Ceux qui se passionnent pour des événements d’origine apparemment surnaturelle justifient
souvent leur enthousiasme par cette phrase de Saint Paul s’adressant aux Thessaloniciens :
« N’éteignez pas l’Esprit. Ne dépréciez pas le don de prophétie mais examinez tout et, ce qui
est bon, retenez le ».
Pourtant cette invitation à accueillir favorablement ce qui pourrait venir du Ciel est aussi un appel à la prudence : s’il faut tout examiner avant de retenir ce qui est bon, c’est évidemment qu’il peut y avoir aussi du mauvais. C’est dans cette démarche de discernement demandée par l’apôtre que s’inscrit cet ouvrage. En effet une manifestation de ce type qui prend toujours plus de place dans le monde catholique mérite un examen: le nouvel Evangile qui aurait été révélé à Maria Valtorta au milieu du XXème siècle. Maria Valtorta est une visionnaire italienne qui a vu quotidiennement le Christ, la Vierge et de multiples saints à partir de 1943 et jusqu’au début des années 50. Son œuvre principale est une monumentale relation de la vie de Jésus en Palestine (10 tomes de plus de 500 pages chacun), écrite à partir de ses visions et baptisée « L’Evangile tel qu’il m’a été révélé ».
Bien que jamais reconnue par l’Eglise, cette oeuvre est toujours plus largement diffusée, elle a été traduite dans une trentaine de langues, est répandue dans le monde entier et toute une littérature se développe aujourd’hui autour d’elle. Une intense activité de promotion contribue à cette expansion, comme en témoignent les multiples ouvrages et vidéos à la gloire de l’oeuvre et de son auteur. Cette œuvre extraordinaire dont l’Eglise conteste absolument l’origine divine a aujourd’hui pignon sur rue, on trouve ce soi-disant « Evangile » et les livres qui s’y rattachent sur les rayons des librairies catholiques et jusque dans certaines librairies généralistes. Il est donc naturel de s’interroger.
Contenu
Introduction
Qui est la visionnaire ?
Quelle est son œuvre ?
Chapitre 1 : Des points qui interrogent
1. La nécessité de disposer d’un
nouvel Evangile
2. Le volume de l’oeuvre
3. L’origine des visions
4. Les conditions dans lesquelles
les visions ont été reçues
5. La forme des messages dictés
6. L’ « encouragement » de Pie XII
Chapitre 2 : Quelques certitudes
1. La condamnation de l’œuvre par
l’Eglise
2. La désobéissance chronique des
défenseurs de l’œuvre
3. Une désinformation systématique
4. Une troublante agressivité envers
les contradicteurs
5. Une activité commerciale et
médiatique en expansion
Chapitre 3 : Un autre Evangile
1. L’essentiel noyé dans le superflu
2. Les évangiles revisités
Chapitre 4 : Des messages qui ne peuvent venir du Ciel
1. Message du « Père Eternel » à
l’intention de Pie XII
2. Message de « Jésus » suite au
décès d’un responsable du Saint-Office
3. Message de « Jésus » critiquant
les évangélistes
4. « Jésus » jette l’éponge
Chapitre 5 : Une œuvre divisée contre elle-même
1. Un évangile ou pas un évangile ?
2. Simple illustration des
évangiles, ou sommet spirituel ?
3. Révélation privée venue du Ciel
ou de son ennemi ?
4. Des visions authentiques de la vie publique, ou une reconstitution?
5. Importance ou vacuité des détails
des visions ?
6. Une Eglise sainte, ou soumise à
la domination de l’Enfer ?
7. Le Père Berti : totalement dévoué
à Maria, ou traître à la cause ?
Chapitre 6 : Des failles dans la validation de l’œuvre par la science
1. Une mauvaise approche
2. Des visions de la Passion
contredites par le Linceul de Turin
Chapitre 7 : De graves problèmes théologiques
Chapitre 8 : De très mauvais fruits
1. La division dans l’Eglise
2. La défiance envers l’Eglise
3. Le doute sur la valeur et
l’authenticité des évangiles
Chapitre 9 : Pourquoi écouter l’Eglise
1. Par esprit d’obéissance
2. Par simple raison
Conclusion
Annexe
1 : Commentaire de l’Osservatore Romano justifiant la mise à l’Index
Annexe
2 : Message reçu du « Père Eternel » le 23 décembre 1948, à transmettre à Pie
XII
Annexe
3 : Analyse du témoignage du Père Corrado Berti
Annexe
4 : Jean L’Evangéliste ne peut être Jean de Zébédée
Annexe
5 : Feuillet de promotion de l’Oeuvre de Maria Valtorta
Nous sommes des parents,
catholiques engagés, dont les enfants, jeunes étudiants, ont été
embarqués à l’aumônerie, sous couvert de retraites spirituelles,
dans des sessions charismatiques dites psychospirituelles où l’on
a « revisité leur histoire ».
Ils
en sont revenus fermés, agressifs, et refusant de répondre à nos
« pourquoi un tel comportement » ? Nous avions
face à nous, des étrangers méprisants, hostiles. C’était
extrêmement violent, incompréhensible, déstabilisant…
Mon
mari et moi, avons compris à l’arrogance et la violence des
responsables contactés, qu’une machine à détruire était
programmée… Restait à comprendre pourquoi et comment…
Nos
recherches nous font entrer dans un autre monde….
Tout d’abord, nous commençons dans les méandres d’un livre au titre prometteur « Guérir en famille » écrit par Bernard Dubois, théoricien de la doctrine pseudo-catho de « blessures guérison » confuses, qui mènent de la banalité au drame :
Un
exemple : Bernard Dubois a écrit dès la page
5:
je cite «
(…) bébé
dort. (…) A son réveil, il appelle, puis pleure et personne ne
vient. Il fait alors douloureusement l’expérience du silence face
à son cri d’appel, de l’absence de l’amour en face de son
désir. Puisque la relation d’amour à sa source – c’est-à-dire
papa et maman, préfiguration du visage de Dieu- ne le comble pas, il
coupe cette relation où il ne reçoit pas l’amour qu’il attend
… »
«Car
papa et maman sont la source de l’amour pour le petit enfant, mais
derrière leur sourire et leur affection, il recherche et attend la
présence divine, l’amour même de Dieu.
(…)
L’enfant
manque de cet essentiel dont il a tant besoin, l’amour divin ».
En
page 14, je cite« parce que
j’ai manqué de l’amour de mes parents dès la petite enfance, je
l’ai vécu comme une trahison et je me suis fermé. J’ai crié,
maman n’est pas venue tout de suite;
j’ai demandé de l’aide à papa et il n’a pas répondu à mon
appel. J’ai été trahi par ceux-là même qui me donnaient la vie
et maintenant dans ma blessure, je ne fais plus confiance. Je perds
aussi confiance à la vie et en Dieu
Et
voici la finalité de ce discours
:
En
page 14:
« Le
chemin de la guérison demande la vie entière. (…) Oui, je
m’engage dans une démarche de pardon mais
je ne peux guère affirmer (…) que j’ai pardonné, ce serait une
illusion. Non, notre but est simplement de mourir guéri, afin
d’aller au ciel directement. »Fin
de citation
Cet exemple démontre comment à partir d’un fait banal, réinterprété dramatiquement, graduellement on emmène une personne à douter de ses parents, jusqu’à rompre les liens avec eux. Pour la faire basculer dans le chemin psycho-spirituel d’un dieu guérisseur.
En continuant nos recherches, nous découvrons comment nos enfants ont été réduits à des « sans famille » pour en faire des adeptes
En
effet, dans 3 revues CARMEL, N° 75, 78 et 103, sur la guérison
intérieure, Bernard Dubois développe le processus de cette dite
guérison, qui n’est rien d’autre que le processus de faux
souvenirs induits. Des techniques qui grillent la mémoire et
implantent un autre vécu. Une synthèse de l’analyse que j’en ai
faite est publiée …Jusqu’ici, personne n’est venu me
contredire…
Quelques recherches et analyses de plus me permettent de trouver le fondement faussement « théologique » alambiqué de cette religiosité,où
le péché n’est plus un acte commis librement et volontairement, mais un manque d’amour subi dont on n’a pas conscience et dont on doit se libérer. De la sorte le péché devient une blessure dont on incombe la responsabilité au bouc émissaire.
Donc,
pour guérir, il
faut couper les liens avec le ou les boucs émissaires,
auxquels la personne va faire subir des actes inhumains sans aucune
culpabilité,
puisque d’une
part, ils sont nécessaires à la « guérison », d’autre
part la culpabilité est rejetée sur les proches qui, dans ce
schéma, sont révélés maléfiques et donc ne font que subir la
juste punition de leur faute.
Dans
ce tour de passe-passe, la culpabilité et la responsabilité ont
sombré. Une personne qui n’est ni coupable ni responsable de ses
actes, n’est pas libre. Donc sa
liberté a été remise au gourou qui l’instrumentalise contre ses
proches.
Nous
tenons enfin ce processus de destruction…
Nos
enfants abîmés, des parents rejetés, des familles déchirées, la
foi dévoyée, il nous fallait réagir
Cathos
naïfs et confiants, nous nous sommes tournés vers le
Service-Accueil-Médiation pour trouver de l’aide. Un accueil
chaleureux, et une incompétence surprenante. Donc, nous avons
fournis pendant deux ans notre travail d’analyses et nos dossiers.
Et brutalement, nous avons été renvoyés vers un conflit familial.
Quelque temps plus tard, le SAM utilisait nos analyses et nos
dossiers pour alerter tous les évêques, et tous les responsables
ecclésiaux sur le psycho-spirituel, par un rapport « strictement
confidentiel ».
Notre
première expérience avec le Service-Accueil-Médiation nous a
révélé la face cachée de l’Eglise.
Nous
avons envoyé des courriers à tous les évêques concernés par nos
dossiers, au Nonce, à Rome. Nos actions devenant dérangeantes,
il fallait nous
discréditer pour stopper notre combat. Ce qui se fait de mieux dans
ces réseaux, ce sont les calomnies … elles courent encore…
A
partir de 2005, tous les dossiers sont examinés par un militaire de
la gendarmerie du groupe de renseignements d’Albi, qui a rencontré
toutes les victimes, toutes les familles. Les dossiers étaient
suivis par la Secrétaire Générale de la Miviludes.
En
2006, nous rencontrons la communauté des Béatitudes de Bonnecombe,
en charge du frère Pierre-Etienne, condamné en 2011 pour
pédophilie, dont s’étaient déchargé les responsables des
Béatitudes avec injonction de se taire. Pierre-Etienne avait envoyé
en août 2007, une lettre où il livre son histoire de pédophile, à
Mgr Rylko, responsable du Conseil Pontifical des laïcs. Ce dernier
n’a même pas daigné répondre à cet appel à l’aide.
En
2008, nous adressons une lettre à Mgr Rylko qui venait de
sanctionner les Béatitudes, pour lui demander d’aider les victimes
à se reconstruire. En retour il nous adresse par écrit sa
bénédiction et l’assurance de sa prière ! Aussitôt, une
pétition de près de 400 signatures lui est adressée, sans réponse…
En
2009 après un rendez-vous à la CEF, nous obtenons qu’une
commission d’experts travaille sur le psycho-spirituel sous la
responsabilité de Mgr Santier, des victimes ont donné leurs
témoignages, nous avons fourni des documents. En contrepartie, Mgr
Santier s’était engagé à aider les victimes. Il nous a trompés !
En novembre 2011, lors de la conférence des évêques à Lourdes,
un rapport remis à chaque évêque, titrait :
« GROUPE DE REFLEXION « SPIRITUEL ET PSYCHOLOGIE ». Document rigoureusement confidentiel à ne diffuser sous aucun prétexte. Dossier du groupe au terme de sont travail. Septembre 2011« .
Donc
aucun évêque ne peut dire qu’il ne savait pas…
Vous le trouverez sur le site du CCMM, et sur le site « dérives dans l’Eglise catholique ».
Notre riposte fut la sortie du « Livre Noir de l’emprise psycho-spirituelle ». Un choc pour les évêques qui ont mis en place un autre pare-feu, toujours juge et partie, « la cellule d’écoute » sous la responsabilité de Mgr Planet …. En réponse, nous publions « le silence des bergers », recueil des lettres envoyées aux responsables ecclésiaux… Silence…
Nous
continuons à intensifier nos actions, à publier nos analyses,
alerter les médias, articles de journaux, documentaires,
témoignages, reportages, émissions de télévision…
Nous
savons désormais le prix de notre combat : nos enfants
détruits, nos familles brisées. Et pire ! Quand les parents se
manifestent, leurs enfants disparaissent à l’étranger voire dans
un pays en guerre. Nous sommes restés des années sans savoir où
étaient nos enfants. Aujourd’hui, en ce moment encore, des
parents ne savent pas où sont les leurs. Sont-ils en vie ? Dans
quel état ? Ce sont des actes de torture morale, que par pudeur
pour la douleur des parents, je qualifierai simplement de cruauté
morale et mentale. Dans l’Eglise, les gourous et leurs communautés
déviantes, sont protégées pour un recrutement exponentiel
faussement vocationnel, et l’argent que ça rapporte. Même au prix
d’y perdre son âme.
Le psycho-spirituel, a pénétré toute l’Eglise, y compris les grands ordres religieux, tel le Carmel. L’épiscopat, sans aucun discernement a ouvert les portes à des fondateurs de communautés dont beaucoup étaient passés par des réseaux ésotériques du nouvel âge. C’est une hérésie qui remplace Le Christ Rédempteur par un Jésus guérisseur. Toutes les hérésies qui ont traversé l’Eglise ont touché la doctrine. Pour la première fois une hérésie touche à l’amour dans le cœur d’un être. Sachant que nous sommes créés à l’image de Dieu qui est amour, c’est Dieu que l’on détruit. Une destruction qui entraine la haine des parents, des enfants, du conjoint … Des plus proches.
Il est effrayant, abyssal, de constater que nos enfants sont prisonniers d’une emprise mentale faite au nom de Dieu. Une prison dont l’épiscopat à la clef de la porte et la verrouille de plus en plus à chacune de nos action. Errare humanum est, perseverare diabolicum.
Pourquoi une telle omerta sur l’emprise mentale ?
Sans
emprise mentale, on ne peut assujettir une personne à des actes de
violence : abus sexuels, qu’elle n’accepterait pas, ou la
réduire à commettre des actes qui violent sa conscience :
détruire ses proches.
Actuellement,
beaucoup de gourous, d’abuseurs sexuels, et non des moindres, font
la une des médias.
C’est
bien tard pour trop de parents morts sans avoir revu leurs enfants,
pour tous ceux qui ne savent pas où sont leurs enfants, leurs petits
enfants, pour les parents malades seuls et rejetés, pour les
familles irrémédiablement détruites sur plusieurs générations…
Au nom de Dieu.
Dans la Croix du 1er octobre 2022, un article titre : Mgr de Moulins-Beaufort : « L’Église est une maison aussi sûre que possible »
Article paru dans la revue Prêtres diocésains de décembre 2019. Damien Le Guay est philosophe, essayiste, critique littéraire, conférencier, maître de conférences à HEC, enseignant à l’Ircom.
« C’est par une citation de Charles Péguy que Damien Le Guay, philosophe et spécialiste de Charles Péguy, entame sa réflexion. Concernant les « affaires de mœurs », l’auteur propose une approche différente : « une sorte de légitimation « théologique » que les abuseurs se donnent, explicitement ou non, pour « s’autoriser » à commettre de tels actes. Cette approche, peu faite, n’est pas une manière d’excuser mais de monter qu’une mauvaise théologie est souvent à l’œuvre pour justifier de mauvais agissements ». Pour l’auteur, il s’agit d’un « devoir de vérité », pour permettre à « tous ceux qui sont victimes — y compris ceux qui sont dans le déni, dans l’enfermement, dans une culpabilité subie, dans une fausse conception de la solidarité — de sortir de l’étouffement communautaire pour vivre, en vérité, à l’appel du Christ, une vie de charité » d’une part, et d’autre part « de n’être pas complice ». Péguy nous met en garde. « Celui qui laisse faire est comme celui qui fait faire ». « Un chrétien ne peut pas être complice du mal. Il doit le dénoncer — fut-ce au prix de remises en causes intérieures et de déchirements. Il doit être disciple du Christ avant toute autre fidélité — surtout s’il s’agit d’être fidèle à une infidélité, à une trahison, à une corruption des cœurs, des âmes et des corps ». (D.C.)
« Celui qui laisse faire est comme celui qui fait faire. C’est tout un. Ça va ensemble. Et celui qui laisse faire et celui qui fait faire ensemble c’est comme celui qui fait, c’est autant que celui qui fait…/… Complice, complice, c’est pire qu’auteur, infiniment pire ». Charles Péguy, Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc.
L’Église, celle de France comme celles d’autres pays, est menée
par ce que l’on appelle pudiquement des « affaires de
mœurs ». Les affaires sortent et avec elles tout un ensemble
d’histoires sordides qui mélangent des abus sexuels, des abus
d’autorité, des perversions mentales et tout un ensemble
d’éléments tous plus condamnables par la morale et par la Loi. Il
y a différentes manières d’aborder la question. Pour avoir aidé
certaines de ces victimes et avoir, donc, entendu les histoires, je
propose ici une approche différente : une sorte de légitimation
« théologique » que les abuseurs se donnent,
explicitement ou non, pour « s’autoriser » à commettre
de tels actes. Cette approche, peu faite, n’est pas une manière
d’excuser mais de monter qu’une mauvaise théologie est souvent à
l’œuvre pour justifier de mauvais agissements. Et ne pas en passer
par la théologie est un défaut d’analyse.
Débutons par
trois questions introductives :
► Quel sens du péché a-t-on quand on commet des crimes, des crimes passibles de la justice des hommes et du Jugement de Dieu, avec la certitude que sa foi n’est pas atteinte ? Quelle est sa morale quand on est à même de corrompre les cœurs et les âmes, quand on abuse de la confiance de jeunes gens et de jeunes filles en attente de vérité, sans avoir conscience de faire offense à son Maître et Seigneur ? « Quand un homme peut commettre un crime sans que ce soit un péché il n’est pas chrétien » dit Péguy. Dès lors demandons-nous pourquoi des « hommes d’Église », quand ils exercent une emprise psychique sur des esprits assoiffés de vérité, quand ils vont jusqu’à des viols de corps et de conscience, quand ils satisfont leurs penchants criminels, pourquoi le font-ils avec une sorte d’impunité de conscience, d’auto-impunité ? Ne faut-il pas interroger leurs conceptions chrétiennes, l’idée qu’ils se font de leur foi ? De toute évidence, dans bien des cas, il ne s’agit pas « d’erreurs » de « mauvais gestes » qui relèveraient d’une schizophrénie pathologique, mais d’un système de pensée, d’une sorte de cohérence qui justifie l’incohérence. La schizophrénie n’est pas que psychologique elle est aussi une maladie théologique. La théologie a ses maladies. Elle engendre des « erreurs » des déviances et même des hérésies — au sens des mauvais choix, des mauvaises interprétations, des mauvais chemins de pensées. Un étrange bricolage théologique s’instaure qui finit par « autoriser » l’inadmissible. Alors, se perd, tout à la fois la conscience humaine de commettre des crimes et la conscience chrétienne de commettre des péchés. Comment certains prêtres en sont-ils arrivés à se servir de la foi chrétienne pour gommer l’idée même de « crime » et la conscience même du péché ? Cette énigme doit être comprise en mettant au jour les déviances de pensée, les petits arrangements théologiques crapuleux pour excuser ou justifier les perversités personnelles !
► Il est facile
de prendre, dans le christianisme, ce qui nous arrange, ce qui permet
d’expliquer et même de justifier ce que je suis ou, pire encore,
ce que je fais et qui, objectivement, est contraire aux bonnes mœurs,
au respect des consciences, à la vraie charité. Mais est-on
chrétien si on se sert de la foi pour justifier ses agissements ?
Le P. de Lubac (1),
soucieux de tenir l’unité de cette « foi reçue des
apôtres » et transmises, de siècles en siècles, nous met en
garde : « la foi chrétienne n’existe pas en pièces
détachées ». Elle est symphonique et non monophonique. Quand
elle résonne, elle nous tient. Quand on se sert de tel élément ou
de tel autre, on s’en sert pour justifier sa manière d’être ou
d’agir.
► La pensée chrétienne est-elle réductible à tel auteur, à tel livre, à telle pensée à l’exclusion de toute la palette infinie des autres auteurs ? L’auteur est, par définition, celui qui vous augmente. Or, que constatons-nous dans certaines communautés, dans certains enseignements, dans certaines situations où un prêtre finit par devenir « le Père », un « Maître spirituel », l’unique référence intellectuelle, spirituelle et théologique ? Les autres auteurs chrétiens sont exclus des bibliothèques, proscrits des enseignements, bannis du champ de la formation des cœurs et des âmes. Alors, nous sortons du christianisme large, élargi, symphonique au profit d’un rétrécissement clanique, pour ne pas dire sectaire. Et ce comportement de réduction de la focale à une seule pensée, un seul homme, un seul maître, est à l’œuvre, en France, depuis le début du XXe siècle, dans un certain néo-thomisme d’Action française qui fit florès chez certains dominicains. Le P. de Lubac s’est en pris souvent à ce petit milieu fermé sur lui-même, à la « dictature intellectuelle » du P. Garrigou-Lagrange (1877-1964) et du maître de ce dernier, le P. Dehau (1894-1956). Le P. de Lubac critique à la fois le climat intellectuel étouffant pour ne pas dire sectaire et, aussi, la mauvaise lecture thomiste faite par ces thomistes qui avaient fini par prendre le pouvoir intellectuel dans l’Église de France. Or, saint Thomas lui-même, ne répétait-il pas : « Je crains l’homme d’un seul livre ».
Quelles sont
les raisons qui laissent à penser qu’il y a un parfum de Gnose
(celle-là même qui fut combattue au début du christianisme par
Irénée de Lyon) dans les actions et la pensée de nombre de
prêtres-abuseurs ?
► La gnose
instaure un salut par la connaissance, et une connaissance réservée
à certains, ceux qui savent, ceux
qui ont l’intelligence de
réfléchir,
ceux qui « possèdent »
un savoir particulier. C’est la
raison pour laquelle, ce savoir particulier, qui met les gnostiques
en dehors du commun, des autres, les conduits à avoir un sentiment
aristocratique de la pensée. Les règles qu’ils s’appliquent à
eux-mêmes ne sont pas celles des autres.
► Ajoutons, en
ce qui concerne certaines communautés
(comme la communauté Saint Jean — au temps de Marie-Dominique
Philippe), un savoir particulier lié à une révélation
particulière, de nature apocalyptique. Ce dernier, nous dit Paul
Airiau (2),
considérait que « l’Église vit les attaques ultimes de
l’Apocalypse […] mais en même temps un nouveau printemps sous
l’égide de l’Esprit Saint ». Il évoquait régulièrement
« la dernière semaine que l’Église vit peut-être depuis
Vatican II ». Ainsi conclut Paul Airiau, « l’eschatologie
structure aussi son catholicisme ». Ajoutons qu’il disait à
tous, au point d’avoir eu des remontrances de la part de l’autorité
ecclésiale, que la fin du monde allait intervenir subito presto,
avant la fin du siècle, en l’an 2000. Cette croyance millénariste
renforce la certitude d’être à part. « Les gnostiques »
indique Bernard Sesboüé (3)
« sont des gens qui ont été les bénéficiaires d’une
révélation secrète particulière qui les met au-dessus de
l’humanité ».
► Le salut par
la connaissance, la constitution d’une
caste qui possède la
connaissance, la certitude que la connaissance sauve, sont autant
d’éléments de la Gnose en opposition avec un christianisme offert
à tous — que l’on soit clercs ou laïcs, savants ou ignorants.
Soit le salut est offert à ceux qui savent, soit il dépend non de
la connaissance mais de la seule charité.
► La Gnose,
soucieuse de distinguer la Création
et la Révélation
(avec l’idée,
à l’origine,
de deux dieux, celui mauvais qui est l’auteur
de la Création et un autre, bon,
qui est celui de la Révélation),
considère que la matière
est mauvaise. La matière et tout
ce qui va avec elle et surtout, en ce qui nous concerne, le corps. Il
est le lieu de nos actions mauvaises, de nos instincts les plus bas,
de nos pulsions soumises aux plus basses parties de nous-mêmes. Et
nous n’y pouvons rien. Dans deux documentaires (4)
diffusés dernièrement sur les questions d’abus, il apparaît
(dans le cas surtout de Marie-Dominique Philippe et de son frère)
que les abuseurs œuvrant dans l’Église, ont un profond dégoût
pour le corps — le leur et celui de leurs victimes. Dégoût allant
jusqu’à un refus de l’hygiène corporelle, de la propreté. De
toute évidence, le corps est une nécessité malheureuse, le lieu
des passions mauvaises qui sont dans le corps et l’agitent. S’il
faut les satisfaire, nul plaisir mais un lâche soulagement d’une
mauvaise nécessité. L’acte sexuel alors est sale, comme l’est
le corps et comme sont sales les basses passions qui sont en lui.
► Dichotomie
complète entre l’âme
et le corps. Le corps est une chose, l’âme
une autre. Deux entités, deux
réalités
différentes, deux natures
différentes. Il y a là un relent
de la pensée grecque selon laquelle le corps est le « tombeau »
de l’âme qui est « tombée » là par hasard et aspire,
seulement, à retourner de là où elle vient — le « monde
des idées » ou le Paradis. Ce dualisme, « entraîne une
dévalorisation radicale […] de tout ce qui appartient à la
corporalité et à la chair » (5).
► S’il y a dichotomie, étanchéité de l’âme, alors ce que le corps fait, l’âme l’ignore. Elle n’en est en rien affectée. Les péchés sont de nature spirituelle. Le corps est dans l’angle mort de l’âme. Alors, tous les crimes faits par le corps sont sans rapport avec le salut de l’âme. Cette manière de penser, permet d’agir en toute impunité ! Les crimes n’en sont pas et les péchés sont d’une autre nature ! CQFD !
► Cette
dichotomie est une manière de
nier tout ce qui pourrait exister entre l’âme et le corps, de nier
tout ce qui unit, par infusion, l’âme et le corps. Négation donc
de la chair et de « l’âme charnelle » — selon la
belle expression de Péguy. Négation d’un devoir d’incarnation
et d’une responsabilité incarnée — une responsabilité ici et
maintenant qui s’exerce aussi sur l’intégrité des âmes et des
corps de ceux qui sont proches !
Derrière tout
cela, une difficulté théologique apparaît : les relations
entre Nature et Surnature.
De toute
évidence, une tradition puissante a existé dans l’Église, et se
prolonge chez certains, et permet à d’autres de « justifier »
leurs méfaits : « l’Extrincécisme ». Des années
1930 jusqu’à Vatican II, Étienne Gilson, grand philosophe
thomiste, et le P. de Lubac, ont lutté contre cette théologie
transmise par des néo-thomistes. Ceux-ci, nous dit le P. de Lubac,
ont fait une mauvaise lecture de saint Thomas ; ceux-ci, nous
dit E. Gilson, s’inspirent, sans toujours le savoir, du cardinal
dominicain Cajetan (mort en 1534) qui « trompe les lecteurs de
saint Thomas ». Pour eux, il n’y aurait pas de « désir
naturel » de voir Dieu et il y aurait une « juxtaposition »
étanche entre la Grâce et la Nature. Entre eux, pas d’échange ;
pas d’infusion, une simple juxtaposition de la nature (le corps et
les réalités charnelles) et la grâce — l’âme qui appartient
par avance au monde de Dieu. Il y aurait deux étages étanches l’un
de l’autre. Nous sommes là, (dit à ce propos le P. Congar (6),
dominicain, persécuté lui aussi, en son temps, par ces
néo-thomistes sectaires), face à une « maladie de la
séparation », qui est une « maladie de l’Occident ».
Si la grâce est ajoutée, sans lien avec la nature, alors rien de ce
qui affecte le corps n’affecte l’âme et inversement. Il ne
s’agit plus du salut de la personne, mais du seul salut de l’âme.
Or, il y a un « admirable échange » et « l’influx
de l’Esprit de Dieu ne demeure pas extérieur à l’homme ».
Or, nous dit le
P. de Lubac, « notre vocation surnaturelle est, de la part de
Dieu, un appel gratuit » et donc le surnaturel se réalise en
l’homme par le fait de l’Incarnation divine. Et Étienne Gilson
(8),
dans le même sens, indique : « Le secret le plus profond
de la philosophie chrétienne est peut-être le rapport, à la fois
simple et insondable, qu’elle a la hardiesse d’établir entre la
nature et la fin surnaturelle pour laquelle elle est faite, bien
qu’il lui soit impossible d’en soupçonner naturellement
l’existence et qu’elle n’ait naturellement aucun droit de
l’espérer ».
Que conclure ?
Il nous faut
penser aussi ces déviances théologiques en même temps que nous
devons combattre ces abus des corps, les dénoncer, les mettre au
jour quand ils apparaissent. S’il faut augmenter notre vigilance,
mettre des mots sur les infamies commises et traîner devant les
tribunaux ceux qui relèvent de la justice des hommes, il faut aussi
déceler les déviances de la pensée et l’usage frauduleux de la
théologie pour s’exonérer des crimes commis. Aller jusqu’à
considérer que les vices n’en sont plus quand ils sont
« légitimés » par la représentation des corps, des
hommes et du péché, a de quoi stupéfier — pour ne pas dire
estomaquer. Et pour tant, dans bien des cas, ce « parfum de
gnose » explique bien des « bonnes consciences »
des abuseurs.
Alors, si nous
voulons repartir sur des bases saines, éviter de laisser se
reproduire des comportements déviants, liés à une mauvaise
théologie, ne faut-il pas extirper le mal par les racines — et les
racines théologiques ? Deux raisons à ce devoir de vérité.
► Ce faisant,
cela permettra à tous ceux qui
sont victimes — y compris ceux qui sont dans le déni, dans
l’enfermement, dans une culpabilité subie, dans une fausse
conception de la solidarité — de sortir de l’étouffement
communautaire pour vivre, en vérité, à l’appel du Christ, une
vie de charité.
► Cela permettra aussi, de n’être pas complice. Péguy nous met en garde. « Celui qui laisse faire est comme celui qui fait faire. » Un chrétien ne peut pas être complice du mal. Il doit le dénoncer — fut-ce au prix de remises en causes intérieures et de déchirements. Il doit être disciple du Christ avant toute autre fidélité — surtout s’il s’agit d’être fidèle à une infidélité, à une trahison, à une corruption des cœurs, des âmes et des corps.
Notes
(1) Henri de
Lubac, Petit catéchisme sur nature et grâce,
Communio-Fayard, 1979, p. 92.
(2) Paul Airiau,
L’Église et l’Apocalypse, Berg éditeurs, 2000,
p. 176-177.
(3) Bernard
Sesboüé, La théologie au XXe siècle
et l’avenir de la foi, DDB, 2007, p. 27.
(4) Emprise et
abus spirituels, KTO, diffusé le 18 mai 2019 ; Sœurs
abusées, l’autre scandale de l’Église, Arte, 5 mars 2019.
(5) Bernard
Sesboüé, op. cit., p. 27.
(6) Henri de
Lubac, op. cit., p. 28.
(7) Ibid.,
p. 84.
(8) Cité par le P. de Lubac in Lettre de M Étienne Gilson au P de Lubac, Cerf, 1986, p. 63.
Créée en 1977 au Brésil, l’Église Universelle du Royaume de Dieu est présente dans 65 pays et compte 4.600.000 adeptes à travers le monde. Edir Macedo, son fondateur, ancien pentecôtiste et ex-employé de la loterie nationale, a bâti son église et son empire en promettant aux fidèles « richesse, santé et bonheur ». C’est bien évidemment dans les favelas que l’Église Universelle se développe le plus rapidement, à coup d’exorcismes, de transes, de « miracles ». Le charisme des pasteurs faisant le reste.
Mais l’Église Universelle étend ses tentacules bien au-delà de la foi. « Plus on donne à l’Église, plus on reçoit » assène-t-elle. Sur ce principe, chaque adepte lui reverse 10% de ses revenus. L’Église Universelle percevrait ainsi 3 millions de dollars par jour. Une fortune qui lui permet de posséder bon nombre de sociétés dans les assurances, les médias et de compter parmi les 30 entreprises privées les plus riches du pays. Également propriétaire de trois chaînes de télévision elle peut ainsi diffuser son discours auprès des masses. Et la « secte » a désormais des visées politiques. Elle compte déjà 14 députés fédéraux sur 512.
Si l’Église catholique se défend de critiquer l’Église Universelle, elle constate cependant qu’il lui faut réagir pour conserver ses fidèles et contre-attaquer pour proposer un renouveau charismatique. Par les témoignages d’adeptes, ou d’ex-adeptes, des caméras cachées et des documents d’archives, ce documentaire tente de dresser le portrait d’une lutte au sommet entre l’Église catholique et l’Église Universelle du Royaume de Dieu.
Contenu : I. « L’ADIEU À L’ŒUVRE » : UNE CONCLUSION QUI CERTIFIE L’INSPIRATION DU LIVRE — II. CONTESTATIONS ET CORRECTIONS DU TEXTE CANONIQUE — III. UNE MALADROITE TENTATIVE DE LUTTER CONTRE « LE MODERNISME » — IV. UN AUTEUR OMNIPRÉSENT ET PLUS QUE SACRÉ — V. UNE CONCLUSION IMPRÉCATOIRE
Extrait de la conclusion :
Il est impossible de séparer dans l’œuvre de Maria Valtorta les narrations avec leurs discours explicatifs, les dictées, les déclarations sur l’inspiration miraculeuse de l’Œuvre, les exhortations divines à ajouter foi à l’ensemble, la révérence dûe à l’auteur. L’Œuvre elle-même refuse d’être lue comme « une vie romancée » – qui pourrait avoir son intérêt en laissant une place au discernement et à l’interprétation. Elle réclame, avec menaces, d’être lue comme un texte prophétique, dont nous avons vu à quel niveau d’excellence et à quelle utilité pour le salut il prétend, et pour cette raison ne peut s’interpréter que par les codes qu’elle fournit.
L’abus spirituel est patent. L’autorité de l’Évangile de Valtorta, malgré quelques précautions rhétoriques, minimise celle des Apôtres et de l’Église. Elle construit un climat spirituel de défiance à l’égard de l’autorité légitime, chargée de discerner les prophéties, et au lieu de se soumettre à la règle commune et apostolique exprimée par le Canon, c’est le Canon qu’elle juge, complète et perfectionne.
Pour ces raisons, il est évident que la mise à l’Index autrefois de l’œuvre de Valtorta était justifiée. Avec un peu de surprise, on constate que la condamnation de 1960 pointait seulement, avec quelques « perles qui ne brillent pas par leur orthodoxie » des fautes de goût, des incohérences, des erreurs et un style prétentieux. L’auteur de cette critique avait-il eu connaissance des passages les plus explicites sur l’ambition de l’Œuvre ? Il aurait probablement été amené à fustiger, plus que la comparaison à Dante, l’orgueilleuse volonté de « s’asseoir sur le trône de Dieu ». Cette prétention autoritaire est, pour l’Église fondée sur les Apôtres et leur témoignage seul, inacceptable.
Un faisceau d’indices remet sérieusement en cause l’origine surnaturelle de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé. Les textes font naître un malaise récurrent en entretenant le flou et les formules théologiquement scabreuses, plus souvent que clairement erronées. On ne peut toutefois pas souligner assez qu’engager l’autorité de Dieu contre la règle ecclésiale est un procédé mensonger.