuxième volet nous en apprend un rayon sur les fondements théoriques du concept de “féminin sacré“ ! Il analyse aussi en profondeur les effets de pratiques qui ont pour but de servir une cause noble : la création d’espaces d’expression pour une reprise de confiance des femmes.

Ce à quoi une secte peut aboutir

47 membres d’une secte retrouvés morts de faim après avoir jeûné pour « rencontrer Jésus »

Le Messager, par Luc Monge

47 corps de fidèles, probablement morts de faim, c’est la terrible découverte des autorités au Kenya dans le cadre d’une enquête sur une secte. Ils auraient été poussés par le gourou à jeûner pour « rencontrer Jésus ».

Au Kenya, la police a découvert 47 corps morts de faim, dans une secte oùle gourou avait appelé les fidèlesà jeûner pour aller à la rencontre de Jésus.

Un nouveau et terrible drame sectaire

Deux enfants étaient morts de faim, le mois dernier dans cette secte l’Église Internationale de Bonne Nouvelle (Good News International Church) au Kenya. Ce qui avait provoqué l’arrestation du gourou Makenzie Nthenge. Qui avait été relâché après s’être acquitté d’une caution de 100 000 shillings kényans (environ 670 euros).

La semaine dernière, la police, renseignée, d’après ce qu’ont indiqué les autorités locales à l’AFP, par des informateurs anonymes alertant sur des personnes « mortes de faim sous prétexte de rencontrer Jésus après avoir subi un lavage de cerveau par un suspect, Makenzie Nthenge, pasteur de l’Église Internationale de Bonne Nouvelle », sur une possible fosse commune, est de nouveau intervenue dans une forêt de l’Est du pays. Y découvrant quatre personnes décédées.

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LIRE L’ARTICLE DE LA CROIX : Comment prévenir les dérives sectaires en Afrique ?

Impostures mystiques

Entretien — Fausses apparitions de la Vierge, faux stigmatisés, révélations douteuses sur la vie du Christ… Comment faire le tri entre ces phénomènes qui déplacent pourtant des foules ? Auteur de Impostures mystiques, qui vient de paraître au Seuil, l’historien des religions Joachim Bouflet analyse ces phénomènes et propose quelques critères de discernement. Sur le site de La croix le 20 avril 2023.

La Croix : Pourquoi les phénomènes surnaturels – apparitions à Medjugorje, révélations divines à Maria Valtorta (1897-1961) pour les plus connus – connaissent-ils un tel succès ?

Joachim Bouflet : Ceux qui vont en pèlerinage à Medjugorje ou ailleurs, ou qui lisent et croient les révélations de Maria Valtorta cherchent d’abord à se rassurer dans des périodes difficiles. Ils ont besoin de croire en un avenir meilleur, qui verra se réaliser les promesses du Ciel.

Et puis la doctrine de l’Église ne leur suffit pas, elle est trop complexe, trop intellectuelle, bref, trop exigeante, elle demande une forme d’ascèse. Les Évangiles, eux, sont trop sobres, ils ne touchent pas leur affectivité. Je suis frappé par la part de sentimentalisme qui joue dans les impostures mystiques.

Enfin, beaucoup ont besoin de merveilleux et d’extraordinaire pour croire. Même si, dans les Évangiles, Jésus ne parle jamais de miracles, quand il guérit les malades, mais de signes. Ces signes nous sont donnés pour conforter notre foi, ils ne sont pas destinés à prouver la véracité de ce que nous croyons.

L’Église s’intéresse à ces phénomènes, puisqu’elle valide – ou non le plus souvent – leur authenticité. Pourquoi ?

J. B. : Pour l’Église, les révélations privées que reçoivent les visionnaires ne sont pas nécessaires à la foi. Mais en vertu de son magistère, elle a le droit et le devoir de porter un jugement sur ces révélations. Elle doit aussi contrôler la piété populaire afin de la recentrer sur l’Évangile. En effet, celui-ci est souvent relégué à la deuxième, voire à la troisième place.

C’est très clair dans le cas de Maria Valtorta, qui prétend avoir reçu des révélations de Jésus lui-même, destinées à rendre les Évangiles plus compréhensibles. Elle présente en réalité ses écrits comme un cinquième évangile. L’Église n’a jamais reconnu l’authenticité de ses visions et des propos que le Christ lui aurait « dictés ». Pourtant, son Évangile tel qu’il m’a été révélé, et toute son « œuvre » de plus de 13 000 pages, truffée d’anachronismes, d’erreurs et de déviances doctrinales, voire d’épisodes scabreux, continuent d’être largement diffusés.

Qu’est-ce qui permet de repérer une imposture mystique ?

J. B. : Le mensonge d’abord, ou l’affabulation. On ne peut pas en juger dans tous les cas, mais je pense qu’il y a toujours un moment où la personne sait qu’elle ment. Puis cela devient une habitude, le mensonge se répète, on affabule sans forcément s’en rendre compte. Du côté des hommes, beaucoup se sont fait passer pour des prêtres, voire pour le futur pape.

On est alerté aussi quand le ou la visionnaire cherche à se mettre en avant. La fraude se confirme encore quand les voyants ou leur entourage tirent un profit matériel de leur « expérience mystique ». Évidemment, l’imposture est révélée aussi par les « messages célestes » qu’ils délivrent, quand leur conformité à la doctrine et à l’enseignement de l’Église est plus que douteuse. Car, en voulant en rajouter à la doctrine, on se trompe dans la plupart des cas.

Enfin, les phénomènes d’emprise et de dérive sectaire qui se nouent parfois, malheureusement, entre les prétendus voyants et leur entourage, sont une autre preuve de l’imposture. Comme dans le cas de William Kamm en Australie, qui fut condamné en 2005 et 2007 à plusieurs peines de prison pour agressions sexuelles sur des adolescentes.

Mais le critère ultime, en réalité, c’est le temps. Nombreux sont les phénomènes dont je parle dans mon livre, même récents, qui finissent par tomber dans l’oubli après avoir défrayé la chronique et déplacé des foules. Le temps est le plus grand critère d’authenticité. Malheureusement nous vivons dans une civilisation de la vitesse et de l’immédiateté, et nous tombons facilement dans le panneau.

D’après certains de ces critères, les apparitions de Medjugorje présentent de nombreux signes d’imposture, et l’Église ne les a jamais reconnues. Pourquoi, alors, a-t-elle autorisé un pèlerinage ?

J. B. : Pour que la piété populaire soit cadrée et accompagnée, d’abord, plutôt que livrée à elle-même. Ensuite, on passe généralement sous silence les mauvais fruits de Medjugorje. À commencer par les menaces et calomnies proférées par les tenants des apparitions contre ceux qui les croient fausses.

Cependant, il faut reconnaître qu’il y a eu de nombreuses grâces en ce lieu, même si on ignore combien de conversions ou de vocations trouvées là ont été durables – personne n’en a assuré le suivi. Les grâces, en effet, ne tiennent pas à la véracité ou non des apparitions, elles tiennent

L’Ennéagramme n’est ni catho ni casher

La lecture de ce livre, publié aux éditions du Cerf, m’a réjoui. Une documentation extrêmement approfondie. De plus, Anne Lécu tient un rôle non négligeable : celui de Terminator, pour envoyer les contorsions intellectuelles du père Pascal Ide sur l’ennéagramme au tapis…

Voici quelques lignes de sa conclusion :

1. L’Ennéagramme provient de l’occultisme, ce qui est le plus souvent… occulté au profane, qu’il soit croyant ou incroyant. Cette dissimulation a pour but de le rendre encore plus invasif car ni la spiritualité, ni la psychologie authentiques ne sauraient intégrer sa logique mécanique ou ses présupposés gnostiques.

2. L’initiation à l’Ennéagramme repose sur un modèle … initiatique, puisqu’il est proscrit de l ‘« appren­dre » seul et qu’il ne peut être que l’objet d’une « trans­mission » au sein d’un groupe. Ce qui annihile la critique externe et paralyse la critique interne sous couvert de « travailler » à l’émergence d’une conscience libre.

3. L’Ennéagramme est un dispositif axiomatique et totalisant qui plie à son cadre l’exégèse théologique, le commentaire philosophique, l’analyse psychologique, la théorie scientifique qui lui convient et, sinon, l’exclut puisqu’il se veut la norme et la clé de toute réflexion. Quiconque, croyant ou incroyant, veut l’adapter à sa tradition de pensée doit en conséquence distordre celle-ci pour la rendre conforme à ce modèle absolu ainsi que le montre l’assimilation courante de la « trans­formation de soi » à la conversion religieuse ou à la guérison médicale.

4. L’Ennéagramme est autocentré et circulaire, ce qui le rend étanche à la moindre critique, puisque quiconque s’y risque voit ses remarques réduites à une des caractéristiques de son type et doit alors s’en justifier.

5. L ‘Ennéagramme est hors de tout processus de vérification, puisqu’il est à la fois dépourvu de base scientifique et de protocole d’évaluation, le critère souvent avancé de la « satisfaction client » n’ayant rien d’objectif.

6. L’Ennéagramme assigne chaque individu à un type qui s’apparente à un destin, lequel ne se distingue pas d’une fatalité. Or, la liberté humaine, ainsi que définie par les philosophes et à commencer par Aristote, réside dans la possibilité des contraires, le « pouvoir ne pas». Toute caractérologie qui s’abîme dans le détermi­nisme annule à terme le libre arbitre.

7. L ‘Ennéagramme est avant tout un commerce placé sous le signe de l’argent qui parle de compassion et profite au capital. Combien coûte-t-il à ses consomma­teurs ? Combien rapporte-t-il à ses commissionnaires ? Combien gagnent, petits ou grands, ses propagateurs, entrepreneurs, formateurs, animateurs? Et pour quel gain réel chez leurs adeptes-clients ?

8. L’Ennéagramme engendre, potentiellement ou effectivement, inconsciemment ou consciemment, la manipulation. L’aspect en apparence innocent de la typologie des personnalités n’est que l’accroche de l’engrenage envoûtant de ce dispositif. On en arrive ainsi à penser autrui, la place d’autrui la relation avec autrui à son insu et en fonction du dispositif.

9. L’Ennéagramme professe l’éthique et pratique l’amoralité. Que reste-t-il des soucis épistémologique ou déontologique qui sont claironnés pour authentifier l’inoffensivité de la méthode lorsque Fabien Chabreuil écrit que« les types du Père (HUIT) et du Fils (DEUX) sont des types orientés vers l’extérieur. [ … ] Cela permet de faire l’hypothèse que le type de l’Esprit Saint est CINQ (Le Verbe !) et qu’il nous manque, après le livre du Père et celui du Fils, le livre de l’Esprit Saint » ? Ou Helen Palmer que « le système fonctionne si bien que j’ai vu certaines personnes prétendre avoir des dons de voyance parce qu’elles pouvaient typer rapidement et sans erreur » ? Ou Richard Riso et Russ Hudson que « comprendre l’Ennéagramme, c’est comme avoir une paire de lunettes spéciales qui permet de voir au-delà de la surface des gens avec une clairvoyance particulière : nous pouvons en fait les voir plus clairement qu’ils ne se voient eux-mêmes » ?

Et, plus prosaïquement, comment une entreprise, sous couvert de formation continue, peut-elle obliger ses salariés à suivre un stage d’Ennéagramme ?

ÉCOUTER L’ÉMISSION CULTURE-CLUB avec Anné Lécu (25 mn)

ÉCOUTER LE PODCAST « RELIGIONS DU MONDE » avec Anne Lécu et Jean-Philippe Trottier : Ennéagramme, idolâtries modernes, quels sont les dangers? (48′)

Et aussi :

Également : https://www.youtube.com/live/VuzIFflg29k?si=mknFMU073kZll8wh

Sortie de secte

Introduction

Conférence donnée au colloque de la FECRIS 10 juin 2022 La vie après la secte, aide aux victimes et resocialisation, par Isabelle Chmetz et Diego Lichelli

Nous sommes tous les deux des ex adeptes, pas des victimes, pas des naïfs. Nous avons vécu l’expérience d’être adeptes d’une secte, nous l’avons ensuite pensé, travaillé, intégré et c’est depuis cet endroit que nous parlons.

Nous faisons partie de l’Association genevoise d’Ethnopsychiatrie en Suisse (AGE) au sein de laquelle nous intervenons en tant que co-thérapeutes.

Nous sommes le produit d’une expérience qui aurait pu complètement nous détruire et face à laquelle nous avons été contraints de développer une pensée, une expertise.

C’est depuis cette position d’experts que nous venons aujourd’hui vous parler de notre dispositif de consultation. Notre présentation comportera 3 parties :

  • Passer d’un monde à l’autre: de l’effraction au vécu de transformation
  • Méthodologie de la consultation pour victimes de dérives sectaires
  • Recommandations aux personnes accompagnant les sortants de sectes

Isabelle

J’ai vécu 17 ans dans une communauté évangélique fermée et sectaire, entrée à 18 ans et sortie à 35 ans. Je connais bien, pour les avoir vécues, les nombreuses difficultés rencontrées à la sortie. Après une brève période de sentiment de liberté, je me suis retrouvée perdue, ne sachant plus qui j’étais, sur quelles valeurs je pouvais m’appuyer, vivant une grande solitude, un sentiment de gâchis, de la honte, de la culpabilité et de périodes de grandes angoisses.

Sans diplôme ni profession à la sortie, j’ai effectué à Genève plusieurs formations. La plus conséquente était un bachelor en travail social. Cela faisait dix ans que j’étais sortie de la communauté, et j’ai choisi comme thème de travail de recherche de fin d’études, d’étudier en profondeur les difficultés rencontrées par des personnes étant sorties de sectes et de leur devenir. Suffisamment de temps était passé et j’ai, dans ce contexte d’étude, pu ouvrir cette page.

C’est dans ce contexte que j’ai eu l’occasion d’effectuer un stage au Centre Georges Devereux à Paris. Reconnu dans l’aide apportée aux personnes migrantes, ce Centre avait à l’époque et sur mandat ministériel, ouvert une consultation spécifique pour personnes sortantes de sectes. L’immersion dans ces consultations, les échanges avec le thérapeute principal et les co-thérapeutes, en ont fait un stage riche qui m’a donné beaucoup de matériel pour réaliser mon travail de bachelor. Mais ce stage et ce travail de recherche m’ont aussi donné des réponses déterminantes pour penser mon histoire et me remettre debout.

En 2005, s’en est suivi la mise sur pied de la consultation genevoise pour personnes victimes de dérives sectaires. Elle est le produit d’une rencontre entre la dresse Franceline James, psychiatre, psychothérapeute, praticienne en ethnopsychiatrie pour personnes migrantes à Genève, et moi-­même.

Cette consultation spécifique a été constituée dans la conjonction de ces deux expertises.

Parallèlement à cela et professionnellement, après plusieurs fonctions en lien avec ma formation sociale, j’ai dirigé durant une dizaine d’année un Centre d’accueil pour personnes victimes de violences conjugales.

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