Rayons de librairies, réseaux sociaux, émissions télévisées : le développement personnel est omniprésent. Ces dernières années, la recherche de bien-être et la volonté de réussir sa vie se sont imposées chez beaucoup de nos contemporains. KTO en parle dans l’émission « Sans langue de buis ».
Pourquoi ces approches séduisent-elles ?
Ouvrent-elles à la vie véritable ? Détournent-elles de la foi
chrétienne ? Comment exercer un discernement entre les différentes
méthodes en vogue ? Pour en parler, KTO reçoit :
Natalia Trouiller – Écrivaine, journaliste
Bertran Chaudet – Auteur de « SOS Développement Personnel – Discernement » (Artège) et diacre du diocèse du Mans
Etienne Séguier – Journaliste à La Vie et coach en développement personnel
Sandrine Dusonchet – Formatrice à l’ennéagramme, vice-présidente de l’Institut Européen de Développement Humain
Frère Raphaël de Bouillé – Frère dominicain, professeur en théologie pastorale.
On boucle la boucle en replongeant dans
le thème de la Loi de l’attraction, et exceptionnellement, je vais vous
donner quelques clés précieuses pour non seulement vous passer de cette
fameuse “pensée positive“ mais aussi pour faire beaucoup mieux sans
elle !
Oui, vous avez bien entendu, je vais vous donner des conseils, des tips, des trucs et astuces. C’est fou. Préparez papier et crayons et écoutez bien ce qui suit : une conférence que j’ai donnée au Cercle Zététique de Montpellier en septembre 2020.
En 2006, le film “Le secret“ de
l’Américaine Rhonda Byrne débarquait dans le milieu du développement
personnel, allant jusqu’à faire du concept de “Loi de L’attraction“ un
passage obligé pour toute personne qui s’intéresse à la manière
d’améliorer sa vie, que ce soit psychologiquement ou dans les domaines
très concrets de la santé, du succès professionnel ou des relations
amoureuses.
Même si elle a alors secoué le monde jusqu’à devenir mainstream, cette idée n’est pas nouvelle. Elle constitue en réalité le fondement-même de la spiritualité contemporaine.
On peut être rompu•e aux outils d’influence, de marketing et de
publicité, on peut avoir tout étudié des techniques d’embrigadement, de
manipulation mentale et tout connaître sur les dérives sectaires, cela
ne nous rendra pas moins susceptible de nous soumettre à qui en usera
sur nous. Mon invité en a fait l’expérience à ses dépens. Il nous livre
son témoignage et son analyse “d’expert“ de la question.
J’ai rencontré Rémi Rivas à Paris. Il
est consultant en entreprise dans le domaine du design, du marketing et
de l’innovation. Pour son travail, mais aussi par passion personnelle,
il s’est intéressé en profondeur à la manière dont les humains pensent,
sont influençables et influencés. Et puis un jour, il a assisté au
séminaire de quatre jours d’une grande figure internationale du coaching
et la vision qu’il avait de lui-même et de ses connaissances en a été
complètement bouleversée.
Comment savoir si on peut faire confiance à un coach ? Le coaching
peut-il nous permettre de trouver l’harmonie dans notre vie ? Sur quoi
se fonde la PNL ? À quel moment le coaching devient-il dangereux ?
Quelles sont les techniques de manipulation mentale utilisées par
certains gourous du coaching ? Comment éviter de succomber aux dérives
sectaires ?
Rossart, paisible hameau des Ardennes belges, avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner, aurait dit Jacques
Brel. Quelques maisons de pierre se dressent le long de la Grand’Rue déserte. Sur le trottoir, nous engageons la
discussion avec Tarek*, un jeune Libanais, la voix traînante et le regard perdu :
– « Tu as déjà essayé ?
– Non, répond Tarek*. J’espère que cela va m’aider. »
Son espoir s’appelle « ayahuasca », une décoction hallucinogène préparée à partir de plantes et utilisée dans les rituels chamaniques de communautés indigènes d’Amazonie. Ses plus fervents promoteurs n’hésitent pas à ranger cette potion au rayon « médecine », sorte de panacée thérapeutique et spirituelle. Ici, à 150 km de Bruxelles, bien loin des traditions de la jungle amazonienne, ce breuvage verdâtre est un produit illicite, car il contient de la diméthyltryptamine ou DMT, un puissant psychotrope. La loi belge est claire : « L’importation, l’exportation, le transport, la détention et la vente de la DMT constituent des infractions pouvant être punies d’un emprisonnement de trois mois à cinq ans et/ou de lourdes amendes », précise un représentant du Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (CIAOSN) à Bruxelles.
La législation est peu ou prou la même dans toute l’Europe, avec toutefois quelques appréciations ambiguës dans
certains pays comme l’Espagne. Malgré le risque judiciaire, ce 20 octobre, dix personnes – dont quatre Français
– sont attendues à Rossart pour participer à une retraite clandestine de trois jours. Sous une fausse identité, nous
nous sommes invités à ce rassemblement avec l’intention de suivre et d’enregistrer la cérémonie nocturne de
l’ayahuasca.
Business du trip
L’événement est organisé par Inner Mastery – la « maîtrise intérieure » ! Cette entreprise, en apparence ordinaire, est en fait une véritable multinationale des drogues psychédéliques, régnant sur le business du « trip » dans toute l’Europe et une partie de l’Amérique latine.
Alberto Varela, fondateur d’Inner Mastery
Elle a été créée en 2013 par Alberto Varela, mélange d’homme d’affaires et de maître spirituel d’origine argentine et vivant aujourd’hui en Espagne. Quelques années plus tôt, l’individu avait passé 14 mois en prison pour possession de drogue… 40 kg d’ayahuasca. Basée à Madrid, sa firme, Inner Mastery, est une entreprise tentaculaire. Elle s’est spécialisée dans le développement personnel sous psychotropes. Selon des données internes difficilement vérifiables, elle serait présente dans 25 pays et aurait rassemblé plus de 70 000 participants.
Outre la Belgique, elle organise des « retraites d’évolution intérieure » dans ses maisons ou plutôt ses « épicentres » – dans le jargon interne – situés en Allemagne, Irlande, Italie, Suisse, Pays-Bas, Malte, Roumanie, Turquie, Finlande, Suède, Norvège, ainsi qu’au Mexique, en Colombie ou en Uruguay. Avant la crise du Covid et ses confinements, Inner Mastery louait également des appartements à Paris via Airbnb pour des sessions express où les participants fumaient du bufo, autre hallucinogène aux effets instantanés, sécrété par la peau d’un crapaud. Comme l’ayahuasca, il contient la molécule interdite, le DMT.
Ces indélicatesses avec la loi, n’empêche pas pour autant l’organisation d’Alberto Varela de planifier ces séjours de shoots psychédéliques. Les épicentres semblent juste bouger ou se volatiliser au gré des changements de législation, des descentes de police et des saisies. Celui d’Eersel, près d’Eindhoven aux Pays-Bas, a fermé en 2019 à la suite d’un raid des forces de l’ordre en pleine retraite. Des membres du groupe ont été interpellés. Quelques semaines plus tôt, un homme de 31 ans, d’origine hongroise s’était suicidé après avoir quitté le lieu en état de panique, en plein trip sous iboga, encore une drogue hallucinogène au menu d’Inner Mastery. « Des descentes ont eu lieu en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Belgique. Mais cela ne les empêche pas toujours de reprendre les retraites », confie au Point Esther*, une ancienne « facilitatrice », le nom donné aux personnes travaillant dans les épicentres.
Ces séjours attirent toujours davantage de candidats avec la promesse d’un « épanouissement dans son plus haut potentiel », « de transcender ses limitations », « de transformer sa souffrance en vie ». Ce, grâce à une « technologie de transformation » qui combine « des méthodes évolutionnaires, conscientes et thérapeutiques » aux « outils traditionnels amérindiens les plus avancés. » N’en jetez plus. Le commerce d’Inner Mastery : un gloubi-boulga new age abscons, mi-spirituel, mi-thérapeutique, combiné à des drogues hallucinogènes connues pour leur pouvoir de soumission chimique des esprits.