Un
site internet1
propose de se débarrasser des ondes négatives pour purifier sa
maison…
« Lors
d’un déménagement de lieu d’habitation, il est possible que vous
vous sentiez mal à l’aise dans votre nouvel environnement. Sans
raison apparente, vous vous sentez fatigué, vous avez des problèmes
de sommeil, vous êtes anormalement déprimé et d’humeur
changeante…
Cette sensation d’oppressement peut durer jusqu’à plusieurs semaines voire plusieurs mois après votre emménagement. Peut-être êtes-vous victime des énergies inférieures psychiques que les anciens occupants ont laissées sans le vouloir.
En effet, chaque mur, chaque objet jusqu’au moindre atome garde une empreinte mémorielle de toutes nos pensées et émotions. Qu’elles soient bonnes ou mauvaises nous communiquons nos vibrations psychiques à tout ce qui nous entoure (y compris les humains) ».
AÏE !EST-CE POSSIBLE ?
Allons voir de plus près… Si l’article est trop long, vous pouvez aller directement aux points II, 3 et 4
I.
AVEZ-VOUS DÉJÀ LU CE GENRE D’EXPÉRIENCE ?
1.
Extrait d’un compte-rendu journalistique
«
On a fait appel à @Martin_passeur_d_ames pour venir faire un premier
check et faire une purification de la maison avant de commencer les
travaux, pour voir et comprendre ce qui s’y passait et c’était
vraiment hyper intéressant »,
confie-t-elle, avant de recommander l’homme «
les yeux fermés »,
pour «
nettoyer les foyers. »
Le
dénommé « Martin passeur d’âme » définit son activité sur
son compte Instagram par quelques mots-clés : « Harmonisation et
équilibrage des énergies », « purification de lieux et de
personnes », « lithothérapie », « tirage de cartes », «
équilibrage des chakras ».
Martin
détaille les croyances au fondement de son activité de «
purification » : «
Quand on entre dans une maison, il y a des entités qui s’accrochent
à nous,
commence-t-il, quand
quelqu’un décède, le corps spirituel reste sur terre s’il n’a
pas fini ce qu’il devait faire. Nous, on est ici pour aider ces
personnes restées bloquées sur terre à remonter au niveau du ciel
».
Dans
la vidéo, Martin fait ensuite une démonstration de ses services. Sa
compagne Alison commence par faire le tour des pièces armée d’un
pendule. Arrivée dans un petit salon, elle s’arrête. «
Ici, il y a des entités »,
juge-t-elle. Et, s’adressant à sa cliente : «
Tu as peut-être une sensation de lourdeur. Mais en nettoyant la
mémoire des murs, tu devrais pouvoir rester dans cette pièce et t’y
sentir vraiment apaisée ».
Après le diagnostic, c’est au tour de Martin de suivre le même itinéraire, tenant cette fois dans sa main un bâton de sauge incandescent. « Pour nettoyer, il faut passer avec de la sauge, demander à la personne de monter vers la lumière, de laisser place à l’amour et au bonheur, et de suivre son chemin », développe Alison. Dans son « nettoyage », l’énergéticien belge utilise aussi « de l’encens de messe », une planche pour « mesurer le taux vibratoire » ainsi qu’ « une bougie aux sept couleurs des chakras2 ».
Dans la revue de l’Unadfi, Bulles n° 156, déc. 2022.
ORIGINE
L’Access
Bars ou l’Access Consciousness Bars est un soin énergétique
inventé en 1995 par Gary Douglas, qui a été un temps proche
de la Scientologie, et Dani Heer, un ancien chiropracteur
devenu coach mental. Les secrets de cette pratique auraient été
transmis à
Gary
Douglas depuis une autre réalité: il aurait posé des questions à
l’Univers,
et attendu, l’esprit ouvert, des réponses. En retour il aurait reçu
des capacités de médium et de canal’, des dons qui lui auraient
permis d’élaborer cette pratique.
Cette
pratique est aujourd’hui présente dans 170 pays. L’Access Bars
est apparue en France en 2010 et rencontre un certain succès
depuis 2015.
THÉORIE
ET PRATIQUES
Il s’agit d’un répertoire de 32 points situés sur le crâne, dont la stimulation par application des doigts active des connexions électromagnétiques appelées « bars ». Chaque « bars » correspond à un aspect de la vie : vieillissement, santé, argent, sexualité, conscience, etc … et toutes nos « pensées, idées, croyances, considérations, émotions et attitudes » y sont contenues et stockées, à la façon d’un disque dur. Activer les « bars» revient à nettoyer ce disque dur, supprimer les fichiers qui empêchent « d’être conscient», de « recevoir »2.
En arrière-fond de cette pratique on trouve des principes issus de la Dianétique, une théorie de développement personnel créée par Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie. Certains principes de la dianétique sont analogues à ceux de l’Access Bars : promesses d’acquérir des pouvoirs comme celui de remonter dans le temps ou de lire dans les pensées, possibilité d’atteindre le statut d’« humanoïde» (qui correspondrait au statut de« thétan » dans la Scientologie), dénigrement des non-humanoïdes, invitation à se séparer de sa famille et des êtres humains normaux, enseignement que la médecine scientifique n’a pas d’efficacité sur les problèmes de santé. Il existe également des points communs en termes de fonctionnement : nature de l’engagement exigé des étudiants, coût élevé des cours et des séminaires, confidentialité du matériel de formation et droits d’auteurs sur ce matériel3.
Gary Douglas
L’histoire
dit que lorsque Gary Douglas a reçu ses dons de médiums, il a
aussitôt pris conscience qu’il devait « offrir des classes pour
renforcer et faciliter plus de choix et de possibilités chez
les autres »4•
Il
est ainsi« offert» à celui qui le souhaite la possibilité
de devenir thérapeute Access Bars, à l’issue d’une journée de
formation facturée 300€. Après trois jours supplémentaires
de formation, le thérapeute devient facilitateur (c’est-à-dire
formateur). Il peut continuer à se former pour devenir
facilitateur certifié. Il existe encore ensuite un grand nombre
de niveaux de spécialisation.
Le premier outil présenté en formation est une« formule de déblayage » à répéter dans sa tête ou à voix haute comme une incantation, afin de « faire apparaître les énergies et les déblayer ». La formule en question : « Right and wrong, good and bad, poc and pod, all nine, shorts, boys and beyond ». Elle n’a aucun sens, mais elle n’est pas faite pour être comprise : « heureusement, tu n’as pas à la comprendre pour que cela fonctionne. C’est conçu pour contourner ton esprit logique. Si ton esprit logique pouvait résoudre des choses qui ne fonctionnaient pas dans ta vie, ne serait-ce pas déjà réglé ?5 » La répétition de cette formule est un prérequis à l’activation des « bars».
Au fur et à mesure des formations et de la progression des niveaux, les discours évoluent, la dimension ésotérique se faisant de plus en plus étrange, énigmatique mais également, à bien des égards, nocive. Lors de la formation pour devenir facilitateur, on enseigne au stagiaire qu’il sera capable d’effacer le passé et la mémoire de son client. Le concept d’« humanoïde » commence à être développé.
Il s’agirait d’une catégorie à laquelle appartiennent les praticiens d’Access Bars : « connais-tu la différence entre les humains et les humanoïdes ? Les humains passent leurs temps à juger tout le monde et leur dire combien ils ont tort. Les humanoïdes passent leur temps à se juger et à se demander ce qui ne va pas chez eux. Il n’y a rien qui cloche chez toi. Tu es un humanoïde. Si tu cherches toujours ce qui cloche en toi, tu es un humanoïde. Si tu sais toujours que tu as raison, tu es un humain ».
Les humanoïdes seraient par ailleurs capables de lire dans les pensées de tout un chacun « sur un rayon entre 12 et 12 000 m dans toutes les directions. »6 Puis est révélée l’existence de six entités capables de prendre possession des corps des personnes. Les cinq premières entités sont des sortes d’âmes en peine. La dernière entité correspond aux démons, qui sont dangereux mais qui peuvent être chassés grâce à un rituel d’exorcisme. La suite : des elfes, des serpents à sonnettes, des formules magiques permettant d’activer des capacités de « mimétisme biomimétique » …
MISE
EN GARDE
Une grande partie des signalements et témoignages recueillis par les associations de défense des victimes de dérives sectaires dépeignent des situations de perte financière après un investissement de milliers d’euros : flot incessant de formations, frais divers (matériel, ouvrages, inscription) cotisation annuelle, et sollicitations insistantes par courriels pour obtenir des dons pour la construction de propriétés à l’étranger utilisées comme centres de bien-être.
Une seule étude a démontré son impact sur la dépression et l’anxiété. Son auteur est diplômé en médecine naturelle à l’université quantique d’Honolulu et l’étude a été publiée dans Energy Psychology, une revue ésotérique 7. Évidemment, cette pratique de soin énergétique n’a jamais été validée scientifiquement. Quant à la formation, elle ne bénéficie d’aucune reconnaissance officielle.8 En 2020, dans le cadre d’un numéro d’Envoyé Spécial, une journaliste avait suivi une formation d’Access Bars. Au cours de son investigation elle avait découvert que l’Access Bars figurait au catalogue des formations proposées par Pôle emploi, aux côtés d’autres pratiques de soin non conventionnelles.9
L’Access Bars est une méthode présentant de nombreux risques. Elle s’appuie sur des concepts assez séduisants pour attirer toute personne en proie à des questions existentielles ou qui ressent un fort besoin d’appartenance. Parce qu’elle introduit l’idée d’une identité « humanoïde », sorte d’être humain amélioré, capable de percevoir des choses que les êtres humains normaux ne perçoivent pas, et en faisant de l’accès à cette identité une initiation, la doctrine sous-tendant la pratique de l’Access Bars amplifie les risques de rupture. La prudence est de mise d’autant plus que cette pratique prétend agir sur les souvenirs, manie le concept de capacités extraordinaires, propose un rituel d’exorcisme … autant de procédés qui peuvent mener à l’emprise.
1. Un canal est une personne qui excerce le channeling, une pratique new age consistant à communiquer avec des « êtres supérieures ».
2. Victor Garcia,Access Bars Consciousness : les documents secrets, 22.03.2019
3. Access Consciousness, Psiram, 18.04.201
4. Op.cit, Victor Garcia,Access Bars Consciousness : les documents secrets
5. Ibid. 6. Ibid.
7. Unadfi.org, Que sait-on de ? L’Access Bars Consciousness, 11.04.2019
8.
Miviludes,Rapport
d’activité
&
études
2018-2020,202
/,
p.
68 9
• Unadfi.org,
Reconversion
pas très
professionnelle,
12.04.2020
9. Unadfi.org. Reconversion pas très professionnelle. 12/04/2020.
Richard Monvoisin est spécialiste de l’étude des théories controversées. Il enseigne la pensée critique, la zététique (étude scientifique des phénomènes étranges) et la lecture critique des médias à l’université de Grenoble. Il est cofondateur du CorteX (Collectif de recherche transdisciplinaire Esprit critique & Sciences).
1. Eléments de critique des pseudo-médecines. Exemple des Élixirs Floraux de Bach.Sur le site du Gemppi (2007)
2. Critique des concepts pseudo-scientifiques, pseudo-médicaux et des postures philosophiques induites par la théorie du Dr Bach. Annales Pharmaceutiques Françaises (2005)
Résumé. Les Élixirs Floraux de Bach (EFB) sont les instruments d’une pseudo-thérapie dite alternative de plus en plus répandue en France. Devant l’impact social des approches dites complémentaires de la santé et le flou existant entre la démarche parapharmaceutique et les démarches de bien-être, l’investigation critique nous semble nécessaire pour promouvoir une information objective sur le su-jet. La méthodologie zététique nous paraissant la plus efficace pour traiter la question, nous avons procédé à une étude critique conjointe des EFB et de la thérapie alternative du Dr Bach qui les justifie. Nous montrons que l’efficacité des EFB est non avérée, que les principes de base de la théorie reposent sur des hypothèses peu fondées, fortement intuitives et de type magique, et promeuvent des approches philosophiques qui fragilisent les patients—consommateurs, notamment vis-à-vis de courants sectaires. Nous insistons sur la nécessité d'un apprentissage d'outils de critique efficaces.
Une réflexion du P. Joseph-Marie Verlinde sur le site final-age.net
Ayurveda, est un terme sanskrit formé des mots « ayus » (vie) et « veda » (science, connaissance), il signifie « science de la vie » ou « science de la longévité ». On trouve les premières traces de cette médecine au 12ème siècle avant notre ère. Les textes servant encore aujourd’hui de référence auraient été transcrits au 8ème siècle av. J.C.
La médecine ayurvédique est étroitement liée à l’hindouisme, plus particulièrement aux Vedas, qui constituent les écrits sacrés de cette religion : les maladies auraient une origine spirituelle : elles seraient dues à une perte de confiance dans l’atman – c’est-à-dire dans le divin immanent, selon la conception panthéiste de l’hindouisme.
L’ayurveda repose sur quelques grands principes : – la théorie des cinq éléments – la théorie des trois humeurs
Théorie des cinq principes de vie
Cettemédecinetraditionnelleestbaséesurlathéoriedescinqprincipes de vie ou éléments:la terre (A);l’eau (Va);le feu (Ra);l’air (Ha); etl’espace ou l’éther(Kha).
La structure du corps—les os, les tissus, les muscles,la peau—estrégiepar l’élément terre; lesliquides corporels sont en relation avec l’eau; la vitalité et le mouvement dépendent de l’élément feu,qui gouverne également la régulation thermique; quant à l’air, il gère la respiration et anime le corps.Enfin, les cavités—internes ou externes—sont des manifestations de l’espace.
Théorie des trois humeurs
Il faut compléter cette théorie des éléments par celle des trois doshas ou humeurs:lesprincipesespaceetairprédominentdansvata,quidirigel’impulsionnerveuse,lacirculation, la respiration et l’élimination;la croissance et la protection vis-à-vis de l’extérieur estdirigée par pitta, en qui prédominent lefeu et l’eau;le métabolisme est gouverné par kapha, où prédominent la terreet l’eau.
La santé résulte de l’équilibre entre ces trois doshas. Chacun des trois doshas caractériseun typed’homme:letypevataseraitimprévisible,impulsif,enthousiaste,disposéàl’inquiétudeetàl’insomnie;le pitta serait intelligent, vif, passionnel et aimant le soleil; tandis quele kapha serait solide, lent et disposé aux allergies.
L’ayurveda propose une approche autant préventive que curative, qui cherche à rajeunir les cellules etles tissus dégradés afin d’aider la longévité. Selon la Tradition, plus de 7000 espèces de plantesentreraient dans les recettes ayurvédiques. Toutes maladies seraient dues à un déficit alimentaire.
Diagnostic et thérapie
Le diagnostic du médecin repose sur l’interrogation, la palpation, la prise dupouls, l’examen du corps, particulièrement la langue et les urines. La médecine ayurvédique proposeun certain nombre de thérapies, comparables à l’aromathérapie, la chromothérapie ou l’homéopathie. Plusieurstechniquessontutiliséespouréliminerlestoxinesdel’organisme(Panchakarma):l’applicationd’huilechaude,deslavementsoudesrégimesappropriés.Cesinterventionssontsupposées rééquilibrer les trois doshas et avoir une action préventive.
Mais l’ayurveda fait également appel à des techniques quirelèvent davantage des pratiques spirituellesde l’hindouisme, telles que le Prânâyâma—méthode de contrôle du souffle (prâna) empruntée auYoga, visant à développer l’énergie vitale par la maîtrise de la respiration—ou encore la méditation, lavisualisation et certains rituels visant à canaliser les énergies occultes.
Si tout n’est évidemment pas à rejeter de cet antique art médical, la prudence et le discernement sontcependant de mise; car l’ayurveda mélange allègrement des techniques proprement physiques à des pratiquesrelevantdesesracineshindouistes.S’iln’estpasfauxdeprétendrequ’undysfonctionnement au niveau du corps peut procéder pour une part d’une cause psychique voirespirituelle, toutes les thérapies ne se valent pas dans ces deuxderniers domaines: mieux vaut choisirune approche qui soit cohérente avec ses convictions et sa vision anthropologique. Vu sous cet angle,iln’estpassûrquetouslesaspectsdel’ayurvedapuissentêtreintégrésdansuncheminement chrétien.
Carolyn Chen : « L’entreprise technologique offre la solution la plus efficace pour donner un sens à la vie ». Par Amelia Tait. The Guardian. Traduit de l’anglais (D. A. + Linguee)
Un nouveau livre expose l’utilisation par la Silicon Valley de concepts et de pratiques spirituels pour optimiser la productivité de ses employés.
Carolyn Chen est une sociologue et un professeur de l’UC Berkeley qui fait des recherches sur la religion, la race et l’ethnicité. Son nouveau livre, Work Pray Code : When Work Becomes Religion in Silicon Valley, présente des entretiens approfondis avec des employés et des employeurs afin d’explorer comment la spiritualité engendre la productivité dans le centre technologique mondial.
En tant que professeur de religion, qu’est-ce
qui a suscité votre intérêt pour la Silicon Valley ?
J’ai étudié les
immigrants taïwanais évangéliques, les chrétiens évangéliques,
les bouddhistes dans leurs communautés, mais je pense que toute
personne vivant dans un pays occidental industrialisé, dans une zone
métropolitaine, sait que la religion est en déclin en termes
d’affiliation et de participation religieuses. J’avais
l’impression qu’il manquait quelque chose si je ne tenais compte
que les personnes qui s’identifient comme religieuses. Comment
voyons-nous la religion fonctionner dans le monde ? Quelle est
la manifestation contemporaine de la religion ? J’étais
vraiment intéressé par la présence de la religion dans les espaces
séculiers.
Ce qui vous a amené à visiter des studios de
yoga et ce que vous avez appris en parlant à des personnes laïques
utilisant cette pratique spirituelle ?
J’ai remarqué que
le travail était très présent dans les récits et les biographies
des gens. Quand je demandais aux gens : « Alors pourquoi
pratiquez-vous le yoga, quand le pratiquez-vous ? », la
question était souvent centrée sur le travail. Les gens disaient :
« Eh bien, je pratique le yoga parce que, après une longue
journée, je sens que j’ai besoin d’évacuer le stress. »
Mais il y avait aussi une autre phrase : « Le yoga
m’aide vraiment à me rétablir pour que je puisse devenir un
meilleur X » — et ici vous pouviez remplir le vide —
une meilleure infirmière, un meilleur ingénieur, un meilleur
comptable ou avocat. Il m’est apparu clairement que le travail
était vraiment la religion dans leur vie — que le travail était
ce pour quoi ils étaient prêts à se soumettre, à s’abandonner
et à se sacrifier. Et si le yoga n’était qu’un accessoire
thérapeutique, c’était pour soutenir cette autre chose qu’ils
vénéraient, pourrait-on dire.
Il m’est donc apparu clairement au cours de ces entretiens que je ne cherchais pas au bon endroit. Parce que je regardais quelque chose qui avait des origines religieuses, à savoir le yoga, mais qu’est-ce qu’ils vénéraient réellement, qu’est-ce qui était sacré dans leur vie ? Ce n’était pas le yoga. Le yoga les aidait à vénérer leur travail.
Et votre livre raconte comment les PDG de la
Silicon Valley utilisent cette situation à leur avantage — d’abord
en proposant des cours de yoga au siège de la société, puis en
encourageant les pratiques bouddhistes telles que la pleine
conscience et la méditation. Pourquoi ces dernières ont-elles pris
le dessus ?
Le yoga a été
remplacé par la méditation et la pleine conscience, parce qu’il
existe des milliers d’études sur [les bienfaits de] la méditation
et la pleine conscience — il y a toute une industrie artisanale.
Mais, comme je l’explique dans mon livre, un grand nombre de ces
études ont été réalisées dans des laboratoires contrôlés, et
ne sont donc pas nécessairement applicables sur le lieu de travail.
Et on ne sait même pas ce qu’est la pleine conscience lorsqu’elle
est utilisée dans ces espaces séculiers. J’ai eu l’impression
que ces entreprises étaient toujours à la recherche de la prochaine
grande nouveauté, d’une solution facile. Il fallait que ce soit
pratique et rapide pour optimiser la productivité de leurs employés.
Ce qui est essentiellement le cœur de votre
livre — les géants de la technologie utilisent des pratiques
spirituelles pour optimiser la productivité et des concepts
spirituels (« missions », « histoires d’origine »,
« leaders ») pour que les gens consacrent leur vie au
travail. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi optimiser les
employés de cette manière, entre toutes ?
Cela fait partie d’une tendance plus longue et de changements plus importants dans l’économie — la montée de l’économie de la connaissance et le passage d’une économie industrielle à une économie post-industrielle. Dans une économie industrielle, la façon dont vous pouvez améliorer vos résultats est généralement l’exploitation des ressources naturelles. Dans une économie de la connaissance, l’atout le plus important est le savoir et les compétences de votre main-d’œuvre. Comment les développer ? Vous pouvez augmenter la valeur d’une personne en l’éduquant, mais vous pouvez également améliorer sa production, augmenter sa valeur, en développant son esprit. Comment capter leur côté spirituel, leur côté émotionnel, afin qu’ils puissent s’investir pleinement dans la main-d’œuvre ? De nombreux termes que nous utilisons aujourd’hui pour décrire le travail, tels que « passion » ou « engager tout son être » au travail, renvoient à ce concept de gestion de la main-d’œuvre dans une économie de la connaissance ; il ne s’agit pas nécessairement des compétences du travailleur humain, mais aussi de son aspect spirituel.
En pratique, cela signifie que les entreprises
fournissent aux employés des repas sains gratuits, des coachs de
vie, des centres de bien-être… En lisant, je me suis dit :
« Ça a l’air génial. » Comment convainquez-vous les gens
de relever ce défi ? Quels sont les inconvénients de ce que
vous appelez le maternalisme d’entreprise ?
Tout d’abord,
permettez-moi de dire que j’ai ressenti la même chose. Parce que
ce que l’entreprise technologique offre est la solution la plus
efficace — et efficace est le mot le plus important ici — pour
fournir une vie significative et épanouissante. Lorsque je passais
du temps là-bas, je pensais : « Je serais une bien
meilleure étudiante, enseignante, mère même, si j’étais ici,
parce que l’entreprise s’occuperait de toutes ces choses. »
J’ai donc lutté avec la même question que celle que vous posez.
Les géants de la technologie utilisent des pratiques et des concepts spirituels pour que les gens consacrent leur vie au travail
Mais il y a des inconvénients que j’ai constatés en tant que sociologue. Dans mon livre, j’explique comment le lieu de travail agit comme un aimant géant qui attire le temps, l’énergie et le dévouement d’une communauté. Mais qu’advient-il des autres institutions ? Qu’en est-il de la famille, des communautés religieuses, des écoles, voire des petites entreprises, des organisations artistiques et des associations de quartier ? Dans le modèle américain, nous considérons ces institutions civiques comme fondamentalement importantes pour préserver notre démocratie. Toutes ces autres institutions commencent à devenir de plus en plus petites, parce que vous avez cette institution alpha qui attire tout.
C’est vrai — et vous avez remarqué que les
concierges et les traiteurs n’ont pas les mêmes avantages que les
ingénieurs, et que la dynamique éthique de la spiritualité est
complètement perdue. Certains des avantages offerts font froncer les
sourcils : J’ai été choqué de lire l’histoire de Vijay,
un ingénieur à qui son employeur a donné un coach pour les
rencontres. Quel a été le moment le plus choquant pour vous dans
votre reportage ?
Cette personne des RH a dit : « On ne peut pas faire travailler nos employés 24 heures sur 24 si on ne leur donne pas de flexibilité. » Et quand elle a dit ça, une ampoule s’est allumée dans ma tête. Nous devons vraiment réfléchir à cette question alors que nous évoluons vers un modèle plus hybride. Les travailleurs poussent à la flexibilité, mais quelle peut en être la conséquence ? Cela peut être de travailler 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Les travailleurs poussent à la flexibilité, mais quelle peut en être la conséquence ? Il se peut que vous travailliez 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Avant d’ouvrir le livre, j’ai pensé qu’il
s’agirait essentiellement du culte de personnes telles que Steve
Jobs. C’est plus compliqué que cela. Qui est le Dieu de votre
équation ? Quelle est la figure de l’adoration ?
Steve Jobs est comme
un saint — il y a cette hagiographie, il y a un culte de Steve Jobs
et les gens ont commencé à pratiquer la méditation à cause de
lui. Mais il s’agit essentiellement de vénérer un système. C’est
cette croyance que le travail va vous sauver, que c’est la chose
qui va vous donner un sens, un but et, en un sens, l’immortalité.
Work Pray Code : When Work Becomes Religion in Silicon Valley par Carolyn Chen est publié par Princeton University Press (£22).