Obéissance et liberté dans la vie religieuse

PARMI LES TROIS VŒUX QUE PRONONCENT LES RELIGIEUX, CELUI D’OBÉISSANCE EST LE PLUS DÉLICAT. S’IL EST MAL COMPRIS, IL EST SUSCEPTIBLE DE CONDUIRE À DES DÉRIVES.

D’où vient l’appel à l’obéissance ?

Lorsqu’ils s’engagent dans une communauté, les religieux prononcent un vœu d’obéissance, souvent décrit comme le plus délicat. De fait, l’obéissance dans la vie religieuse est bien plus radicale que celle requise dans une entreprise ou l’armée. Sa raison d’être n’est pas qu’organisationnelle, au service du bien commun, mais avant tout théologique. Elle s’enracine dans l’idéal chrétien de l’amour de Dieu et des autres : faire la volonté de Dieu en imitant l’humilité du Christ, lui-même décrit comme s’étant fait « obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur une croix » (Philippiens 2,8).

Obéissant, c’est-à-dire, étymologiquement, celui qui écoute. Dans la cathédrale du Puy-en-Velay, la chapelle du Saint-Crucifix présente un Christ du XVe siècle avec de grandes oreilles, symbole de celui qui a écouté parfaitement la volonté de son Père. « L’obéissance est avant tout une attitude filiale (…), une écoute imprégnée de la confiance qui rend le fils accueillant à la volonté du père, assuré qu’elle sera pour son bien », rappelle l’instruction romaine de 2008 sur

« Le service de l’autorité et l’obéissance ». Ainsi, poursuit-elle, « l’obéissance à Dieu est chemin de croissance et donc de la liberté de la personne, parce qu’elle consent à accueillir un projet ou une volonté différente de la sienne qui non seulement n’humilie pas ou n’abaisse pas, mais fonde la dignité humaine ».

Si l’obéissance comme écoute de la Parole de Dieu est capitale pour tout chrétien, la vie religieuse lui donne une autre radicalité car le religieux renonce à sa volonté égoïste et se remet dans les mains de supérieurs. L’obéissance religieuse est alors vécue comme un acte de foi : le religieux croit que Dieu lui communique sa volonté dans le cadre de sa mission par l’intermédiaire des supérieurs et l’associe par là à sa volonté de salut. Ce que formalise le droit canonique : « Le conseil évangélique d’obéissance, assumé en esprit de foi et d’amour à la suite du Christ obéissant jusqu’à la mort, oblige à la soumission de la volonté aux supérieurs légitimes qui tiennent la place de Dieu, lorsqu’ils commandent suivant leurs propres constitutions » (canon 601).

Quelles en sont les limites ?

Si le propos est radical, l’histoire de l’Église – et récemment les dérives sectaires de certaines communautés – rappelle toutefois que le risque d’abus de l’obéissance est bien réel et qu’elle doit toujours être encadrée. « C’est un équilibre très fragile qui demande de la prudence », relève le dominicain Henry Donneaud, professeur de théologie à Toulouse, qui fut commissaire pontifical pour la communauté des Béatitudes (1).

Première limite du côté de celui qui obéit : il reste toujours éminemment libre. « L’obéissance est un acte de foi mais elle n’est jamais irrationnelle. La liberté reste souveraine. On ne peut obéir quepar choix, sinon ce n’est plus de l’amour », souligne Frère Oliveto, maître des novices à l’abbaye olivétaine de Maylis (Landes). C’est même la condition d’une vraie obéissance : pour être capable d’obéir, il faut être capable de désobéir. Faisant le lien entre « obéir » et « écouter, pour ensuite répondre », le dominicain Yves Bériault (2) rappelle que le mot « responsabilité » veut aussi dire « donner une réponse » et qu’en ce sens, « obéissance et responsabilité » sont « indissociables » dans la vie religieuse : « L’obéissance implique donc une attitude très active et très dynamique qui fait appel à toute la personne », et notamment « à l’adulte en nous ».

Elle n’est jamais obéissance aveugle : le consacré ne doit jamais démissionner de son intelligence et de sa volonté, mais garder sa capacité de juger de ce que lui demande son supérieur, ne serait-ce que pour entrer plus librement dans ce qui lui est demandé. Sachant que le précepte posé par le supérieur ne peut jamais porter que sur un sujet extérieur, précise le

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Calme et attentif comme une grenouille

Calme et attentif… comme une grenouille ?

Curieuse promesse ! Et tellement séduisante pour des parents ou des enseignants débordés par les enfants qu’ils côtoient ! Si seulement il existait une méthode miracle pour les faire tenir en place, les rendre attentifs, leur permettre de se concentrer et d’apprendre !!!

Cette promesse est le nom d’un succès de librairie, vendu très cher (25 € pour une centaine de pages imprimées très gros avec des grandes marges tout autour + un CD), à grand renfort d’outils marketing et de relais média. On nous vante déjà 100 000 parents et enseignants conquis !

La préface est signée par l’incontournable Christophe André qui se fend d’une anecdote sur son enfance et nous annonce tout de go que les enfants sont naturellement prédisposés à la « pleine conscience ».

Il nous affirme même que la pleine conscience peut aider nos enfants à « acquérir plus d’humanité », rien de moins ! À le lire, hors de la pleine conscience, point de salut !

Allons voir de plus près cette proposition de « pleine conscience » pour enfant. Continuer la lecture de « Calme et attentif comme une grenouille »

Stanislas Grof. Une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience

Extraits significatifs de son livre : Une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience. Aventure secrète, Editions J’AI LU septembre 2009

Selon wikipédia, Stanislav Grof, né à Prague (Tchécoslovaquie) en 1931, est un psychiatre tchèque, pionnier dans la recherche des états modifiés de conscience.

Stanislav Grof commence ses recherches sur les drogues psychédéliques, surtout le L.S.D., en 1956 à l’Institut de Recherches Psychiatriques de Prague où il les poursuit jusqu’en 1967. Il part alors à Baltimore (MarylandÉtats-Unis) pour devenir chercheur et professeur de psychiatrie à l’Université Johns Hopkins. Vient le Printemps de Prague (janvier-août 1968), il reste aux États-Unis où, de 1967 à 1973, comme chef de projet au Centre de Recherches Psychiatriques du Maryland, il poursuit ses recherches sur le potentiel psychothérapeutique des états de conscience produits par l’utilisation du LSD dans un contexte approprié. Le programme porte en particulier sur certains types de population (toxicomanes, personnes en phases terminales, etc. Dans les années 70, sa première épouse, Joan Halifax, anthropologue, collabore avec lui dans un projet de recherche sur le LSD et sur « la rencontre de l’homme avec la mort ». De 1973 à 1987, il est professeur-résident à l’Institut Esalen, Big Surn Californie, où, avec sa seconde épouse, Christina Grof, professeur de yoga, il développe la « respiration holotropique » (1976).

Stanislav Grof est, avec Abraham Maslow, l’un des fondateurs de la Psychologie transpersonnelle (1969) et l’inventeur de la Respiration holotropique, une technique voisine du Rebirth. Il a mis sur pied et dirigé pendant de nombreuses années le Grof Transpersonal Training, enseigne au California Institute of Integral Studies, et parcourt le monde pour donner des conférences et animer des séminaires de respiration holotropique. Continuer la lecture de « Stanislas Grof. Une approche globale et spirituelle pour épanouir sa conscience »

La géobiologie

Savoir de quoi on parle

 La définition suivante est proposée par les tenants de la discipline :

« La Géobiologie est l’étude de l’influence des ondes sur le vivant. Elle prend en compte principalement l’impact des rayonnements ionisants, des champs magnétiques, des champs électriques et des courants. »

Présentation, Définition et Champs d’application de la Géobiologie :

www.ecolefrancaisedegeobiologie.fr/presentation-definition/

 Les scientifiques, les personnes rationnelles ne se contentent toutefois nullement de cette définition. Pourquoi ?

 Pour ces personnes, la géobiologie entre dans la catégorie des pseudo-sciences, car elle présente sous forme d’affirmations à caractère ou apparence scientifique, des théories et des pratiques qui ne sont pas prouvées par la méthode scientifique classique.

Les applications sur l’habitat

Les applications de la géobiologie sur l’habitat, en dépit de l’appareillage utilisé, en particulier pour mesurer les ondes, ne le sont pas selon des critères scientifiques communément valables et validés par les expériences, les travaux et publications scientifiques.

Car ces théories ne respectent pas les lois élémentaires de la physique et l’état actuel de nos connaissances, ignorent surtout les véritables connaissances scientifiques concernant la physique, la géologie et la géophysique.

 « Aucune expérience faite selon les critères scientifiques, qui limitent les biais comme le double aveugle, n’a montré l’existence de perturbations géobiologiques.

 La notion de courant tellurique utilisée par la géobiologie n’a rien à voir avec celle qu’a élaboré la géophysique, et aucune mesure ne permet d’identifier une distribution en maillage de points significativement riches en radioactivité » geoforum.fr

Voici par exemple une présentation très « sérieuse » : radiesthésie et géobiologie pour la santé… Pensez-vous vraiment qu’on soit ici dans des assertions de type rationnel et scientifique ?

Et encore : une publicité pour le nettoyage geobiologique… Continuer la lecture de « La géobiologie »

La psychologie transpersonnelle

Une conférence de Bertran Chaudet

La psychologie transpersonnelle, née au tout début des années 70, se situe dans l’idéologie du New-Age, nébuleuse prétendant changer les représentations habituelles du monde, grâce à un syncrétisme pseudo scientifique et un mélange des différentes traditions spirituelles. Ces courants sont nés sur la côte ouest des États-Unis et notamment à Esalen, épicentre du New-Age. Abraham Maslow[1] (cofondateur de la psychologie humaniste) et Stanislav Grof (fondateur de la respiration holotropique[2], avec sa seconde épouse professeure de yoga) en sont les fondateurs et les maîtres à penser. Ils se recommandent de Carl Gustav Jung. [3]

Grof définit la psychologie transpersonnelle comme « une discipline visant à faire une synthèse de la spiritualité authentique et de la science ».

En France la tradition laïciste suspicieuse à l’égard de toute approche spirituelle, n’a pas permis à la psychologie transpersonnelle de pénétrer les universités et ici l’on ne doit pas s’en plaindre. La psychologie transpersonnelle ne bénéficie d’aucun encadrement institutionnel et son efficacité n’a jamais été démontrée. La Miviludes a, dans son rapport de 2013, dénoncé les dérives provoquées par cette approche. Continuer la lecture de « La psychologie transpersonnelle »

La méditation de pleine conscience. Chemin de sérénité ou illusion ?

Un article de Bertran Chaudet (Gemppi)

La méditation de pleine conscience a le vent en poupe. Elle tire son origine du bouddhisme revue à la sauce occidentale… La méditation de pleine conscience permettrait une attention juste, une présence attentive ou une conscience vigilante à ses propres pensées, actions et motivations.

Il est aujourd’hui question de spiritualité laïque, c’est-à-dire sans lien avec une conception religieuse particulière. La méditation de pleine conscience voudrait s’inscrire dans cette perspective. Cette méditation de pleine conscience est-elle aussi neutre de toute doctrine et aussi laïque qu’elle se présente ?

Rapidement voici deux définitions de la laïcité communément admise en France : « La laïcité est le principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse. » Selon le Larousse : « La laïcité : caractère de ce qui est laïque, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes. »

L’étymologie peut nous aider à un premier discernement

Il est intéressant d’observer que méditer vient du latin mederi, donner soin à, porter remède à. La racine med dans le domaine indo-européen a le sens, selon Benveniste, de prendre avec autorité des mesures appropriées, d’où penser réfléchir, réguler, juger, ordonner, et médication…

La conscience vient du latin conscientia dérivé de conscire, de cum « avec » et scire « science », par conséquent « savoir en commun ». Avant le XVIIe, la conscience était une valeur morale de connaissance intuitive du bien et du mal. Il y a les locutions à connotation morale « avoir bonne conscience », puis « en leur âme et conscience », « liberté de conscience, conscience morale. » Les philosophes lui ont donné un sens nouveau avec la locution « prendre conscience ». Ainsi, la conscience est passée de la valeur morale à la valeur psychologique de réflexion. Il faut donc bien s’entendre sur le mot conscience qui selon les positions ne revêtent pas les mêmes significations.

Spiritualité vient du latin spiritus qui a donné le mot esprit, d’où vient également le mot respiration. Au centre du mot respiration, il y a la racine latine spirare. Toutes les civilisations ont fait le lien entre l’air, l’élément le plus subtil de la matière et l’esprit. Continuer la lecture de « La méditation de pleine conscience. Chemin de sérénité ou illusion ? »

La méditation de pleine conscience

Une conférence de Bertran Chaudet

En demandant l’intercession du Bienheureux Maurice Tornay, Prêtre — Chanoine régulier — né le 31 août 1910 à La Rosière (Commune d’Orsières), mort martyr le 11 août 1949 au col du Choula (Chine). Invoqué, le 11 août au martyrologe romain : aux confins du Tibet, en 1949, le bienheureux Maurice Tornay, prêtre et martyr, chanoine régulier du Grand-Saint-Bernard, alla annoncer l’Évangile en Chine et au Tibet, et fut massacré par des lamas tibétains.

La méditation de pleine conscience est en vogue actuellement. Elle tire son origine du bouddhisme revue à la sauce occidentale. Dans le bouddhisme, il est enseigné que la pleine conscience est un facteur essentiel pour la libération. La méditation de pleine conscience permettrait une attention juste, une présence attentive ou une conscience vigilante à ses propres pensées, actions et motivations.

Signification étymologique de Méditer et de Conscience [1]

Il est intéressant d’observer que méditer vient du latin mederi « donner soin à » « porter remède à ». La racine med dans le domaine indo-européen a le sens, selon Benveniste, de « prendre avec autorité des mesures appropriées », d’où penser réfléchir, réguler, juger, ordonner.

En vieux français, le méditer signifie l’action de réfléchir profondément en particulier dans une acception religieuse. Puis la méditation prend son sens moderne de « soumettre à une longue réflexion ».

La conscience vient du latin conscientia dérivé de conscire, de cum « avec » et scire « science », par conséquent « savoir en commun ». Avant le XVIIe, elle avait une valeur morale de connaissance intuitive du bien et du mal. Au XIIe il y a la locution « bonne conscience », puis « en leur âme et conscience ». Il a donc une connotation morale : « liberté de conscience, conscience morale. »

Les philosophes lui ont donné un sens nouveau avec la locution « prendre conscience ». Ainsi, la conscience est passée de la valeur morale à la valeur psychologique ou métaphysique de réflexion.

Ainsi, il faut bien s’entendre sur des mots qui selon les positions ne revêtent pas les mêmes significations. Continuer la lecture de « La méditation de pleine conscience »