Le système Pierre Rabhi

Dans le grand auditorium du palais des congrès de Montpellier, un homme se tient tapi en bordure de la scène tandis qu’un millier de spectateurs fixent l’écran. Portées par une bande-son inquiétante, les images se succèdent : embouteillages, épandages phytosanitaires, plage souillée, usine fumante, supermarché grouillant, ours blanc à l’agonie. « Allons-nous enfin ouvrir nos consciences ? », interroge un carton. Le film terminé, la modératrice annonce l’intervenant que tout le monde attend : « Vous le connaissez tous… C’est un vrai paysan. »

Les projecteurs révèlent les attributs du personnage : une barbichette, une chemise à carreaux, un pantalon de velours côtelé, des bretelles. « Je ne suis pas venu pour faire une conférence au sens classique du terme, explique Pierre Rabhi, vedette de la journée « Une espérance pour la santé de l’homme et de la Terre », organisée ce 17 juin 2018. Mais pour partager avec vous, à travers une vie qui est singulière et qui est la mienne, une expérience. »

Des librairies aux salons bio, il est difficile d’échapper au doux regard de ce messager de la nature, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont les ventes cumulées s’élèvent à 1,16 million d’exemplaires (1). Chaussé de sandales en toute saison, Rabhi offre l’image de l’ascète inspiré. « La source du problème est en nous. Si nous ne changeons pas notre être, la société ne peut pas changer », affirme le conférencier.

Passé la soixantième minute, il narre le fabliau du colibri qui a fait son succès : lors d’un incendie de forêt, alors que les animaux terrifiés contemplent le désastre, impuissants, le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour conjurer les flammes. « Colibri, tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu éteindras le feu ! », lui dit le tatou. « Je le sais, mais je fais ma part », répond le volatile. Rabhi invite chacun à imiter le colibri et à « faire sa part ».

La salle se lève et salue le propos par une longue ovation. « Cela doit faire dix fois que je viens écouter Pierre Rabhi ; il dit toujours la même chose, mais je ne m’en lasse pas », confie une spectatrice.

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LA Communication NonViolente ou la dictature du relativisme

Bertran Chaudet

Le postulat de base de la Communication NonViolente est que nos sentiments sont l’expression de nos désirs/aspirations/besoins[1]. Un besoin non satisfait engendre un sentiment[2]négatif (abattu, découragé, désolé, excédé, honteux…[3]) et, à l’inverse, quand un besoin est satisfait, la personne ressent un sentiment positif (à l’aise, aux anges, alerte, rassuré, vivant…[4]).

Pour communiquer de manière NonViolente, il faut donc

  1. Exposer une situation de manière factuelle, sans poser de jugement de valeur, sans l’interpréter.
  2. Partager ce qui est ressenti dans cette situation
  3. Exprimer le besoin satisfait ou non satisfait
  4. Formuler une demande claire, précise, réalisable dans un délai court.

Ce « concept » pose quand même quelques questions.

1. Le centre de la CNV n’est pas l’exposé le plus objectif possible de faits, ni la demande claire et précise, mais les RESSENTIS et les BESOINS.

Or ce que je ressens ne correspond pas toujours à la réalité. Certes je le ressens et personne ne peut dire le contraire, ni le reprocher, c’est ainsi, mais cela ne veut pas dire que le ressenti soit en adéquation avec les faits. Une émotion peut influencer la perception des faits et troubler notre capacité de raisonnement.

En revanche, il y a des faits objectifs, mais en CNV il ne faut ni les analyser, ni dire ce que l’on pense rationnellement. On ne peut plus porter de jugement objectif sans être taxé de « jugeant », « critique », « psychorigide », « moralisateur » … Et si je critique c’est donc que j’ai un besoin non comblé que je dois rechercher. Je dois donc m’analyser. CQFD. Tout est ramené au ressenti, et donc centré sur le petit moi… : si je ressens de la colère c’est parce que j’ai un besoin qui n’est pas comblé. Je dois alors le dire et exprimer ma demande. Or il y a parfois des faits objectivement faux, mauvais, injustes qui, pour la CNV, sont des croyances dont il faut se libérer. Donc tout se vaut, ce qui compte c’est de dialoguer pour que les besoins de chacun soient satisfaits. Le fond, c’est qu’il n’y a pas de vérité objective. Nous sommes dans le relativisme que dénonçait vigoureusement le pape Benoit XVI :

« L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme, qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs».[5]

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La CNV de M. Rosenberg, un rejet de toute autorité ?

La Communication NonViolente de Marshall Rosenberg semble rejeter toute autorité…

→ Un extrait du LANGAGE « GIRAFE » de Marshall Rosenberg

http://mediationcorner.com/fr/pour-une-mediation-reussie/
Toute critique, tout jugement à l’égard d’autrui n’est que l’expression d’un besoin non satisfait.
La Communication NonViolente est fondée sur l’idée que les rapports de pouvoir entre les êtres humains n’ont aucune raison d’être.

Malheureusement, l’immense majorité des gens ont été éduqués conformément à un moule dans lequel tout était soumis à des rapports de pouvoir. Le pouvoir étant incarné par différentes autorités: parents, école, église, armée, parti politique, monde professionnel. Partout les rapports sont hiérarchisés et le fonctionnement des diverses institutions est calqué sur un schéma identique : ce que l’on fait est juste ou faux, bien ou mal, stupide ou intelligent, permis ou défendu.

Nous vivons ainsi notre vie avec des schémas plein la tête; ceux-ci font de nous des MARIONNETTES, des MORTS-VIVANTS. Incapables d’écouter nos besoins profonds et ceux des personnes que nous sommes amenés à côtoyer, nous ne pouvons que cataloguer, critiquer, juger et nous enfermer nous-mêmes dans un monde de chacals, argumente Marshall Rosenberg.
Or comment peut-on dire qu’une action est juste ou fausse ? La seule question pertinente à se poser est de savoir ce qui a motivé cette personne à choisir tel ou tel comportement dans une situation donnée.

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Empathie : le danger des mystifications

Empathie : le danger des mystifications. Un article de Serge Tisseron, psychiatre, docteur en psychologie et psychanalyste, chercheur associé habilité à diriger des recherches (HDR) au Centre de Recherche Psychanalyse Médecine et Société à l’université Paris VII Denis Diderot.

Plan : les trois étapes de l’empathie — Les menaces sur l’empathie — Le pouvoir ambigu des TIC — Apprendre l’empathie.

 

L’empathie semble bien placée pour devenir le dernier concept à la mode. Mais pourquoi tant d’engouements ? Parce que nous avons tous envie d’y croire ! Et pour rendre l’empathie encore plus désirable, certains auteurs, comme Jeremy Rifkin, n’hésitent pas à la caricaturer et à la présenter comme une formidable force altruiste. Pourtant, les diverses recherches menées actuellement en neuro physiologie sont formelles : si l’empathie est bien la capacité de percevoir les états mentaux de l’autre, elle n’est pas la tendance à s’en préoccuper. Telle est la première mystification qu’entretient l’ouvrage de Jeremy Rifkin. La seconde est de nous faire croire que les technologies numériques augmenteraient les capacités empathiques de l’humanité. Pour comprendre ces deux mystifications, commençons par définir l’empathie.

1. Les trois étages de l’empathie (figure 1)

Tout d’abord, l’empathie n’est ni la sympathie, ni la compassion ni l’identification. Dans la sympathie, on partage en effet non seulement les mêmes émotions, mais aussi les valeurs, les objectifs et les idéaux de l’autre. C’est ce que signifie le mot « sympathisant ». La compassion, elle, met l’accent sur la souffrance. Elle est inséparable de l’idée d’une victime et du fait de prendre sa défense contre une force hostile, voire une agression humaine. Son principal danger est qu’elle fait peu de place à la réciprocité, et s’accompagne même parfois d’un sentiment de supériorité. Enfin, l’identification n’est que le premier degré de l’empathie, qui en comporte trois.

L’empathie peut en effet être représentée sous la forme d’une pyramide constituée de trois étages superposés, correspondant à des relations de plus en plus riches, partagées avec un nombre de plus en plus réduit de gens (Tisseron S., 2010).

Le premier de ces étages est l’empathie directe (ou unilatérale). Elle correspond à ce qu’on appelle plus couramment identification. On pourrait aussi l’appeler « identifiction », dans la mesure où personne ne peut vraiment se mettre à la place d’autrui. On peut donc la définir plutôt comme la capacité de changer de point de vue sans s’y perdre. Ses bases sont neurophysiologiques et elle est toujours assurée, sauf difficultés liées à l’existence de troubles envahissants du développement (autisme). Elle a deux composantes car elle consiste à la fois à comprendre le point de vue de l’autre (c’est l’empathie cognitive) et ce qu’il ressent (c’est l’empathie émotionnelle). L’empathie apparaît chez le bébé dès la deuxième année, aussitôt qu’il est capable de faire la distinction entre l’autre et lui. Certains auteurs placent cette distinction vers le premier mois (Stern D., 1989). Les animaux aussi en sont capables (De Waal F.), mais l’être humain se caractérise par une exceptionnelle capacité de faire servir ses capacités d’empathie à ses intérêts personnels. La compréhension émotionnelle et cognitive qu’il a de l’autre est alors utilisée pour le manipuler, voire l’éliminer.

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Neuf manières de prier avec son corps à la manière de saint Dominique

Entretien avec Sœur Catherine Aubin, o.p. (16 mars 2005, ZENIT. org), religieuse dominicaine, auteur d’un ouvrage intitulé « Prier avec son corps à la manière de saint Dominique » (Editions du Cerf, Paris, en 2005)

Licenciée en psychologie et docteur en théologie, sœur Catherine Aubin est entrée chez les sœurs dominicaines en 1984. Après cinq années de vie et de ministère dans la communauté saint Leu-Saint Gilles, rue saint Denis à Paris, et des études de théologie, elle est actuellement professeur de théologie sacramentaire et de théologie spirituelle à l’institut pontifical Regina Mundi, à l’institut de théologie de la Vie Consacrée Claretianum et à l’université pontificale saint Thomas d’Aquin Angelicum à Rome.

Comment est née l’idée d’un tel ouvrage ?

Pendant 10 ans, j’ai vécu rue saint Denis à Paris où notre communauté de sœurs dominicaines étaient implantée. Et là j’ai rencontré des personnes en quête d’unité intérieure et de paix qui pratiquaient des techniques ou des exercices corporels tels que le zen, la méditation transcendantale ou autres. De mon côté je découvrais comme jeune religieuse la spiritualité dominicaine et je venais d’avoir « un vrai coup de foudre » pour les 9 manières corporelles de prier de saint Dominique. La rencontre de ces événements a donné naissance à ce livre dont un des messages est justement de dire à ceux qui pratiquent des techniques : « nous aussi dans la tradition catholique, nous avons une pédagogie de la prière avec le corps qui peut vous combler dans votre recherche ».

Qu’est-ce que vous entendez exactement par « prier avec son corps » ?

Quand on aime, on le manifeste avec des gestes, salutations, sourires etc. Il en est de même pour la prière. Devant moi, en moi, je suis habitée par une Présence celle du Christ vivant, alors comment vais-je lui montrer mon attachement sinon par des attitudes ? Dans ce livre le maître est saint Dominique, en effet sa prière était tellement fascinante que ses premiers frères ont transcris ce qu’il disait et ce qu’il faisait avec neuf images qui le représente en train de prier. Chaque attitude corporelle correspond à une attitude spirituelle et permet à celle-ci de se déployer : les gestes donnent figure à ce qui est caché et illustrent les mouvements du cœur. Par exemple au geste de l’inclination correspond l’humilité, à l’agenouillement la confiance.

Pouvez-vous nous expliquer quelles sont ces neuf manières de prier ?

La première manière de prier est l’inclination, saint Dominique s’humilie devant l’autel où le Christ est vivant sur la croix et de son côté jaillit du sang pour dire qu’Il nous communique sa vie. Toutes les images se passent devant ce Christ. La disposition intérieure de Dominique est l’humilité du cœur.

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