Le risque de dérive sectaire dans la pratique du Soin. Eric Kania, psychiatre

Eric Kania est psychiatre et vice-président du GEMPPI. Exposé fait en 2023 à l’Espace Ethique Méditerranéen – Hôpital adultes de La Timone – Marseille.

Une vidéo intéressante du GEMPPI sur les dérives sectaires dans les médecine dites « alternatives » notamment auprès de personnes atteintes de cancers ou très vunérables.

Les abus spirituels ?

Dans le monde évangélique francophone, Jacques Poujol a publié plusieurs ouvrages sur les abus spirituels. Le pasteur et psychothérapeute Jacques Poujol a participé à deux émissions « Vitamine B » sur DieuTV. L’occasion pour lui de présenter dans la première ce que sont les abus spirituels.

Pour aller plus loin, ne manquez pas le livre de Jacques Poujol : « Abus spirituels. S’affranchir de l’emprise » (Empreinte Temps Présent, 2015).

On parle d’abus spirituel lorsqu’une personne profite de sa position d’autorité pour en dominer psychologiquement et spirituellement une autre, en la privant de son autonomie et de son libre arbitre. 

Ce phénomène, encore tabou, touche pourtant de nombreuses personnes au sein des églises

L’auteur, grâce à une analyse précise de la mécanique de l’abus, permet d’identifier et de comprendre cette perversion relationnelle et de venir en aide aux victimes et à leur entourage.

• Quels sont les signes qui permettent de repérer un abus spirituel ?
• Quelles sont les caractéristiques d’un groupe susceptible de générer des abus ?
• Quelles sont les difficultés psychologiques et spirituelles rencontrées par la victime?
• Comment l’accompagner dans sa reconstruction identitaire ?
• Quels conseils donner à ses proches ?

Le christianisme au défi des nouvelles spiritualités

Le livre d’Adrien Bouhours

Adrien Bouhours, bibliothécaire, historien, spécialiste des courants ésotériques et auteur de « Le christianisme au défi des nouvelles spiritualités (Ed. Artège)

Comment expliquer la sécularisation si brutale du monde occidental et la perte de vitesse des Églises traditionnelles ? Que signifie ce passage d’une société organique et chrétienne à une société syncrétiste et individualiste où chacun modèle sa spiritualité au gré de ses désirs ? Le « nouvel âge » annoncé par les acteurs de ces mutations est-il à la hauteur des promesses de bonheur et d’accomplissement qu’ils véhiculent ?

En réponse au discours promotionnel de la « nouvelle spiritualité » qui présente son succès comme inscrit dans le sens de l’histoire, Adrien Bouhours livre une analyse tranchante de ses sources historiques et décrypte les causes de la séduction qu’elle exerce.

Il met en lumière ses racines ésotériques, issues des mutations religieuses de la Renaissance, et éclaire ses liens avec la promotion de spiritualités orientales idéalisées et avec l’essor de la culture du bien-être et du développement personnel.Pour dissiper les funestes mirages de la religion nouvelle, l’essayiste lance un appel réfléchi à redécouvrir les richesses oubliées du christianisme, seules à même de combler notre soif d’espérance, de transcendance et de vérité.

Recension par le P. Rueg, o.c.d., revue Carmel

Docteur en histoire, auteur de plusieurs études sur les courants ésotériques qui ont traversé la pensée religieuse de notre pays et de tout l’occident chrétien, Adrien Bouhours était l’auteur le mieux à même d’écrire sur le thème du christianisme face aux nouvelles spiritualités de notre temps.

Il s’interroge ainsi sur ce qui caractérise la « nouvelle spiritualité » : elle diffère tout d’abord profondément de la religion traditionnelle qui, elle, « ne fait qu’accueillir une révélation qui lui est transmise » (p. 17) ; elle vise au contraire à « élaborer son propre système de croyances et de pratiques à partir de diverses offres, comme on composerait, ajoute notre auteur, un repas en commandant à la carte » (ibid.).

Autant, dans la première démarche, l’homme répond-il par la foi à l’appel d’un Dieu qui lui parle, autant, dans la seconde, « l’homme est au centre et compose lui-même sa propre religion ». La distinction est de taille et offre à notre auteur l’occasion de nous introduire dans la vaste nébuleuse de ces nouvelles spiritualités qui concurrencent la tradition séculaire de l’Eglise et du Magistère catholique, au point que « la vie religieuse de notre pays a été étouffée, pratiquement asphyxiée par la croissance de cette nouvelle spiritualité » (p. 40).

Et notre auteur de citer saint Paul dans sa deuxième épître à Timothée : « Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques » (p. 41).

Il n’est que de parcourir les pages de ce livre pour comprendre ce que ces propos contiennent de prophétique pour comprendre l’époque actuelle et le défi que posent ces spiritualités au christianisme et à l’Eglise de notre temps. L’auteur fait plus qu’un inventaire de ces courants ésotériques ; il nous en livre les origines, les racines profondes et cachées qui sont les siens au cours de l’histoire : néo-platonisme, hermétisme, kabbale, héritage joachimite déjà signalé par le Cardinal de Lubac dans l’un de ses maître-ouvrages, « philosophie éternelle » initiée au XVème siècle, suivie des mouvements rosicruciens et francs-maçons, puis des courants spirites du XIXème, pour aboutir à la théosophie et aux grands initiés puis, enfin, au Nouvel Âge, dernier avatar de cette formidable construction illusoire dans laquelle l’homme prétend se suffire à lui-même, sans compter sur la force divine qui pourrait seule apporter un sens véritable et ultime à sa vie.

Le constat est sévère, mais il est, hélas, on ne peut plus objectif et argumenté. Il nous invite à une réflexion nécessaire sur les différentes caractéristiques de ces mouvements ésotériques qui ont conduit notre culture contemporaine à promouvoir des spiritualités fondées davantage sur le culte du bien-être et du développement personnel que sur la recherche du salut obtenu par l’accueil de la révélation divine. « Les fruits sont aujourd’hui sous nos yeux, constate notre auteur. La fille aînée de l’Eglise est désormais un pays dans lequel il n’y a plus que deux à trois personnes sur cent qui assistent à la messe régulièrement {…}

Sur le plan des croyances, alors qu’un cinquième de la population croit en la réincarnation, très peu de personnes croient encore à l’enfer. Pourtant, si celui-ci est bien le lieu peuplé des êtres qui ont définitivement fermé leur âme à la grâce salvatrice de Dieu, il est possible que la France soit désormais l’une des « portes de cet enfer » (p.40). Ce livre, on l’aura compris, est un vigoureux stimulant pour cette année jubilaire : il nous invite à rendre compte de notre espérance chrétienne en reprenant les fondements de notre foi pour en témoigner à un monde qui en a furieusement besoin.

Recension par Guillaume Daudé

dans La Croix du 21 mars 2024

Des livres de Frédéric Lenoir au best-seller Trois amis en quête de sagesse paru en 2016, en passant par le Yoga d’Emmanuel Carrère publié en 2020, quel est le point commun de cette littérature à succès ? Tous ces livres relèvent d’un courant foisonnant et protéiforme qu’on désigne souvent sous le nom de « nouvelles spiritualités », et auquel l’historien Adrien Bouhours vient de consacrer son dernier ouvrage.

Une thèse forte le traverse : ce ne sont pas l’athéisme ou l’islam qui supplantent aujourd’hui le christianisme mais ce courant, selon lui largement sous-estimé par les catholiques. Pour l’auteur, le caractère nébuleux des « nouvelles spiritualités » ne signifie pas qu’elles n’ont pas d’unité : elles professent toutes la possibilité « d’accéder directement à une dimension divine sans passer par les médiations institutionnelles ».

Alors qu’elles sont souvent vues comme la religion d’avenir, l’auteur explique pourquoi elles séduisent tant : elles correspondent à l’âge de la mondialisation, de l’écologie et de l’individualisme, en proposant une synthèse planétaire des sagesses, une spiritualité holistique et une réalisation de soi.

Pourtant, ces « nouvelles spiritualités » ne sont pas aussi nou­velles qu’elles le prétendent, ana­lyse l’historien. Selon lui, elles trouvent leurs racines dans les courants ésotériques nés à la Renaissance, qui se développent avec la franc-maçonnerie à partir du XVIIIe ­ siècle, puis avec les spiritualités orientales importées en ­France dès le milieu du XIXe siècle.

Dans une dernière partie plus apologétique, l’auteur s’attache de manière convaincante à dissiper les fausses promesses des « nou­velles spiritualités ». En prétendant prendre le meilleur de toutes les religions qui détiendraient chacune une par­celle de vérité, elles en gomment les aspérités et ne font en réalité que les utiliser au service de leur propre conception de la vérité, analyse-t-il. À titre ­d’illustration, le roman autobio­graphique d’Emma­nuel Carrère, Yoga, écrit après une dépression, montre, selon l’auteur, toute l’ambiguïté de la « nouvelle spiritualité » : il y voit un détournement de pratiques spirituelles à des fins thérapeutiques qui n’est pas sans danger. Ce livre exprime cependant une quête de sens, selon lui bien présente chez nos contemporains, alors même que Dieu est devenu un gros mot. Le défi pour les chrétiens : répondre à cette soif d’absolu.

Et fouette coaché !

D. Auzenet

Un Colloque international sur « Les visites apostoliques et canoniques en mondes séculier et régulier, ministère de vigilance », organisé par Talenthéo1, s’est tenu à l’Institut Catholique de Paris les 8 et 9 mars 2024.

En prévision du Colloque, on peut entendre et lire Béatrix de Bréauté (directrice de l’Institut Talenthéo2).

Louis Daufresne sur Radio Notre-Dame3, présente ainsi l’interview que vous pouvez écouter : « Que faut-il entendre par un ministère de vigilance ? La question intrigue. Le mot vigilance fait penser aux alertes météo. De quel orage s’agit-il ? L’Église en a connu beaucoup et on sait que Saint Paul a chaviré trois fois et que la barque de Pierre prend l’eau de toute part, comme le relevait Benoît XVI. Le ministère de vigilance correspond au fonctionnement des visites apostoliques et canoniques — qui en fait sont à l’Église ce que les audits sont à l’entreprise. Mais c’est beaucoup plus complexe car la vie de cette institution ne se résume pas à des objectifs commerciaux ni à des tableaux Excel. Comment éviter les abus, se montrer respectueux du bien des personnes, tant que le monde régulier que dans le monde séculier ? »

Béatrix de Bréauté, dans une interviewe signée Céline Hoyeau sur le site de la Croix4  souligne à juste titre l’importance des visites canoniques, qui ne datent pas d’aujourd’hui : « Il me semble que, dans la hiérarchie de l’Église, les supports de vigilance, d’écoute de paroles que sont les visites canoniques et apostoliques sont appelés à se déployer de façon plus inspirante et avec un plus grand impact.

En effet, des siècles avant la mise en place des audits dans les entreprises ou institutions, l’Église a compris l’importance que la gouvernance soit accompagnée. Elle a mis en place un système de régulation du gouvernement des instituts destiné à stimuler et à encourager. Pourtant les visites canoniques c’est-à-dire régulières peuvent manquer efficacité. De plus, elles ne sont pas toujours bien vécues. ».

Il est vrai qu’on peut constater toutes sortes de dysfonctionnements dans les processus en cours. Pour ne citer qu’un exemple récent : les désaccords internes dans l’équipe chargée de conduire la visite des Foyers qui ont abouti à la démission de Mgr Dubost fait un peu désordre… Alors, que proposer ?

Je cite Béatrix de Bréauté : « Le moment nous semble venu de réfléchir à donner davantage de légitimité et d’efficacité à ces visites, au service de la fécondité des instituts, communautés et diocèses. Des protocoles de visites existent ici ou là ; en généraliser la pratique constituerait un atout pour la vie de l’Église. Des pistes d’améliorations portant sur la formation, l’accompagnement et la supervision des visiteurs pourraient également s’envisager, afin de garantir des rencontres effectuées dans un cadre bienveillant et de confiance fraternelle réciproque. Chercher à améliorer notre pratique de l’accompagnement des relations et du gouvernement dans l’Église est au fond profondément évangélique ».

Et qui va nous aider à cela ? Talenthéo, bien sûr, organisateur du Colloque. L’intention du colloque sans doute louable… mais les moyens et les outils ne sont pas évoqués. Or, les outils utilisés ne sont pas neutres (PNL, CNV…) et sont loin d’avoir fait preuve d’une réelle efficacité à moyen terme… De nombreux intervenants du Colloque ont été eux-mêmes formés par Talenthéo, et ont déjà intégré les techniques de coaching dans leur vision du monde

Un mélange des genres

Béatrix de Bréauté sur Radio Notre-Dame dit qu’une visite canonique est comme un audit. Mais Mgr Touvet sur le site du colloque dit que ce n‘est pas un audit… On voit bien à nouveau poindre une grave difficulté, celle du mélange des genres, difficulté bien connue dans un autre cadre, celui du psycho-spirituel.

Les lecteurs de La Croix la soulèvent dans les commentaires qui suivent l’article de Céline Hoyeau. J’en cite quelques extraits de A à D (c’est moi qui souligne) :

A — « Talenthéo et ses semblables ont peut-être un certain talent…. y avoir recours n’est pas gratuit financièrement parlant ! Je rejoins la personne qui dit : faut-il évangéliser ou manager ? Excellente question. St Paul disait — déjà — « je me suis efforcé de me faire tout à tous »….. Là est toute la question, car pour cela, il faut se QUITTER SOI-MÊME, et non « gérer = camoufler, nos émotions » juste pour ne pas faire de vagues pour personne… ce sont les techniques dans le monde du travail actuellement ; jamais sans doute y a-t-il eu autant de mal-être, de fourberie, de burn-out…. de suicides…. La vérité vous rendra libre : c’est toujours d’actualité semble-t-il […] ».

B — « Depuis 25 ans en France, la plupart des visites apostoliques et canoniques ont été confiées à des évêques qui avaient couvert des abus. Il est donc pas étonnant qu’elles n’aient pas donné grand-chose. Par ailleurs le monde de l’entreprise est en crise du fait du management. Il faut donc que l’Église soit prudente quand elle se pique de lui emprunter des modèles. Enfin la place prise dans l’animation des diocèses par Talenthéo témoigne de la pauvreté de la réflexion pastorale de nos évêques. Leur désarroi doit être bien grand pour s’en remettre ainsi à des gens dont l’horizon est bien limité ».

C — « Recherchant sur internet comment prendre part au colloque sur les visites apostoliques et canoniques mentionné en ouverture de cette interview, je découvre qu’il est organisé par Talenthéo. Ce qui appelle trois remarques :

1. L’interview est en fait un publireportage destiné à faire connaître ce colloque dont l’interviewée porte la responsabilité

2. La journaliste réalisant l’interview ne permet pas à ses lecteurs de connaître toutes les raisons d’être de cette prise de parole inattendue

3. Talenthéo est en conflit d’intérêts entre son rôle d’organisateur de ce colloque, et son rôle de consultant auprès des décideurs institutionnels qui lui sous-traitent des interventions en cas de difficultés managériales.

In fine tout se passe comme si Talenthéo se positionnait pour faire valoir sa propre conception de la gouvernance de communautés liées à l’Église qui est en France.

Or, sur le terrain — par exemple dans notre paroisse qui a été cliente de deux parcours standards de Talenthéo — la preuve reste à faire qu’au-delà de pétitions de principe (et de la bonne volonté des intervenants) c’est bien à un « marcher ensemble » des baptisé.e.s qu’appelle ce cabinet de conseil. Le cléricalisme peut aussi commencer par le choix de ses donneurs d’ordre… Et ce ne sont pas des recettes managériales — décriées en entreprises pour certaines — qui vont nous permettre de faire Église ».

D — « Je ne doute pas que Talenthéo soit issu de bonnes intentions. Cependant, dans quelle direction entend-on paver la route de l’Église ? Si l’Église doit en effet retirer quelque chose de positif des nouvelles techniques managériales, doit-elle pour autant le devenir elle-même ? J’ai eu dans ma vie de prêtre un évêque managérial. C’est celui qui fut le plus universellement détesté. Il employait des trucs et cherchait des recettes pour « gérer » « son » diocèse. Par exemple il me téléphonait le jour de mon anniversaire mais ça sonnait tellement faux qu’il en aurait presque gâché la journée. J’entends encore son ton de voix doucereux. J’aurais préféré une réponse d’homme à homme quand il y avait un réel problème. Le pape l’a envoyé managériser ailleurs.

Deux questions se posent : l’Église doit-elle évangéliser ou managériser ? La réponse est négative pour le deuxième mot dans les Écritures. Talenthéo est présenté comme un réseau incontournable d’experts dont, je le répète, je ne doute pas de la compétence des membres.

D’où la deuxième question : qui va expertiser les experts ? Sous l’ancien régime, on choisissait les évêques dans la noblesse à talons rouges. Va-t-on avoir droit maintenant, à la place des petits marquis, à des managers « en talons t’es haut » ? »

Arrêtons là. On le voit, un peu d’humour ne nuit pas à la réflexion.

Affaire à suivre !

Je me pose bien sûr la question : n’y a-t-il donc pas dans chaque diocèse des prêtres sages, des religieuses, ou de réels chefs d’entreprise, pleins d’expérience, hommes et femmes ayant fait leurs preuves, capables d’un juste et bon discernement, sans qu’il soit besoin de recourir à des recettes utilisées par des théoriciens de « nouvelles » méthodes sans connaissance concrète de la vie incarnée des prêtres religieux ou laïcs engagés (autres que les écoutes déjà faites) ?


1https://www.talentheo.org/colloque-visitescanoniques

2https://www.talentheo.org/institut-talentheo

3 https://radionotredame.net/podcasts/RND09/14028

4https://www.la-croix.com/religion/beatrix-breaute-il-nous-faut-repenser-nos-modes-relationnels-dans-l-eglise-20240301

Des roses aux boutons de roses

Il y a une cinquantaine d’années, Mamma Rosa transmettait les paroles de la Madone Miraculeuse des Roses à San Damiano. On sait ce qu’il en est advenu.

Aujourd’hui, la voyante Virginie avec l’Alliance des Coeurs Unis nous donne une nouvelle déclinaison… on a ainsi le Livret des rituels des boutons de rosesle Livret de prière pour les roses

Et voici la version de l’hymne de l’ACU chantée par des enfants déjà vu plus de 12 000 fois depuis mars 2023

Peut-être préférerez-vous la version de Steven Riche…

Des étrangetés « mais rien d’anormal sur le plan doctrinal ». Tel est le diagnostic de Mgr Aillet et de ses enquêteurs à propos des écrits de Virginie. L’avenir dira. Et sans trop tarder à mon avis. « Il va sans dire que les membres de l’Alliance sont renvoyés à la Parole de Dieu lue en Église, comme première référence de leur vie chrétienne ». Mais ne sait-il pas qu’à partir du moment où l’on a deux livres côte à côte, la Bible et une révélation privée, le péril de dérive est avéré ?

Je trouve personnellement plus de bon sens dans la réaction de Jean de Saint Chéron, et plus de discernement dans l’analyse de Joachim Bouflet…

L’essayiste Jean de Saint Cheron

Pour la première fois depuis de longues années, je suis retourné à Lourdes. La ferveur simple des pèlerins, la fraternité joyeuse des échanges, la figure de Bernadette, si humble, si discrète, et surtout la charité qui continue d’animer les alentours de la grotte, avec cette extraordinaire attention à la pauvreté de chacun, m’ont profondément touché.

Quelques jours plus tard, je découvre dans le journal un papier sur de prétendues apparitions christiques. L’histoire aboutit évidemment à ce qui ressemble à une secte, tout ce qu’il y a de plus classique et tristoune – entre-soi morbide autour d’une gourou sexagénaire, parlant essentiellement, sous le couvert d’une révélation divine, d’elle-même et de ses fantasmes (politiques en l’occurrence).

Nul besoin d’être extralucide pour discerner la vacuité de son discours complotiste, mâtiné d’un délire nostalgico-identitaire dont certains éléments m’ont fait tantôt éclater de rire (« le Christ aurait annoncé depuis l’an 2000 qu’après de “grands événements mondiaux” les descendants des Bourbons et des Capétiens reviendront gouverner la France »), tantôt pleurer de pitié pour les pauvres gens qui continuent de tomber dans le panneau (« Jésus me montre un triangle qui ressemble à une pyramide : il y a 13 boules noires. Ce sont les tout-puissants de notre monde d’aujourd’hui. Je reçois qu’eux aussi ont fait un pacte, mais avec les ténèbres. »). L’engouement pour ce genre de fraude témoigne certainement d’une attente, d’une angoisse, d’un besoin de croire. Mais quand même.

Un ami professeur de philosophie à qui j’en parle me répond ces mots réfléchis : « Ce qu’ils refusent de considérer, à mon avis, c’est le sens de ces apparitions. Leurs apparitions sont non seulement grotesques, mais porteuses d’un sens répugnant, qui ne pourrait pas tenir par lui-même. Il ne tient que parce qu’il se présente comme “révélation secrète”. Il a besoin de se prévaloir de cette autorité pour s’établir comme sens. Enlève cette caution mystérieuse, et tout s’effondre. 1»

Joachim Bouflet, Historien spécialiste des phénomènes mystiques

« Virginie se met beaucoup en valeur, ce qui constitue déjà un critère rédhibitoire. Je ne vois pas, dans ses propos, de ligne conductrice – sauf un programme politique royaliste. Elle prône le retour au royaume chrétien, à la France de Jeanne d’Arc. Cela s’inscrit dans une filière pseudo-mystique et occulte qui remonte jusqu’au XIXe siècle, à l’image de fausses visionnaires comme la Bretonne Marie-Julie Jahenny (1850-1941).

Cette “alliance” va à l’encontre de l’unité du corps ecclésial en ravivant passions et nostalgies. Elle verse dans le non-théologique, autour d’une utilisation du titre de “Marie co-rédemptrice” pouvant aller jusqu’à une déification de la Vierge. La situation sociopolitique en France est un terrain pour ce phénomène, dans un milieu traditionnel en opposition au pape François. Ceux qui y adhèrent se considèrent comme des élus, le petit reste des fidèles qui espèrent sauver la France et l’Église. »

1https://www.la-croix.com/print/article/1201238079