Utiliser la spiritualité pour optimiser la productivité ?

Carolyn Chen : « L’entreprise technologique offre la solution la plus efficace pour donner un sens à la vie ». Par Amelia Tait. The Guardian. Traduit de l’anglais (D. A. + Linguee)

Un nouveau livre expose l’utilisation par la Silicon Valley de concepts et de pratiques spirituels pour optimiser la productivité de ses employés.
Carolyn Chen est une sociologue et un professeur de l’UC Berkeley qui fait des recherches sur la religion, la race et l’ethnicité. Son nouveau livre, Work Pray Code : When Work Becomes Religion in Silicon Valley, présente des entretiens approfondis avec des employés et des employeurs afin d’explorer comment la spiritualité engendre la productivité dans le centre technologique mondial.
En tant que professeur de religion, qu’est-ce qui a suscité votre intérêt pour la Silicon Valley ?

J’ai étudié les immigrants taïwanais évangéliques, les chrétiens évangéliques, les bouddhistes dans leurs communautés, mais je pense que toute personne vivant dans un pays occidental industrialisé, dans une zone métropolitaine, sait que la religion est en déclin en termes d’affiliation et de participation religieuses. J’avais l’impression qu’il manquait quelque chose si je ne tenais compte que les personnes qui s’identifient comme religieuses. Comment voyons-nous la religion fonctionner dans le monde ? Quelle est la manifestation contemporaine de la religion ? J’étais vraiment intéressé par la présence de la religion dans les espaces séculiers.

Ce qui vous a amené à visiter des studios de yoga et ce que vous avez appris en parlant à des personnes laïques utilisant cette pratique spirituelle ?

J’ai remarqué que le travail était très présent dans les récits et les biographies des gens. Quand je demandais aux gens : « Alors pourquoi pratiquez-vous le yoga, quand le pratiquez-vous ? », la question était souvent centrée sur le travail. Les gens disaient : « Eh bien, je pratique le yoga parce que, après une longue journée, je sens que j’ai besoin d’évacuer le stress. » Mais il y avait aussi une autre phrase : « Le yoga m’aide vraiment à me rétablir pour que je puisse devenir un meilleur X » — et ici vous pouviez remplir le vide — une meilleure infirmière, un meilleur ingénieur, un meilleur comptable ou avocat. Il m’est apparu clairement que le travail était vraiment la religion dans leur vie — que le travail était ce pour quoi ils étaient prêts à se soumettre, à s’abandonner et à se sacrifier. Et si le yoga n’était qu’un accessoire thérapeutique, c’était pour soutenir cette autre chose qu’ils vénéraient, pourrait-on dire.

Il m’est donc apparu clairement au cours de ces entretiens que je ne cherchais pas au bon endroit. Parce que je regardais quelque chose qui avait des origines religieuses, à savoir le yoga, mais qu’est-ce qu’ils vénéraient réellement, qu’est-ce qui était sacré dans leur vie ? Ce n’était pas le yoga. Le yoga les aidait à vénérer leur travail.

Et votre livre raconte comment les PDG de la Silicon Valley utilisent cette situation à leur avantage — d’abord en proposant des cours de yoga au siège de la société, puis en encourageant les pratiques bouddhistes telles que la pleine conscience et la méditation. Pourquoi ces dernières ont-elles pris le dessus ?

Le yoga a été remplacé par la méditation et la pleine conscience, parce qu’il existe des milliers d’études sur [les bienfaits de] la méditation et la pleine conscience — il y a toute une industrie artisanale. Mais, comme je l’explique dans mon livre, un grand nombre de ces études ont été réalisées dans des laboratoires contrôlés, et ne sont donc pas nécessairement applicables sur le lieu de travail. Et on ne sait même pas ce qu’est la pleine conscience lorsqu’elle est utilisée dans ces espaces séculiers. J’ai eu l’impression que ces entreprises étaient toujours à la recherche de la prochaine grande nouveauté, d’une solution facile. Il fallait que ce soit pratique et rapide pour optimiser la productivité de leurs employés.

Ce qui est essentiellement le cœur de votre livre — les géants de la technologie utilisent des pratiques spirituelles pour optimiser la productivité et des concepts spirituels (« missions », « histoires d’origine », « leaders ») pour que les gens consacrent leur vie au travail. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi optimiser les employés de cette manière, entre toutes ?

Cela fait partie d’une tendance plus longue et de changements plus importants dans l’économie — la montée de l’économie de la connaissance et le passage d’une économie industrielle à une économie post-industrielle. Dans une économie industrielle, la façon dont vous pouvez améliorer vos résultats est généralement l’exploitation des ressources naturelles. Dans une économie de la connaissance, l’atout le plus important est le savoir et les compétences de votre main-d’œuvre. Comment les développer ? Vous pouvez augmenter la valeur d’une personne en l’éduquant, mais vous pouvez également améliorer sa production, augmenter sa valeur, en développant son esprit. Comment capter leur côté spirituel, leur côté émotionnel, afin qu’ils puissent s’investir pleinement dans la main-d’œuvre ? De nombreux termes que nous utilisons aujourd’hui pour décrire le travail, tels que « passion » ou « engager tout son être » au travail, renvoient à ce concept de gestion de la main-d’œuvre dans une économie de la connaissance ; il ne s’agit pas nécessairement des compétences du travailleur humain, mais aussi de son aspect spirituel.

En pratique, cela signifie que les entreprises fournissent aux employés des repas sains gratuits, des coachs de vie, des centres de bien-être… En lisant, je me suis dit : « Ça a l’air génial. » Comment convainquez-vous les gens de relever ce défi ? Quels sont les inconvénients de ce que vous appelez le maternalisme d’entreprise ?

Tout d’abord, permettez-moi de dire que j’ai ressenti la même chose. Parce que ce que l’entreprise technologique offre est la solution la plus efficace — et efficace est le mot le plus important ici — pour fournir une vie significative et épanouissante. Lorsque je passais du temps là-bas, je pensais : « Je serais une bien meilleure étudiante, enseignante, mère même, si j’étais ici, parce que l’entreprise s’occuperait de toutes ces choses. » J’ai donc lutté avec la même question que celle que vous posez.

Les géants de la technologie utilisent des pratiques et des concepts spirituels pour que les gens consacrent leur vie au travail

Mais il y a des inconvénients que j’ai constatés en tant que sociologue. Dans mon livre, j’explique comment le lieu de travail agit comme un aimant géant qui attire le temps, l’énergie et le dévouement d’une communauté. Mais qu’advient-il des autres institutions ? Qu’en est-il de la famille, des communautés religieuses, des écoles, voire des petites entreprises, des organisations artistiques et des associations de quartier ? Dans le modèle américain, nous considérons ces institutions civiques comme fondamentalement importantes pour préserver notre démocratie. Toutes ces autres institutions commencent à devenir de plus en plus petites, parce que vous avez cette institution alpha qui attire tout.

C’est vrai — et vous avez remarqué que les concierges et les traiteurs n’ont pas les mêmes avantages que les ingénieurs, et que la dynamique éthique de la spiritualité est complètement perdue. Certains des avantages offerts font froncer les sourcils : J’ai été choqué de lire l’histoire de Vijay, un ingénieur à qui son employeur a donné un coach pour les rencontres. Quel a été le moment le plus choquant pour vous dans votre reportage ?

Cette personne des RH a dit : « On ne peut pas faire travailler nos employés 24 heures sur 24 si on ne leur donne pas de flexibilité. » Et quand elle a dit ça, une ampoule s’est allumée dans ma tête. Nous devons vraiment réfléchir à cette question alors que nous évoluons vers un modèle plus hybride. Les travailleurs poussent à la flexibilité, mais quelle peut en être la conséquence ? Cela peut être de travailler 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Les travailleurs poussent à la flexibilité, mais quelle peut en être la conséquence ? Il se peut que vous travailliez 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Avant d’ouvrir le livre, j’ai pensé qu’il s’agirait essentiellement du culte de personnes telles que Steve Jobs. C’est plus compliqué que cela. Qui est le Dieu de votre équation ? Quelle est la figure de l’adoration ?

Steve Jobs est comme un saint — il y a cette hagiographie, il y a un culte de Steve Jobs et les gens ont commencé à pratiquer la méditation à cause de lui. Mais il s’agit essentiellement de vénérer un système. C’est cette croyance que le travail va vous sauver, que c’est la chose qui va vous donner un sens, un but et, en un sens, l’immortalité.

Work Pray Code : When Work Becomes Religion in Silicon Valley par Carolyn Chen est publié par Princeton University Press (£22).

Mon passage par l’énergétique

Ayant reçu ce témoignage, je le transmets en le publiant sur ce blog, avec l’accord de l’auteur. Il illustre la labyrinthe dans lequel peuvent nous enfermer les pratiques énergétiques du Nouvel Age. D.A.

Note d’intention

Avant toute lecture, je souhaite ici vous dire deux choses.

Premièrement, tout ce qui suit s’est réellement passé. Il n’y a aucun fait qui aurait été fabulé, ou exagéré. Je dirais même que j’ai le plus souvent omis de mentionner des choses car les évènements sont parfois si denses et intenses, qu’il n’est pas possible de tous les consigner. J’ai donc préféré me concentrer sur les évènements forts, qui m’ont marqué, et qui permettent surtout de voir l’avancement de mon parcours spirituel.

Deuxièmement, le lecteur doit savoir que tout ce que j’ai entrepris au cours de ce cheminement, fut mené par une recherche profonde de vérité. Je le prie de ne pas me juger, et de lire avec attention ce qui suit. Car ce qui m’est arrivé est arrivé à d’autres ; et se produit en ce moment même avec d’autres personnes dont l’issue spirituelle et psychologique est encore incertaine.

Je souhaite remercier toutes les personnes qui m’ont aidé, et ne m’ont pas abandonné.

Je remercie spécialement Lucie D. qui m’a soutenu coûte que coûte, alors même qu’elle avait toutes les raisons de ne pas le faire.

Je remercie aussi les personnes qui m’ont vu dans un état critique, que j’ai fait souffrir malgré moi, et qui m’ont pardonné et accordé une pleine réhabilitation dans leurs cœurs et dans leurs estimes.

Vous êtes en droit de diffuser ce témoignage, aux seules conditions de n’en modifier aucunes lignes, de ne pas le retirer, ou de faire passer ce qui suit comme une nouvelle fantaisiste.

Les lignes que vous allez lire sont autobiographiques, tirées de mon expérience. Je ne saurais parler d’autre chose que ce que j’ai vu, ressenti et vécu.

Enfin, j’espère que ce texte vous permettra d’avancer sur votre propre chemin spirituel, et de mieux saisir la réalité qui nous entoure.

Bonne lecture ! Continuer la lecture de « Mon passage par l’énergétique »

Psychospiritualité et foi catholique

La psychospiritualité a pour fondement une vision holistique de l’homme : d’emblée celui-ci est défini comme un être psychospirituel, c’est-à-dire non compartimenté en psychique et spirituel.

Un présupposé est posé en corollaire : la foi catholique est dualiste, elle a perdu de vue l’unité de l’homme que l’on trouve dans la Bible, elle sépare le psychique et le spirituel ; seule la vision holistique permettra donc à la théologie de retrouver ses racines perdues. En un mot « holistique » doit remplacer « catholique ».

I. Catholique ou holistique ?

Un changement de mot pour désigner une réalité est toujours à considérer de près. Catholique, Kat’holon veut dire « selon le tout, la totalité » : c’est le Mystère de la foi qui donne forme à l’Eglise et la structure et qui par conséquent donne sa forme propre à la lecture de l’Ecriture et à la vie chrétienne ; et donc aussi à la morale et à la mystique, à la spiritualité comme on dit couramment. « Catholique » implique la référence à une source qui nous précède. Ce principe qui rassemble organiquement le tout de la Révélation est méconnu par l’holisme.

L’holisme, en effet, est une doctrine qui considère les phénomènes comme des totalités. Ce mot a été forgé en 1926, sur le grec holos (entier) par un biologiste sud-africain. Il a donc une origine scientifique. Il qualifie la démarche par laquelle on regarde un phénomène, un objet, comme constituant un tout. L’holisme est donc une approche scientifique de l’être humain et trouve un point d’application dans le domaine médical où une spécialisation à outrance risque de faire oublier qu’un patient ne peut pas se découper en secteurs indépendants les uns des autres.

Mais la psychospiritualité, enracinée dans une démarche holistique, n’a pas seulement une connotation scientifique. Elle est un des fondements des doctrines véhiculées par le Nouvel Âge : elle est alors considérée comme « une propriété de tous les aspects de l’Aimant Cosmique. L’infinitude des manifestations de la psychospiritualité crée les mondes cosmiques ». Ceci nous plonge en plein panthéisme. Continuer la lecture de « Psychospiritualité et foi catholique »