Vie en Église et emprises sectaires

Ouverture
« Au lieu de m’envoyer à Lisieux [1] avec ma promo on m’a envoyée à Rome parce que je ne mettais pas en pratique le sourire. Germaine m’a convoquée : « La Sainte Vierge va te demander quelque chose ; elle a décidé que tu dois aller à Rome ! » (plutôt que d’aller à Lisieux avec ma promo). Je devais voyager le lendemain… [2] On nous séparait, Lucile l’autre camerounaise, et moi, pour nous affaiblir.
Je suis donc arrivée à Rome en 2002/2003 : j’étais perdue… Je me trouvais paumée dans une équipe et cela ne m’a pas redonné ma joie… Je souffrais. Elles avaient peur de m’approcher : chez les TM, quand on veut te détruire, on t’isole… Tu deviens la mauvaise graine… Personne n’a le droit de t’approcher.
Par exemple Domitille a vu que ça n’allait pas pour moi. Elle s’est approchée de moi et m’a demandé ce qu’il y avait. Edwige a vu que Domitille me parlait : « Je t’interdis de lui adresser la parole. Vous n’avez pas le droit de lui parler ». D’une voix autoritaire, Edwige, la wallisienne a donc interdit à Domitille de me parler. Je me suis alors posé la question : « Est-ce qu’on sert Dieu ou le démon ? » en me rappelant la phrase de Sainte Thérèse dans Le triomphe de l’humilité [3] où le démon dit : « Il y a des âmes qui me servent sans le savoir ».
[1] Le séjour à Lisieux est la suite normale du processus dit « processus de formation » qui vise à formater une travailleuse missionnaire et à la rendre docile.
[2] Dans cette communauté, quand une mutation géographique est décidée par les responsables, elle est exécutoire immédiatement.
[3] Le triomphe de l’humilité par Sainte Thérèse de Lisieux – éditions du Cerf — 1975

I — Une grille d’identification des dérives sectaires à l’intérieur même d’institutions d’Église

Certaines grilles existaient déjà. Je pense à un article anglais de Peter J. Vere, reprenant une conférence donnée par le père Francis Morrisey lors d’un congrès de Droit Canonique : SÉPARER LE BON GRAIN DE L’IVRAIE : VINGT SIGNAUX AVERTISSEURS DE PROBLÈMES DANS LES NOUVEAUX GROUPES RELIGIEUX. Vous en trouverez le texte ici :
http://pncds72.free.fr/301_derives_eglise/301_1_separer_bongrain_ivraie.pdf

Le service « Pastorale Dérives Sectaires » de la Conférence des Évêques de France, dirigée par sœur Chantal-Marie Sorlin, a récemment établi un document permettant d’évaluer les déviances sectaires dans une communauté religieuse, à travers un certain nombre de critères. Pour repérer ces dérives, l’analyse porte sur quatre aspects du fonctionnement déviant des groupes : le culte de la personnalité, la rupture avec l’extérieur, la manipulation, l’incohérence de la vie. Ce texte est accessible sur plusieurs sites internet, notamment à partir du site national de la Pastorale Dérives Sectaires (http://gamaliel21.pagesperso-orange.fr/NOUVELLES%20GAMALIEL21%2020.pdf)

Il se trouve cité intégralement ci-dessous. Des réflexions complémentaires seront données dans l’exposé oral. Elles ont pour objectif d’élargir la perspective aux communautés non résidentielles de différentes nature et origine, qui marquent désormais la vie de l’Église jusqu’à ses plus hauts niveaux de responsabilité. Regardons maintenant les quatre chapitres ci-dessous.

1. LE CULTE DE LA PERSONNALITÉ

1.1 La naissance du groupe
Un dysfonctionnement dans le discernement des vocations peut avoir des conséquences redoutables. Les exemples abondent de candidats à la prêtrise refusés dans un diocèse mais acceptés dans un autre. De même en ce qui concerne la reconnaissance d’une association de fidèles ou une communauté. Aussi, les évêques suisses viennent-ils de rappeler cette exigence : « lorsque des candidats à la prêtrise ou à la vie religieuse changent de lieu de formation ou de communauté, les informations entre les responsables doivent circuler de manière claire et précise ».

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Emprise et abus spirituel

Aujourd’hui, la soif d’absolu est forte dans un monde occidental qui a perdu les fondements de la foi. Cela peut conduire certains à croiser des personnalités manipulatrices, ou même à devenir la proie de personnalités narcissiques qui détournent à leur profit la quête de Dieu. Ce sont même parfois de véritables systèmes d´emprise qui se mettent en place. Le mécanisme de l´emprise mentale conduit à de nombreux abus, dont l’abus spirituel, et peut causer de graves blessures psychologiques. Pourtant, depuis des millénaires, un trésor de sagesse existe dans les monastères où celles et ceux qui consacrent leur vie à la quête de Dieu ont balisé les dangers de cette quête. L’expérience qu’ils nous transmettent est aujourd’hui indispensable à notre discernement, que l’on soit croyant ou non. Ce documentaire a pour vocation d´informer et d´éduquer un large public aux possibles dangers de la recherche spirituelle. UNE COPRODUCTION JCD PRODUCTION/KTO 2018 – Réalisé par Jean-Claude Duret Documentaire du 18/05/2019.

Spiritualité laïque et spiritualité chrétienne

« 63. La foi catholique de nombreux peuples se trouve aujourd’hui devant le défi de la prolifération de nouveaux mouvements religieux, quelques-uns tendant au fondamentalisme et d’autres qui semblent proposer une spiritualité sans Dieu[1]. »

Points de repères et de discernement

Définir en quelques mots ce qui relève de la spiritualité laïque est tout simplement impossible. Notre approche sera donc très partielle et aura pour point d’attention quelques éléments.

Tout d’abord, revenons à la définition et à l’étymologie. Spiritualité : ce qui concerne ici la spiritualité est relative à la vie spirituelle, à la vie de l’esprit. Cela peut aller de l’activité intellectuelle à la manière de pensée. En tous les cas, la racine latine est « spiritus. » Et il est intéressant de constater que cette même racine à donner respirer, inspirer, expirer. Comme si le souffle, la respiration, en lien avec l’air, l’élément le plus immatériel était l’interface entre le monde de la matière et le monde de l’esprit. D’ailleurs, le muscle le plus important de la respiration qui est au centre de notre corps, et qui forme le plancher de notre cage thoracique et le plafond de notre abdomen s’appelle le diaphragme ou, en langage médical, le « centre phrénique ». En grec phren veut dire, état d’âme, état d’esprit. C’est dire si les anciens avaient repéré qu’au centre de notre corps en lien avec la respiration, ce muscle était l’interface entre le soma, le corps et la psyché ou l’esprit. En français nous pouvons conjuguer le verbe expirer à la forme active j’expire, et non pas à la forme passive je suis expiré. Nous pouvons conjuguer le verbe inspirer à la forme active j’inspire, mais également à la forme passive, je suis inspiré. La question qui nous occupe ici est de savoir, qu’est-ce qui nous inspire ? Qui ou quoi nous inspire ?

Déjà, nous trouvons une différence essentielle entre l’Orient et la tradition judéo-chrétienne au sujet du souffle. En Orient, il s’agit de maîtriser l’énergie vitale qui circule dans le prana, comme le font les maîtres yogi par des exercices de pranayama ou yoga respiratoire. Le ki ou le chi des Chinois est cette énergie concentrée au centre de corps qu’il faut savoir maîtriser par des exercices ascétiques. Dans cette conception, le sommet de la vie spirituelle passera nécessairement par la maîtrise de ces énergies pour maîtriser son mental. Il s’agit de pratiques qui pourraient être considérées comme laïques, en ce sens qu’elles ne nécessitent pas de croyances particulières, mais une pratique assidue. Cependant si nous nous référons aux écrits ou paroles des maîtres nous constatons que tout un système de croyances y est attaché, une conception de l’homme et du monde, de la vie de la mort et de la vie après la mort sont indissociables des pratiques. Dans la Bible, le souffle « spiritus » en latin « pneuma » en grec et « rouah » en hébreux se reçoit de Dieu, il n’est donc pas maîtrisable. Cette simple remarque sur le souffle ou l’esprit permet d’envisager déjà des différences fondamentales quant aux différentes spiritualités. Continuer la lecture de « Spiritualité laïque et spiritualité chrétienne »